Depuis les élections de 2014, bien des choses ont changé dans le paysage politique du Québec. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), Pierre Reid, a beaucoup de dossiers à surveiller pour cette première élection à date fixe, en cette ère où l’ingérence étrangère se répand partout sur la planète.

Élections 2018: un contexte bien différent qu’il y a quatre ans

Depuis les élections de 2014, bien des choses ont changé dans le paysage politique du Québec. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ), Pierre Reid, a beaucoup de dossiers à surveiller pour cette première élection à date fixe, en cette ère où l’ingérence étrangère se répand partout sur la planète.

Voici un tour d’horizon des enjeux qui intéresseront le DGEQ et des changements qui affecteront les électeurs pour les prochaines élections:

Le test de l’élection à date fixe

Bien que la Loi sur les élections à date fixe ait été adoptée avant les dernières élections de 2014, c’est cette fois-ci que les Québécois expérimentent leur première élection à date fixe. En vertu de la loi, les élections doivent avoir lieu le premier lundi du mois d’octobre, ce qui correspond au 1er octobre cette année. La loi prévoit aussi que l’Assemblée nationale soit dissoute le 29 août, quatre ans après les dernières élections, ce qui signifie que l’élection serait déclenchée à ce moment. Mais le premier ministre Philippe Couillard a toujours la possibilité de demander au lieutenant-gouverneur de dissoudre l’Assemblée nationale avant cette date.

Cette nouvelle situation a plusieurs conséquences. D’abord, les partis politiques ont plus de temps pour récolter des contributions pour leur campagne. Dans une année électorale comme c’est le cas maintenant, ils ont 12 mois, de janvier à décembre, pour recevoir du financement additionnel. Auparavant, ils n’avaient que quatre mois et ils devaient attendre le déclenchement des élections pour commencer à récolter leurs dons additionnels. En année électorale, les particuliers peuvent offrir un maximum de 200 $ par personne alors que dans une année normale, le maximum est de 100 $ par personne.

Ensuite, les élections à date fixe ont aussi pour effet de provoquer une campagne informelle, avant le déclenchement officiel. Les chefs de partis sont déjà sur le terrain cet été pour rencontrer les électeurs, et certains groupes d’intérêts ont commencé à poser des affiches à saveur électorale.

Pour l’instant, cette période préélectorale n’est pas réglementée par le DGEQ, mais Pierre Reid dit observer ce qui se passe. «Ce sera de recueillir des faits, et après ça, de pouvoir les analyser pour être en mesure de faire éventuellement des recommandations», a-t-il indiqué en entrevue avec La Presse canadienne. Interrogé à savoir si des situations l’inquiétaient à l’heure actuelle, M. Reid a dit vouloir attendre avant de poser un jugement. «C’est quand on aura l’ensemble de l’oeuvre, qu’on pourra apprécier si, effectivement, il y aurait intérêt à apporter des modifications à la Loi électorale pour encadrer les dépenses préélectorales.»

L’affût de l’ingérence étrangère

Alors que l’ingérence étrangère semble s’être manifestée lors des dernières élections aux États-Unis et en France, notamment, M. Reid a dit que son équipe surveillerait cette situation pour éviter que des acteurs étrangers tentent d’influencer le vote ou de propager de fausses nouvelles au Québec. «S’il y avait une information erronée ou fausse quant au déroulement des élections, je me devrai d’intervenir par tous les moyens pour corriger cette information pour ne pas induire en erreur les électeurs», a-t-il indiqué.

«J’ai des gens dans mon équipe qui font une veille, mais vous comprendrez que ça peut être difficile d’avoir une veille exhaustive sur cette question», a-t-il ajouté.

M. Reid demande aux électeurs de le contacter s’ils sont confrontés à de telles situations. «S’il y a des choses que les gens observent, on les invite à communiquer à notre bureau de plaintes pour nous faire part de ces informations», a-t-il soutenu.

Le vote sur les campus

Un autre changement qui touchera directement les électeurs est l’ajout de bureaux de scrutin dans les centres de formation professionnelle, les cégeps et les universités du Québec. Pour une première fois, les étudiants qui ne sont pas en mesure de se rendre dans leur circonscription d’appartenance parce qu’ils fréquentent un établissement à l’extérieur de leur région auront la possibilité de voter directement sur leur campus, dans la semaine qui précède l’élection.

»Donc ils n’auront pas à retourner chez eux pour aller voter, et ça, c’est quand même important pour éviter que des étudiants et étudiantes ne puissent exercer leur vote, a expliqué M. Reid. Je le rappelle, les jeunes de 18 à 39 ans vont former le tiers de l’électorat lors du prochain scrutin, donc ils sont aussi nombreux que la génération des baby-boomers pour la première fois lors d’élections générales.»

Une différente carte électorale

Un autre changement par rapport à 2014 sera la nouvelle carte électorale, qui a mené à la création de nouvelles circonscriptions et à la suppression de certaines, dans le but d’assurer «l’égalité relative du vote des électeurs».

Sur l’île de Montréal, deux nouvelles circonscriptions ont été créées: Mont-Royal-Outremont (qui inclut Ville-Mont-Royal et l’arrondissement d’Outremont), ainsi que Maurice-Richard (nommée auparavant Crémazie). En Mauricie, les circonscriptions de Laviolette et Saint-Maurice, qui n’avaient pas une population assez dense, ont été réunies pour ne faire qu’une: Laviolette-Saint-Maurice, qui s’étend de Shawinigan à La Tuque. La région des Laurentides-Lanaudière a quant à elle deux nouvelles circonscriptions, en raison du grand nombre d’électeurs qui s’y trouvent. Une partie des citoyens de Blainville, Masson et Mirabel seront compris dans Les Plaines, alors que certains électeurs de Bertrand et Rousseau voteront maintenant dans la circonscription de Prévost.

Ces dernières modifications préliminaires à la carte électorale avaient été accueillies par une levée de boucliers à Montréal, où Sainte-Marie-Saint-Jacques devait auparavant être englobée dans une grande circonscription du centre-ville appelée Ville-Marie. Le mouvement de contestation, mené par la députée solidaire Manon Massé, a finalement porté fruit, la Commission de la représentation électorale (CRÉ) a reculé sur sa décision et Sainte-Marie-Saint-Jacques a été conservée telle quelle.

La CRÉ révise la carte électorale après deux élections générales, mais M. Reid a déjà annoncé que l’organisation était ouverte à revoir le processus afin d’éviter d’autres situations du genre. «On a fait des recommandations l’année dernière en vue, peut-être, d’améliorer le processus, mais ça, ce sera dans la prochaine phase», a-t-il souligné.