De passage à Québec samedi, le chef de la CAQ François Legault a profité du beau temps pour jouer au tennis avec son candidat dans Lévis François Paradis.

L'immigration n'est pas la question de l'urne, selon Legault

MONTRÉAL — Ce sont les journalistes qui parlent d'immigration dans cette campagne, «pas les gens normaux», qui parlent plutôt de Gaétan Barrette, a déclaré samedi le chef caquiste François Legault.

Il répondait notamment aux attaques de son adversaire Philippe Couillard qui l'accuse de parler d'immigration pour récolter des votes.

En conférence de presse à Cap-Santé, dans Portneuf, M. Legault a dit que l'immigration n'était pas l'enjeu principal de la campagne, la question de l'urne (ballot question).

«Ce n'est pas le seul sujet, c'est un des sujets [...], je n'ai jamais amené ce sujet», a-t-il déclaré. Il a répété qu'il abordait plusieurs sujets et que les électeurs avaient bien d'autres soucis, dont se débarrasser du ministre Gaétan Barrette.

«Les gens tous les jours parlent plus de Gaétan Barrette et de l'argent qu'ils ont dans leurs poches, vous [les journalistes] parlez beaucoup de l'immigration, mais pas les gens normaux.»

Mais François Legault a ajouté que s'il était journaliste à bord de la caravane de Philippe Couillard, il poserait des questions sur... l'immigration. Il a dit qu'il lui demanderait pourquoi le Québec perd 26 % de ses immigrants sur 10 ans, si c'est pourtant si important pour son gouvernement.

Plus tôt en matinée, en visitant une résidence cossue pour personnes âgées à Québec, M. Legault avait également lancé aux gens qui l'accueillaient que s'ils voulaient 40 000 immigrants admis par an, il fallait voter pour lui, et si on en voulait plus de 50 000, il fallait voter pour les libéraux.

La méthode caquiste, selon Couillard

Selon Philippe Couillard, si M. Legault continue à parler d'immigration comme il le fait, c'est parce qu'il trouve que «c'est bon pour lui pour avoir des votes».

«C'est la seule explication», a soutenu le chef du Parti libéral lors d'un arrêt à Québec, au Jour 24 de la campagne électorale.

M. Legault fait campagne en suivant le vent, en lançant des propositions, puis en ajustant au gré des sondages, a dénoncé M. Couillard.

«S'il continue, c'est qu'il doit trouver que c'est bon pour lui pour avoir des votes. [...] Je suis persuadé que la majorité des Québécois et des Québécoises ne partagent pas son avis quant à la façon de disposer aussi cavalièrement de gens qui sont chez nous et qui sont chez nous légalement.»

Hésitations sur les procédures

Le chef de la CAQ a semblé hésitant quand on l'a questionné sur les procédures d'immigration en vigueur actuellement au Canada. Il n'était pas certain des critères définis par le gouvernement fédéral, pas plus que de la durée minimale de la résidence permanente, avant de pouvoir être admissible à la citoyenneté canadienne.

M. Legault a toutefois attaqué son rival libéral sur l'entente actuelle Ottawa-Québec sur l'immigration, en vertu de laquelle Ottawa a le dernier mot sur le seuil d'immigration admis chaque année, ce que n'a pas nié Philippe Couillard.

«Les choix sont clairs [en faveur de la CAQ] du côté de la protection de ce qu'on est et de notre identité, a tonné M. Legault. M. Couillard vient de se disqualifier aujourd'hui comme premier ministre de la nation québécoise.»

Le chef du PLQ n'a pas mis de temps à réagir plus tard en journée. «Je pense que M. Legault ne comprend pas le système d'immigration», a-t-il tranché.

L'accord vise à maintenir le poids démographique du Québec, or s'il décide de baisser le nombre d'immigrants reçus unilatéralement, Ottawa pourrait éventuellement intervenir, a-t-il laissé entendre.

«[M. Legault] a intérêt à lire l'entente», a-t-il conclu.

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«PAS DE PROBLÈME» À TRAVAILLER AVEC UNE EMPLOYÉE PORTANT LE HIJAB

Un premier ministre François Legault n'aurait «pas de problème» à travailler avec une employée vêtue d'un hidjab dans son cabinet, mais aurait un problème avec un niqab ou un tchador.

Celui qui aspire à succéder à Philippe Couillard le 1er octobre a ainsi indiqué ses préférences pour choisir le personnel de son éventuel cabinet.

Dans une conférence de presse samedi après-midi, à Cap-Santé, en marge d'un engagement sur le financement de la restauration des églises, le chef caquiste a été questionné au sujet des symboles religieux, qui ont tant fait couler d'encre au cours des dernières années, notamment avec l'adoption du projet de loi 62 du gouvernement Couillard, sur la neutralité religieuse de l'État.

Serait-il à l'aise à compter dans son personnel de cabinet une femme voilée? «Une femme avec un hidjab, un voile, je n'aurais pas de problème», a-t-il affirmé d'entrée de jeu. Le hidjab est un foulard musulman qui couvre la tête, mais pas le visage.

Par contre, d'autres attributs vestimentaires de la femme associés à la pratique de l'Islam passeraient moins bien, selon ce qu'a précisé M. Legault.

«Une femme complètement couverte avec un niqab, j'aurais peut-être un problème, une femme avec un tchador, je pense que j'aurais un problème, a-t-il poursuivi. Je pense qu'il y a un symbole de soumission dans ces signes-là.»

La Coalition avenir Québec (CAQ) s'est engagée à déchirer la loi sur la neutralité religieuse adoptée par les libéraux.

La CAQ préconise l'interdiction du niqab, de la burqa et du tchador chez tous les employés de l'État, et non seulement pour ceux qui sont en position d'autorité, comme l'avait recommandé la commission Bouchard-Taylor.

Le parti refuserait le port du hidjab chez les employées en position d'autorité et les enseignantes.

Des opposants ont contesté en justice la loi actuelle sur la neutralité religieuse; celle-ci a été suspendue par la cour.

La loi stipule qu'un membre du personnel d'un organisme doit exercer ses fonctions à visage découvert.

De même, une personne qui se présente pour recevoir un service par un membre du personnel d'un organisme visé au présent chapitre doit avoir le visage découvert lors de la prestation du service.