Selon le sondeur Steven Pinkus, ce n’est pas tant la région de Québec qui a changé que le reste de la province qui, dans ses parties francophones, s’est mise à voter comme Québec.

Où est passé le «mystère Québec»?

Bastion conservateur, la région de Québec? C’est la réputation qu’elle a, et elle s’est avérée méritée bien des fois dans le passé, mais bien malin qui la trouvera dans les sondages les plus récents : la région de Québec s’enligne pour voter «sagement» comme le reste du Québec francophone. Le célèbre «mystère Québec» s’est-il estompé?

Aux provinciales de 2014, la capitale nationale et ses alentours ont accordé 35,5 % de leurs voix à la Coalition avenir Québec (CAQ), soit nettement plus que le reste de la province (23 %). L’année suivante, aux élections fédérales, la région a appuyé les conservateurs à hauteur de près de 40 %, plus du double de la moyenne québécoise (17 %).

Et maintenant? Selon les derniers chiffres de Mainstreet, qui effectue des sondages quotidiens de 800 répondants pour Le Soleil et le Groupe Capitales Médias, la région de Québec s’enligne pour voter exactement comme le «Québec des régions» et la banlieue de Montréal (l’île de Montréal est un monde à part), comme le montre le tableau ci-contre : pas plus caquiste, pas plus libéral, pas vraiment moins péquiste et, imaginez, peut-être même un peu plus solidaire...

Pendant un certain temps, quand Mainstreet a commencé à faire ses sondages à la mi-août, le Parti conservateur du Québec (PCQ) était plus populaire dans la capitale (autour de 6-8 %) qu’ailleurs dans la province (1-2 %), mais même cette différence s’est estompée depuis — le PCQ recueillait 1,4 % des intentions de vote à Québec dans les données publiées mercredi.

Alors que s’est-il passé? Le «mystère de Québec» s’est-il volatilisé?

Selon le sondeur Steven Pinkus, de Mainstreet, ce n’est pas tant la région qui a changé que le reste de la province qui, dans ses parties francophones, s’est mise à voter comme Québec. «La tendance qu’on voit, c’est que ce sont eux qui changent de bord. Mais est-ce que c’est un virage à droite ou simplement une volonté de changement? Personnellement, je penche pour la seconde possibilité. La Ville de Québec a toujours été à droite et le demeure, mais ailleurs, c’est une volonté de changement.»

Grand réalignement

Mais il est aussi possible que ce soit le symptôme d’un grand réalignement des «plaques tectoniques» de la politique québécoise, selon le sociologue de l’Université Laval Simon Langlois. Maintenant que l’opposition souverainiste-fédéraliste a perdu de sa pertinence, a-t-il expliqué au Soleil lors d’un échange de courriels, «le véritable clivage se trouve entre les milieux anglophones et à majorité allophone d’une part, et le Québec francophone d’autre part. Ce Québec francophone au sens large entend voter de manière relativement semblable et ventile ses appuis de la même manière entre les principaux partis politiques. Par contre, les non-francophones (Anglo-Québécois et personnes parlant une langue tierce à la maison) penchent très nettement et en majorité pour le Parti libéral et ont un capital de sympathie pour Québec solidaire (QS), ce qui explique le 20,1 % dans l’île de Montréal [selon les chiffres quotidiens publiés mardi dans le Baromètre élection 2018].»

Ce nouveau clivage a commencé à se creuser lors du débat sur les accommodements raisonnables et s’est accentué depuis, selon M. Langlois. 

«Deux nouvelles oppositions ont remplacé la polarisation fédéraliste-­souverainiste d’autrefois qui a dominé le paysage politique depuis un demi-siècle. Désormais, l’opposition gauche-droite s’est imposée (QS vs PLQ/CAQ/PQ) d’un côté et l’opposition francophones-non francophones (PLQ/QS vs CAQ/PQ) de l’autre», dit-il.