La CAQ estime que sa mesure représenterait jusqu’à 1216 $ de plus par enfant par année pour les deuxième et troisième enfants d’une famille.

Legault promet une aide financière aux familles nombreuses

BROMONT — Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, s'est engagé lundi à appuyer financièrement les parents qui veulent un deuxième ou un troisième enfant.

Il précisait ainsi une promesse faite lors du conseil général de son parti, en novembre 2017, à Sherbrooke.

Actuellement, le crédit d'impôt aux parents est plus élevé pour un premier enfant, ce qui n'est pas «logique», selon M. Legault.

C'est pourquoi un gouvernement de la CAQ bonifierait progressivement, sur quatre ans, ce crédit d'impôt avec le programme «Allocation famille», soit un montant récurrent pour les familles nombreuses.

La CAQ estime que cette mesure représenterait jusqu'à 1216 $ de plus par enfant par année pour les deuxième et troisième enfants.

«Les familles du Québec vont recevoir 2 400 $ pour le premier enfant, 2 400 $ pour le deuxième enfant et un autre 2400 $ s'il y a un troisième enfant», s'est engagé M. Legault, en parlant de montants maximaux en fonction du revenu.

«Ça veut dire, concrètement, que pour le deuxième et le troisième enfant, ils vont recevoir 1200 $ de plus, donc le double de ce qu'ils reçoivent actuellement», a-t-il ajouté.

Le montant minimal disponible, qui est actuellement de 630 $ par enfant, sera également rehaussé à 1 000 $.

«Dans tous les cas, il y aura une amélioration de la situation financière pour les parents", a renchéri M. Legault. À terme, il évalue le coût de cette mesure à 763 millions $ par année.

Défendre l’identité

Le chef caquiste insiste: il ne s'agit pas d'un «bébé bonus», mais bien d'une aide financière pour les parents.

L'année dernière, le premier ministre Philippe Couillard avait accusé la CAQ de ramener les femmes au siècle dernier avec sa proposition.

Il s'était dit estomaqué par l'engagement pris par le chef de la CAQ de promouvoir une politique ouvertement nataliste, en offrant un montant d'argent aux femmes qui décideraient de faire un deuxième ou un troisième enfant.

«J'en reviens pas! Une autre affaire du siècle dernier», avait-il commenté. Un peu plus et «les curés de la CAQ vont faire la visite paroissiale» pour vérifier si les femmes ont «un enfant en chemin», avait ironisé le premier ministre, pour illustrer l'approche selon lui passéiste du chef caquiste en matière de procréation.

François Legault a rejeté cette interprétation, lundi. Le but premier de la mesure est d'aider les parents «angoissés» par leur situation financière, a-t-il dit.

Mais, l'allocation famille pourrait encourager la natalité, la solution, avec l'immigration, au problème démographique du Québec qui plombe le développement économique, a-t-il reconnu du même souffle.

C'est aussi une façon de préserver l'identité québécoise, a affirmé M. Legault, lundi. «Si en même temps ça aide à ce qu'il y ait plus d'enfants au Québec, ça va être bon effectivement pour protéger notre identité.»

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PEU DE CHANCES DE STIMULER UNE FÉCONDITÉ EN DÉCLIN

Des allocations familiales comme celles que propose la Coalition avenir Québec (CAQ) ont peu de chances de stimuler la fécondité des Québécoises à long terme, croit Céline Le Bourdais, démographe et sociologue à l’Université McGill.

«Les familles nombreuses vont être heureuses et celles qui étaient sur le bord d’avoir un deuxième ou un troisième enfant vont peut-être en profiter pour passer à l’action tout de suite. Mais si l’objectif de la CAQ est d’augmenter la natalité à long terme, je ne suis pas sûre que ça va fonctionner.»

Mme Le Bourdais explique que les montants proposés par la CAQ sont loin de «rembourser ce que coûte le fait d’avoir un enfant». La conjoncture économique et le contexte social pourraient par exemple avoir plus d’incidence sur le choix des couples québécois. 

«Bébé-bonus»

L’histoire démontre également que le programme de «bébé-bonus», instauré par le gouvernement libéral de Robert Bourassa entre 1988 et 1997, n’a pas eu pour effet d’augmenter le nombre de familles nombreuses au Québec en bout de ligne. «L’emphase était mise à l’époque sur le troisième enfant et les suivants. Il y a eu ce qu’on appelle un effet de calendrier. Les familles qui en voulaient plusieurs ont eu leurs enfants plus vite», explique Mme Le Bourdais. 

La CAQ se dissocie toutefois de ce programme et soutient que ses allocations familiales visent à aider les familles de façon plus équitable. 

La création d’un meilleur congé de maternité et parental a aussi eu son effet au milieu des années 2000, mais encore là, le contexte économique pourrait avoir eu de l’influence. Le taux de fécondité a connu un sommet de 1,73 enfant par femme en 2008 et en 2009. Mais il est en baisse depuis et s’établit à 1,54 enfant par femme en 2017. 

Pour Mme Le Bourdais, le renouvellement d’une population est un sujet très important, qui ne peut toutefois se régler par des politiques gouvernementales. «Ça va pas régler le problème de vieillissement de la population.»  Patricia Cloutier