Deux affirmations des chefs sous la loupe

L'AFFIRMATION: «Un quart des Québécois ne peuvent pas aller chez le dentiste parce que ça coûte trop cher.» — Manon Massé

LES FAITS 

La statistique provient apparemment d’un rapport de l’Institut de recherche et d’information socio-économique publié en février dernier, qui avançait la proportion de 27 % d’«adultes qui n’ont pas eu de soins ou d’examens dentaires au cours des 12 derniers mois, en raison du coût». L’IRIS est un organisme qui penche très clairement à gauche, c’est bien connu, mais la source ultime est une enquête internationale dite du «Commonwealth Fund» (27 000 répondants de 18 ans et plus dans 11 pays), menée en 2016 et à laquelle le Canada a participé. Elle a été citée par le Commissaire à la santé du Québec, et semble tout à fait fiable.

Notons que ce chiffre de 27 % est légèrement mieux (ou moins pire) que le score de l’Ontario (31 %). On peut également le comparer au pourcentage d’adultes qui se sont privés de prendre un médicament à cause du coût (9 % au Québec).

LE VERDICT

Essentiellement vrai. Il faudrait préciser que cela ne concerne que les adultes puisque les soins dentaires de base sont payés par le public pour les enfants — ce qui est un point important —, mais chez les «grands», la proportion semble tout à fait valable.

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L’AFFIRMATION
«M. Couillard, vous n’avez jamais admis que vous aviez fait mal à des dizaines de milliers d’enfants par vos compressions dans les écoles alors que des surplus s’accumulaient dans vos coffres.»
— Jean-François Lisée

LES FAITS 

Au-delà de la tournure dramatique de la phrase, est-ce que le gouvernement Couillard a imposé des coupures en éducation malgré le fait qu’il détenait des surplus budgétaires ?

Le Plan économique 2015 des libéraux indiquait un dernier déficit en 2014-15 (et un modeste : 1,1 milliard $) et un retour à l’équilibre budgétaire pour 2015-2016, avec des «surplus» de 1,5 cette année-là et de 2,2 milliards $ l’année suivante. Remarquez que ces marges de manœuvre devaient aller au Fonds des générations, si bien que le «solde budgétaire» prévu du gouvernement était officiellement de zéro, mais pour l’essentiel, le fait demeure qu’il y avait des surplus.

Ce même Plan économique ne prévoyait pas de «coupures» en éducation au sens fort, puisque les dépenses en «éducation, enseignement supérieur et recherche» ont cru chaque année après 2014. Mais le fait est qu’elles ont cru moins vite que l’inflation, ce qui revient à faire des coupures, et même qu’elles ont cru moins vite que les revenus du gouvernement : le budget anticipait une croissance des revenus de 4,3 % en 2015-16, mais prévoyait une croissance des dépenses en éducation de seulement 0,2 %. L’année suivante, c’était 3,3 % plus de revenus, mais seulement 1,6 % de plus en éducation.

Notons qu’à la fin de cette année fiscale 2016-17, il semble que le gouvernement ait accéléré une série de dépenses en santé et en éducation afin de liquider un surplus plus important que prévu (2,3 milliards $ après neuf mois), révélait La Presse l’an dernier.

Le VERDICT 

Difficile à démontrer, mais vraisemblable d’après les éléments que nous avons trouvés. Le fait que les dépenses en éducation ont cru beaucoup moins que les revenus du gouvernement même après l’atteinte du déficit zéro, de même que les dépenses accélérées du début de 2017, suggèrent que pour une raison ou pour une autre l’austérité aurait été maintenue plus longtemps que nécessaire en éducation.