Le Soleil a passé en revue les formations et expériences professionnelles de tous les candidats des quatre partis représentés à l'Assemblée nationale.

Radiographie des professions des candidats à l'élection

Y a-t-il trop d’avocats en politique? Trop de gens d’affaires — ou pas assez, selon le point de vue? Le Parti libéral est-il un «parti de médecins»? Le Soleil a passé en revue les formations et expériences professionnelles de tous les candidats des quatre principaux partis. Et les résultats en disent long sur les penchants et les racines de chacun…

La première chose qui ressort de cette «radiographie socioprofessionnelle» de nos politiciens est la ressemblance des équipes libérale et caquiste. Dans les deux cas, à peu près la moitié des candidats proviennent des trois mêmes catégories : affaires, gestion et communication/marketing. Il y a, certes, de petites différences de répartition : la CAQ compte plus de gens d’affaires que le PLQ (26 contre 13), alors que ce dernier penche plus du côté des gestionnaires (27 contre 17). Mais le poids global de ces trois profils socioprofessionnels est le même, et ces deux partis partagent aussi les mêmes «angles morts».

Ainsi, la CAQ compte un seul candidat provenant du milieu communautaire, le PLQ n’en a pas. Les militants et syndicalistes professionnels (1 et 0) sont pratiquement absents, et ces deux partis comptent relativement peu de candidats gagnant leur vie dans les sciences humaines (5 et 7, notons que cela inclut l’urbanisme et l’économie).

De l’autre côté du spectre politique, l’équipe de Québec solidaire est pratiquement le contraire exact de celles de la CAQ et du PLQ. Le monde des affaires (3 candidats), les communications et marketing (4) et les gestionnaires (8) sont très peu présents, ne formant que 12 % des candidatures. À l’inverse, les profs de sciences sociales et autres professionnels des «humanités» (25!), le communautaire (15) et les militants/syndicalistes de carrière (13) pèsent très lourd : 42 % de l’équipe.

Et le Parti québécois tombe entre les deux extrêmes dans pratiquement toutes ces catégories, en particulier dans les affaires (9) et les humanités (11). Dans la catégorie des gestionnaires (23), des militants professionnels (4) et du communautaire (4), il est plus proche du PLQ et de la CAQ que de QS, mais il ressemble davantage au parti de Manon Massé pour la rareté des relationnistes/journalistes qu’il présente (7) et pour le grand nombre de candidats provenant du secteur de l’éducation (une quinzaine chacune, contre 8 pour la CAQ et seulement 2 au PLQ).

C’est aussi le PQ qui compte le plus d’artistes dans ses rangs (6), mais aucun des quatre partis n’en présente beaucoup, il faut le dire.

Notons que lors d’un exercice similaire fait pendant la campagne électorale de 2014, nous avions aussi constaté que c’était le PQ qui présentait l’équipe la plus diversifiée.

Fait intéressant, le PLQ et le PQ sont ceux qui présentent le plus d’employés politiques (personnel de cabinet, cadres du parti, etc.), soit une dizaine chacun. QS n’en présente que trois et la CAQ, aucun. Peut-être est-ce là un effet de l’«âge» des partis, les plus récents pouvant difficilement, par définition, avoir un pool d’employés de longue date.

On compte 29 avocats et légistes parmi les quatre partis, ce qui est nettement moins qu’en 2014, alors que 44 briguaient les suffrages. La moitié des avocats (14) sont au PLQ cette année, un seul se présente pour QS.

Enfin, il vaut la peine de souligner l’absence généralisée des agriculteurs et des travailleurs manuels (construction, cuisine, entretien, facteurs, etc.) parmi les candidats. Aucun parti ne présente plus de 3 fermiers. La CAQ ne présente aucun travailleur manuel et le PLQ, un seul. Encore ici, Québec solidaire représente l’autre «extrême», mais à seulement 8 manuels dans son équipe, on ne peut pas dire qu’il s’agit d’un fort contingent. Dans cette catégorie-là aussi, le PQ (5) fait figure d’entre-deux.

À l’heure d’écrire ces lignes, Le Soleil attendait toujours des clarifications au sujet de 9 candidats libéraux et de 7 candidats solidaires. Faute de mieux, ils ont été comptés dans la catégorie «autres».

Méthodologie

Nous avons créé 17 catégories, que l’on voit dans nos organigrammes. Il est évident que plusieurs candidats auraient pu cadrer dans plus d’une catégorie, mais pour des raisons de clarté nous avons retenu une seule pour chacun. Selon le cas, la durée des expériences professionnelles et/ou leur caractère récent ont servi à faire les choix. Par exemple, la candidate péquiste Diane Lavallée a été tour à tour infirmière, puis présidente-fondatrice de syndicat (la Fédération des infirmières du Québec). Il s’agit là d’un poste important qui aurait pu la placer parmi les «syndicalistes», mais depuis le milieu des années 90, elle a occupé plusieurs postes de haute direction (sous-ministre, présidente ou directrice de plusieurs grands organismes publics, consultante en gestion, etc.), alors nous l’avons classée dans «gestion». La plupart de nos catégories se passent de définition. Parmi les choses à clarifier, notons que les professeurs de cégep et d’université ont été classés selon leur discipline — prof/chercheur en histoire dans la catégorie «humanités», par exemple —, alors que les profs du primaire et du secondaire, de même que les employés de CPE, ont été portés dans la catégorie «éducation», à l’exception des bacs en enseignement des sciences, qui ont été comptés en «sciences». Les étudiants ont été classés selon leur domaine d’études. Précisons que la catégorie «syndicalisme» n’inclut que ceux qui gagnent leur vie comme conseillers ou cadres syndicaux, à l’exclusion de ceux qui s’impliquent dans leur syndicat local tout en faisant leur métier. Enfin, le «personnel politique» réfère aux cadres et employés d’un parti, de même qu’aux attachés politiques et au personnel des cabinets.