Alors que le regroupement Équité Outaouais affirme qu’il manque l’équivalent d’un hôpital de 170 lits de courte durée dans la région et que la Coalition avenir Québec promet d’en construire un d’ici cinq ans, le chef libéral, Philippe Couillard, ne croit pas que l’ajout de places en soins aigus soit l’avenue à emprunter.

«Il y aura toujours une tension» en Outaouais

Tout en affirmant que « les choses se sont améliorées » dans le réseau de la santé de l’Outaouais, le chef libéral, Philippe Couillard, affirme qu’« il y aura toujours une tension » causée par l’attractivité de l’Ontario, que ce soit en santé ou en éducation.

L’enjeu ne date pas d’hier. La consommation de soins de santé sur la rive ontarienne et les étudiants qui traversent chaque jour la rivière des Outaouais ont toujours fait couler de l’encre dans la région. Et ce n’est pas demain la veille que les choses changeront du tout au tout, admet Philippe Couillard.

« Il y aura toujours une tension, a-t-il souligné en entrevue avec Le Droit. Si on se téléportait dans 30 ans, on aurait encore des discussions de ce type-là, [que] j’espère moins intenses, mais à cause de la proximité de la capitale du Canada et de tout ce qui vient avec, il y aura toujours cette attraction-là. On pourrait même dire que le développement des transports collectifs entre les deux rives va, d’une certaine façon, garder ce phénomène-là actif. Ce qu’il faut faire, c’est des gains continuels en santé, en éducation. Il faut faire en sorte que les gens aient des services chez eux. »

C’est d’ailleurs cette proximité avec Ottawa et tous les enjeux en découlant qui ont mené à l’octroi d’un statut particulier au réseau de la santé de la région par Philippe Couillard en 2007, alors qu’il était ministre de la Santé.

Mais l’enveloppe de 20 millions $ associée à ce statut particulier a peu à peu été intégrée au budget de fonctionnement du réseau, de sorte que d’importantes sommes servent maintenant à assurer des dépenses courantes de fonctionnement pour des services qui sont, ailleurs au Québec, financés par le budget régulier des établissements.

Questionné à savoir ce qu’il reste de ce statut pour permettre à l’Outaouais se distinguer, M. Couillard a déclaré « qu’on ne peut pas maintenir une région en statut particulier indéfiniment ». 

« Il faut justement que ces mesures-là soient intégrées dans le cadre général et qu’elles y restent, c’est ça qui est important, dit-il. Maintenant, ce qui va aider la région à continuer à se démarquer en santé et à rapatrier des soins de l’Ontario vers le Québec, c’est de moderniser l’hôpital, et non pas de construire un nouvel hôpital en cinq ans. »

Alors que le regroupement Équité Outaouais affirme qu’il manque l’équivalent d’un hôpital de 170 lits de courte durée dans la région et que la Coalition avenir Québec promet d’en construire un d’ici cinq ans, le chef libéral ne croit pas que l’ajout de places en soins aigus soit l’avenue à emprunter.

« La solution la plus solide et la plus structurante, c’est de développer des soins extrahospitaliers, dit-il. Si on met tout l’argent de développement dans des nouveaux hôpitaux, on ne le corrigera pas le problème, on va toujours être en train de courir après la solution. »

Le Parti libéral du Québec préconise donc l’ajout de places en CHSLD et la bonification du soutien à domicile, des options qui nécessitent toutefois la résorption du problème de pénurie de main-d’œuvre dans le réseau.

+

COUILLARD SUR...

La qualité des soins

Alors que plusieurs rapports de coroners ont fait état d’importantes lacunes dans le réseau de la santé de l’Outaouais ces dernières années, le chef libéral Philippe Couillard dit comprendre le désarroi des familles ayant dû affronter des décès ayant été jugés évitables ou possiblement évitables. 

En décembre dernier, Le Droit avait révélé que de tous les centres de santé du Québec, c’est celui de l’Outaouais qui a été le plus souvent visé par des recommandations émises par un coroner depuis le 1er janvier 2016. 

«Si c’était moi, je serais aussi fâché, dit-il. […] Malheureusement, dans un système de santé composé d’êtres humains, il arrive des événements regrettables et il faut tirer parti de chacun de ces événements-là pour améliorer le système, ce qu’on fait toujours.»

***

L'éducation postsecondaire

Le développement de nouveaux programmes collégiaux et universitaires en Outaouais est une chose « facile à dire », mais « c’est assez long » à réaliser, a souligné le chef libéral Philippe Couillard, vendredi, lors de son passage à Gatineau. 

Malgré la complexité du processus, les choses avanceront dans la région, dit-il en rappelant l’annonce du gouvernement, juste avant le déclenchement de la campagne électorale, pour la préparation du « dossier d’opportunité » du campus unifié réclamé par l’Université du Québec en Outaouais depuis des années. 

« Les budgets sont là, ils sont débloqués, tous les plans existent, ça va se faire », assure le chef libéral en reconnaissant qu’« il y a également des défis particuliers en Outaouais, pour la même raison qu’il y a un défi particulier en santé ».