Le chef du Parti libéral Philippe Couillard

Réforme du mode de scrutin: l'unanimité est essentielle, dit Couillard

MONTRÉAL — Il serait «excessivement douteux» de procéder à une réforme du mode de scrutin sans l'assentiment de tous les partis à l'Assemblée nationale, estime le chef du Parti libéral du Québec (PLQ), Philippe Couillard, qui s'est attiré les critiques de ses rivaux caquistes et péquistes.

Même si aucune règle n'exige l'unanimité, le leader libéral a néanmoins estimé, lundi à Montréal, qu'il s'agissait d'un «minimum», citant les importantes répercussions d'un tel changement.

«Je pense que tout le monde s'entend que pour changer quelque chose d'aussi important que le mode de scrutin, ça prend le vote unanime de l'Assemblée nationale», a-t-il dit.

Le PLQ est le seul à s'opposer à la refonte du mode de scrutin alors que la Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) s'engagent à aller de l'avant avec un changement. Le chef caquiste François Legault a même pris formellement l'engagement de le faire.

En dépit de sa position, M. Couillard a rejeté du revers de la main l'affirmation selon laquelle il s'accordait ainsi un droit de veto moral sur la question en plus de fermer la porte à des discussions sur cet enjeu avec les autres partis.

«Ce n'est pas une réforme qu'ils (les autres partis) proposent, mais un nouveau modèle, a-t-il estimé. Parce que c'est encore nous dans les régions qui allons passer à la casserole.»

Les Québécois votent actuellement pour le candidat d'un parti dans une circonscription, et le parti qui réussit à faire élire le plus de députés est appelé à former le gouvernement.

Avec un mode de scrutin mixte, le projet envisagé par les trois autres partis, les électeurs voteraient toujours pour un député dans leur circonscription, mais il y aurait également des candidats proposés par les partis sur des listes régionales, élus en fonction du pourcentage des votes obtenu par chacune des formations.

Un autre chef de parti avait promis que les élections fédérales de 2015 seraient les dernières sous ce mode de scrutin: Justin Trudeau. Le gouvernement Trudeau avait toutefois renoncé à l'idée, ce qui a suscité la colère de plusieurs électeurs.

Par ailleurs, contrairement à ce qu'il a laissé entendre au quotidien Le Devoir lundi dans le cadre d'une entrevue éditoriale, M. Couillard n'est pas allé jusqu'à répéter qu'il serait prêt à déclencher une autre élection sur cet enjeu ou mettre de l'avant une consultation populaire.

«Ce que j'ai indiqué, c'est que dans les autres endroits où cela s'est fait, cela s'est terminé en queue de poisson, a affirmé le chef libéral. On commence avec des discours ambitieux et tout cela ne mène à rien parce qu'on ne peut s'entendre sur une formule qui plaît à tout le monde. La Colombie-Britannique a fait cela par voie de référendum et cela n'a pas marché.»

Dans son coin

À Montréal, le chef péquiste Jean-François Lisée s'est montré étonné en rappelant que cette réforme du mode de scrutin était légitime et que le modèle était connu.

«Nous, on considère que trois partis sur quatre proposent cette réforme, a-t-il dit. Ce n'est pas une réforme dont on n'a jamais parlé. Donc, l'élection d'une majorité à l'Assemblée nationale de ces trois partis nous donne le signal politique de le faire.»

Du côté de Val-d'Or, le chef de la CAQ, François Legault, a dénoncé la position de son adversaire libéral, affirmant que le PLQ n'avait pas de «droit de veto» sur cette question.

Le leader caquiste s'est engagé à agir dès un premier mandat pour changer le mode de scrutin avec l'appui des péquistes et des solidaires.

«S'il y a une majorité de députés qui appuient ce changement, il sera fait, a lancé M. Legault. Ce n'est pas vrai que M. Couillard va opposer un veto et exiger un référendum.»

Avant de se diriger vers Laval, M. Couillard a annoncé une série de mesures à caractère économique.

Advenant sa réélection, le PLQ souhaite notamment jeter les bases d'un «cadre unique» visant à établir les obligations fiscales, économiques et sociales de l'économie de partage.

La formation politique promet aussi d'ajouter 80 millions $ à l'enveloppe de 100 millions $ annoncée en 2017 visant l'établissement d'une grappe industrielle en intelligence artificielle. Avec Vicky Fragasso-Marquis et Mélanie Marquis