Jean-Philippe Chaussé du Parti conservateur, Milan Bernard de Québec solidaire, Marysa Nadeau du Parti québécois, Marc Carrière du Parti libéral et Mathieu Lacombe de la CAQ

«C’est la cassette qui sort»

L’absence à la fois « d’enjeux locaux fondamentaux en Outaouais et de présentation d’un projet de société concret par l’un des chefs de partis » rend la campagne électorale québécoise ennuyante, estime la politologue Geneviève Tellier.

« J’ai trouvé que la campagne était plus excitante en Ontario qu’au Québec, et ça, c’est une première », affirme en riant la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

À l’échelle régionale, même si une lutte serrée s’annonce pour la première fois en plusieurs décennies dans certaines circonscriptions, Mme Tellier trouve que la campagne ne lève pas.

« Je n’ai pas l’impression qu’il y a énormément d’enjeux dans la région, c’est plus un débat entre les chefs, tandis que les différents candidats, quand on les voit, ils ne font que répéter les engagements nationaux. Le seul sujet commun, c’est peut-être la santé et l’autoroute 50. Tout le monde en a parlé », lance-t-elle.

Sur le plan provincial, la 42e élection générale ne passera pas à l’histoire non plus, à son avis.

« J’ai l’impression que c’est la cassette qui sort, qu’on fait du marketing politique. Aucun parti n’a présenté une vision globale, une sorte de projet de société, et à mon avis c’est une erreur. Ça n’aide pas les électeurs à prendre leur décision. Il y a peut-être Québec solidaire qui l’a fait un peu, mais même de leur côté je trouve qu’ils sont allés vers le clientélisme, avec beaucoup de petites mesures précises », commente la politologue.

Dans le contexte politique actuel, Mme Tellier se dit étonnée que la Coalition Avenir Québec (CAQ) ne soit pas à l’avant-plan et ne talonne pas davantage le bilan des libéraux en Outaouais, considérant « qu’un ou deux circonscriptions pourraient être prenables ». La professeure croit qu’il serait à l’avantage de tous les chefs de poser le pied dans la région deux fois plutôt qu’une.

Chose certaine, à 10 jours du scrutin, il serait prématuré de compter le Parti libéral (PLQ) pour battu en Outaouais, analyse-t-elle.

« Historiquement, pour une raison ou une autre, on sous-estime le vote libéral dans la région. On dirait que lorsqu’il y a plus d’incertitude, les gens se réconfortent avec le vote libéral. Entre ne pas savoir exactement où ils s’en vont et savoir où ils s’en vont même s’ils n’aiment pas trop le parti, les gens choisissent souvent la seconde option. La question nationale, même si on n’en parle pas, joue aussi pour beaucoup », de dire Mme Tellier.

Elle indique qu’il est ardu de prédire si les sondeurs viseront aussi juste au Québec qu’ils ne l’ont fait lors de l’élection provinciale ontarienne en juin.

« Il y a beaucoup de volatilité dans l’air. Est-ce qu’on va avoir droit à une grosse surprise ? Je ne le sais pas. Mais il faut faire attention quand on dit que les sondages se trompent. Ils mesurent une humeur générale à un moment précis dans le temps », note-t-elle.