À divers degrés — énormément pour Québec solidaire — les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale préconisent non seulement de resserrer les mailles du filet, mais aussi d’élargir son étendue.

La campagne du «filet social»

ANALYSE / La campagne électorale 2018 au Québec est celle du «filet social», bien que l’expression paraisse désormais désuète.

Un peu? Beaucoup? Énormément? À divers degrés, les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale préconisent non seulement de resserrer les mailles de ce filet, mais aussi d’élargir son étendue. Un peu ou beaucoup pour certains — la Coalition avenir Québec, le Parti libéral du Québec et le Parti québécois — et énormément pour «le quatrième» — Québec solidaire. 

C’est le propre des engagements électoraux de tendre dans cette direction, pourrait-on arguer. Oui, mais non en même temps... Il n’y a pas si longtemps, des responsables politiques québécois ne souhaitaient-ils pas revoir le «panier de services» publics? Et restructurer l’État?

Se souvient-on que certains parlaient de «réingénierie» et d’autres de «sacrifices» ?

On n’est plus du tout dans ce paradigme dans cette campagne où se distribuent les milliards de dollars; où des allocations bonifiées sont distribuées sans égards aux revenus des ménages; et où des engagements viennent répondre à des besoins dont certains avaient rarement été exprimés.

Tous ces besoins existent sans doute, cela étant. Là n’est pas la question. Il ne s’agit pas ici de savoir lesquelles des innombrables propositions sont pertinentes et lesquelles ne le sont pas (comme si quelqu’un pouvait le trancher au nom de tout le monde et pour toutes les situations individuelles vécues!). Il s’agit de constater que cette campagne place réellement le Québec dans le camp des «sociétés distinctes». Prenons-en conscience.

Elles ne sont pas si nombreuses, en effet, les sociétés où l’on discute à notre époque du degré d’élargissement du filet de protection sociale, car il s’agit bien de cela. C’est une situation rare.

Et un vrai revirement par rapport aux dernières années.

Tout va?

Quand les finances publiques vont, tout va…

Paradoxalement, en insistant plus que les autres sur la nécessité de déployer des efforts collectifs et individuels pour tenter de contribuer à la lutte contre les changements climatiques, Québec solidaire est le seul parti à avoir produit une vraie colonne de «sacrifices».

On n’oublie pas que la Coalition avenir Québec a proposé d’épargner 380 millions $ par le non-remplacement de 5000 fonctionnaires qui partiront à la retraite, mais elle aussi, globalement, tricote une amélioration du filet de sécurité sociale.

Décidément, cette campagne électorale est bien différente des dernières. Seul le thème de l’immigration a survécu aux derniers scrutins — encore une fois pour le meilleur et pour le pire en ce qui a trait aux arguments avancés et aux risques de dérapage.