Les leaders des quatre plus grands partis n’ont jamais fait plus d’un arrêt dans la région lors des cinq dernières campagnes électorales.

Une région historiquement boudée par les chefs

En remontant dans le temps, on constate que l’histoire semble se répéter à chaque campagne électorale provinciale: les autobus des chefs de partis parcourent des milliers de kilomètres au Québec, mais ne se stationnent en Outaouais qu’à une seule reprise, voire aucune.

Selon une compilation effectuée par Le Droit, les leaders des quatre plus grands partis n’ont jamais fait plus d’un arrêt dans la région lors des cinq dernières campagnes électorales, soit en 2003, 2007, 2008, 2012 et 2014.

La donne risque-t-elle de changer cette année avec les récents sondages qui prédisent une bataille à deux entre la Coalition Avenir Québec (CAQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) dans au moins trois des cinq circonscriptions de la région reconnue comme un château fort rouge ? On la saura d’ici le 1er octobre, mais à mi-chemin dans la campagne, le portrait reste le même.

En marge de la 42e élection générale, le premier ministre et chef du PLQ, Philippe Couillard, a effectué la semaine dernière sa première visite en Outaouais. Il s’est arrêté à Thurso, Wakefield et Gatineau.

Les instances du parti soutiennent qu’un retour du leader libéral dans la région d’ici le scrutin du 1er octobre n’est pas écarté, mais que rien n’est coulé dans le béton.

« Habituellement, on ne dévoile pas à l’avance l’agenda du chef. Durant les deux premières semaines d’une campagne, je dirais que le plan de match est assez précis, mais ensuite tout évolue selon les besoins. Il n’est pas exclut qu’on y retourne, en fonction des décisions qui seront prises », note la responsable des communications du PLQ, Catherine Maurice.

Cette dernière ajoute qu’étant donné que M. Couillard ne peut être présent partout, plusieurs ministres peuvent toutefois être appelés à soutenir sur le terrain des candidats de différentes régions.

De son côté, le chef de la CAQ François Legault n’a pas encore mis le pied en Outaouais depuis le coup d’envoi de la campagne.

Dans les faits, il s’est arrêté à Gatineau quatre jours avant le déclenchement des élections pour dévoiler l’identité de ses candidats dans Papineau et Pontiac. Impossible pour l’instant de savoir si M. Legault s’amènera dans la région au cours des 18 prochains jours.

L’attachée de presse de la CAQ, Nadia Talbot, indique que « ce n’est pas une information qu’on peut donner pour l’instant pour des raisons stratégiques », mais ajoute qu’une visite en sol outaouais n’est pas exclue.

Dans le camp péquiste, il est prévu que le chef Jean-François Lisée fasse sa première visite en Outaouais ce dimanche.

En 2014, l’ex-première ministre Pauline Marois n’avait pas posé ses valises dans la région durant la campagne. Six jours avant de déclencher les élections, lors d’une brève visite à l’Hôpital de Gatineau, elle avait cependant annoncé un investissement de 14 millions $ dans le but de rapatrier 800 accouchements sur la rive québécoise.

Quant à Québec solidaire, les coporte-parole Manon Massé et Gabriel Nadeau-Dubois ont fait un arrêt en Outaouais avec leur autobus orange les 3 et 4 septembre. En 2014, l’ancienne porte-parole du parti Françoise David n’avait pas fait le voyage dans la région.

Impact non négligeable
Le politologue à l’Université du Québec en Outaouais (UQO), Guy Chiasson, croit qu’il serait avantageux pour les chefs, en particulier M. Couillard et M. Legault, que l’Outaouais soit plus souvent sur leur itinéraire.

« Avec la campagne qui est un peu différente, on aurait pu penser qu’ils seraient venus de façon plus soutenue, disons. Peut-être vont-ils faire le choix de revenir. Dans le cas de la CAQ, j’imagine qu’elle voit que des gains sont possibles ici, alors dans la perspective où les chiffres laissent entrevoir un possible gouvernement majoritaire, ce serait stratégiquement important. D’un autre côté, les libéraux ne veulent sûrement pas perdre des endroits qui étaient gagnés d’avance dans le passé, alors c’est aussi important. Je ne suis pas dans la garde rapprochée des chefs, mais je suppose que les candidats voudront être épaulés davantage », dit-il.

M. Chiasson ajoute que considérant que la couverture médiatique est « très centrée sur les chefs de partis », une visite dans une région donnée peut avoir un impact non négligeable sur l’électorat.