« Cette fois, on est dans un contexte un peu différent, avec la CAQ qui a le vent dans les voiles et qui se présente comme une alternative fédéraliste » estime le professeur de l’UQO Thomas Collombat.

La campagne « la moins ennuyeuse » depuis longtemps

La campagne électorale en Outaouais a clairement « le potentiel de s’avérer la moins ennuyeuse depuis fort longtemps » et des batailles intéressantes sont à prévoir, estime le professeur en sciences politiques à l’UQO, Thomas Collombat.

« La dernière fois où on a eu des résultats un peu serrés, c’est en 2012, à cause du contexte particulier. C’était dans Papineau et nous étions encore dans la logique bipartisane. Cette fois, on est dans un contexte un peu différent, avec la Coalition avenir Québec (CAQ) qui a le vent dans les voiles et qui se présente comme une alternative fédéraliste dans la région. Habituellement, seul le Parti libéral du Québec (PLQ) utilisait ce terme avec aisance. Ça va être intéressant de voir comment la CAQ va faire pour que les électeurs d’ici se sentent en confiance. Nous sommes l’une des régions où le parti va le plus devoir adapter son message », soutient-il en entrevue avec Le Droit.

Le spécialiste affirme que le recrutement de candidats caquistes comme l’ex-maire de La Pêche Robert Bussière dans Gatineau démontre visiblement « qu’une partie des élites locales, qui jusqu’à présent étaient très affiliées avec les libéraux, commencent à sentir le vent tourner ».

« Il s’agit d’un candidat enraciné, qui a une histoire politique locale et c’est le seul comté parmi les cinq où la députée (Stéphanie Vallée) ne se représente pas. La course promet d’être très intéressante. L’électorat de Chapleau est traditionnellement plus volatil alors que dans Pontiac, ça prendrait une vague vraiment importante pour que ça bascule. Il faudra aussi surveiller Papineau, qui est presque la moins outaouaise des circonscriptions, on entre un peu en territoire caquiste avec la proximité des Laurentides », lance M. Collombat.

Alors que le système de santé est la plupart du temps le sujet sur toutes les lèvres en Outaouais, le professeur de l’UQO estime que politiquement parlant, la promesse de la CAQ d’ériger un nouvel hôpital dans la région, même s’il y a loin de la coupe aux lèvres et qu’aucun cadre financier n’a été établi, était brillante.

« Ils ont réussi en quelque sorte à cadrer la campagne dès le départ, c’est devenu un thème central », dit-il.

Même si la santé préoccupe les électeurs et que l’hôpital de Hull est vétuste, M. Collombat est d’avis que les libéraux n’ont pas avantage à copier cet engagement.

« Ils auraient l’air de se raccrocher à une proposition de la CAQ, d’avoir raté le train. En plus, ils l’ont déjà ouvertement décrédibilisée. Il va falloir trouver autre chose, par exemple l’ouverture d’autres super-cliniques comme ils ont promis ou encore miser sur la faculté de médecine », indique-t-il.

LES CHEFS EN OUTAOUAIS
Quant à savoir si les leaders des différents partis devraient mettre à quelques reprises une visite en Outaouais à leur agenda électoral, M. Collombat croit que l’important sera de bien doser.

« Selon les sondages, la CAQ peut espérer gagner une majorité de sièges sans l’Outaouais, alors je ne suis pas sûr que c’est ici qu’il (François Legault) va véritablement mettre le plus d’énergie. Ce ne serait pas du gaspillage, sauf que sur un plan purement stratégique, ce ne serait pas gagnant. Philippe Couillard, lui, va d’un côté devoir arriver avec des offres concrètes, mais d’un autre côté, il ne peut pas débarquer ici trop souvent non plus, question de ne pas envoyer le message qu’il se sent en danger », affirme-t-il.

Advenant un revers des libéraux dans un bastion comme l’Outaouais, ne serait-ce qu’en perdant un seul siège, il est d’avis que le parti subira un électrochoc.

« L’un des précédents, c’est l’élection fédérale de 2011. Je pense que le fait que le NPD ait gagné même en Outaouais, ça a fait en sorte que les libéraux ont dû présenter à la campagne suivante (2015) des profils différents de candidats. Ils ont fait une vraie campagne et ont réalisé qu’ils ne pouvaient pas tenir la région pour acquise. Ce n’est pas pour rien que la députation libérale fédérale est plus active, ils savent que l’électorat est prêt à aller voir ailleurs s’il est insatisfait », conclut M. Collombat.