Le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu

Sans diplôme, pas de permis avant 18 ans

Aux grands maux les grands remèdes, pense le président de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Claude Beaulieu. Il propose que Québec s’engage à ce qu’aucun permis de conduire ne soit délivré avant l’âge de 18 ans aux jeunes qui ne décrochent pas un diplôme d’études secondaires.

C’est ce qu’il a déclaré dans un entretien avec Le Droit au sujet de la place qu’occupe l’éducation depuis le déclenchement de la campagne électorale provinciale. Il affirme qu’on parle beaucoup d’infrastructures, mais pas assez de la réussite scolaire.

« Ce serait une mesure incitative qui ne serait pas difficile à appliquer. Ce n’est pas une mesure de récrimination ou autre. Si on est sérieux au sujet de la réussite éducative, à un moment donné il faut prendre des décisions qui seraient encore mieux que d’imposer la scolarité jusqu’à 18 ans [une proposition à la fois de la CAQ et du PLQ]. Je vais citer l’exemple de mon fils : à 14 ans, en jouant au football, est-ce qu’il veut qu’un autre jeune de 18 ans lui rentre dedans ? On fait des promesses comme ça, mais on ne mesure pas leur impact. L’école à 18 ans, ce n’est pas bon pour tout le monde. Cette idée-là, dans le modèle actuel, est inacceptable », a confié M. Beaulieu.

Invité à commenter la proposition de M. Beaulieu, le député libéral sortant de Chapleau, Marc Carrière, n’a pas semblé convaincu.

« Là, c’est le bâton et la carotte. Honnêtement, il y a beaucoup de choses qui sont faites pour inciter les jeunes à persévérer à l’école, qu’on parle de sport-études ou d’autres programmes particuliers. Je ne sais pas, c’est gros. L’objectif, c’est d’inciter les jeunes à avoir le goût d’atteindre un premier diplôme, mais en mettant des restrictions comme ça, est-ce qu’on attendrait notre but ? C’est une très bonne question », affirme-t-il.

De son côté, la Coalition Avenir Québec (CAQ) affirme que l’important est d’abord et avant tout d’investir en éducation.

« On a beaucoup de travail à faire dans les écoles pour réduire le décrochage et hausser notre taux de diplomation. C’est là-dessus qu’il faut se concentrer. Ce n’est pas dans notre programme [la proposition de M. Beaulieu].

L’idée a déjà été évoquée et débattue dans l’espace public, mais on a déjà assez de travail à faire dans les écoles », lance le candidat dans Papineau, Mathieu Lacombe.

Enseignante et orthopédagogue de formation, la candidate du Parti québécois (PQ) dans Hull, Marysa Nadeau, pense qu’emprunter cette voie ne serait pas bénéfique.

« Ayant travaillé avec plusieurs clientèles scolaires au cours de ma carrière, je peux confirmer de terrain et de théorie que la coercition n’est pas le chemin à prendre pour valoriser la persévérance scolaire et améliorer le taux de diplomation. C’est par la protection et l’augmentation de notre budget en éducation, par l’ajout de ressources professionnelles dans nos milieux, par la création de lieux stimulants pour apprendre et par le soutien à une mixité sociale dans nos écoles que nous allons réussir collectivement à surmonter le défi [...] », indique-t-elle.

La maternelle à 4 ans

D’autre part, le président de la CSD juge complètement irréaliste l’engagement de la CAQ d’offrir la prématernelle 4 ans à tous les enfants de la province.

« Présentement, c’est impossible, parce qu’on n’a pas les espaces nécessaires. En plus, on est en pénurie d’enseignants. On va les prendre où ces enseignants-là ? On parle de mettre des techniciens, mais je ne pense pas que les syndicats soient en faveur de cette idée-là. Je pense que cette promesse-là est électoraliste seulement, elle n’est pas réalisable. On devrait plutôt prendre l’argent qu’on voudrait consacrer à ce projet-là pour l’ajout de services et aussi pour les infrastructures qui sont vieillissantes », de dire M. Beaulieu.

Les écoles vétustes

Le président de la CSD croit que la promesse des libéraux d’injecter 400 millions $ additionnels par an pour la rénovation d’écoles et l’ajout de nouveaux espaces dans le but d’éliminer toutes les écoles vétustes d’ici 2030 est somme toute crédible si l’argent est au rendez-vous. Aussi, affirmant que plusieurs mesures d’accompagnement pourraient favoriser la réussite scolaire, par exemple la hausse des sommes allouées pour les sorties éducatives et culturelles, il juge excellente l’idée du PQ d’instaurer un passeport culturel pour les élèves de la 3e à la 5e année du secondaire.