Les assemblées d’investiture mènent parfois à des surprises. C’est le cas de la libérale Emmanuella Lambropoulos, une enseignante de 26 ans qui a été préférée à Yolande James et Marwah Rizqy afin de remplacer Stéphane Dion.

Bien choisir son candidat 101

MONTRÉAL — Candidats vedettes, candidats parachutés, ceux qui sont élus par acclamation ou après un vote serré, les partis politiques ont différentes façons de choisir ceux qui vont porter leurs couleurs lors de la prochaine élection provinciale, dans son édition automne 2018. Mais avant, ils doivent s’assurer que leurs aspirants députés ne les mettront pas dans l’embarras.

Comment les partis réussissent-ils à trouver suffisamment de candidats pour les 125 circonscriptions du Québec?

Quand une formation politique a le vent dans les voiles, les gens envoient leur curriculum vitæ aux organisateurs politiques ou les contactent directement. Le parti a alors l’embarras du choix. Des militants qui ressortent du lot sont aussi identifiés par ceux qui bâtissent l’équipe.

Lorsque plusieurs personnes veulent représenter la circonscription pour un même parti, et que celui-ci préfère laisser les militants et les résidants du coin choisir, une assemblée d’investiture est nécessaire.

Mais parfois aussi, un candidat est parachuté par les dirigeants «d’en haut», souvent pour faire une place de choix à une «vedette», en lui offrant une circonscription sûre, considérée comme un château fort.

Les assemblées d’investitures mènent parfois à des surprises. Récemment, dans une assemblée organisée pour une circonscription fédérale à Montréal, une jeune enseignante de 26 ans, relativement inconnue, a été choisie pour remplacer Stéphane Dion comme candidate libérale. Emmanuella Lambropoulos a battu l’ancienne ministre de l’Immigration provinciale Yolande James, ainsi que Marwah Rizqy, une fiscaliste qui avait été candidate pour le parti dans une autre circonscription en 2015.

Chaque parti sa méthode

La Coalition avenir Québec (CAQ), pas d’assemblées d’investiture. Le parti choisit.

Les aspirants candidats peuvent poser leur candidature sur le site Web du parti de François Legault et choisir les circonscriptions où ils aimeraient briguer les suffrages en 2018. Ou ils peuvent aller rencontrer l’organisateur de la circonscription. Un comité de sélection choisit des candidats potentiels à partir de critères bien précis. En cas d’hésitation, un processus d’investiture peut toutefois être mis en place : il est permis par la constitution du parti, dit Brigitte Legault, la directrice générale et organisatrice en chef de la CAQ.

Les candidats potentiels remplissent plusieurs formulaires, et des vérifications sont faites. Les aspirants sont ensuite reçus en entrevue.

Cette façon de faire a des avantages, soutient Mme Legault.

«On veut atteindre 40 % et plus de femmes. Historiquement, on sait que si on veut attirer des candidates féminines, de les faire passer à travers un modus operandi de conventions contestées, ce n’est pas idéal.»

«Je ne pense pas qu’on aurait attiré autant de femmes si on n’avait pas annoncé nos couleurs». Aussi, on veut des vedettes locales, des gens qui reflètent bien le comté, bien ancrés dans la région, ajoute-t-elle.

Le Parti libéral (PLQ), le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS) organisent tous des assemblées d’investiture.

Sauf que parfois, il n’y a qu’un candidat qui se présente dans une circonscription. «Course à un» réelle ou planifiée alors que les autres aspirants ont choisi de laisser le champ libre à uncandidat vedette?

Les libéraux se réservent certaines circonscriptions pour y placer des candidats nommés par le chef Philippe Couillard. Environ 10 sur 125, a indiqué Josée Lévesque, l’organisatrice en chef pour les prochaines élections. «En raison de leur profil ou pour ce qu’ils peuvent apporter au parti par la suite.»

Chez Québec solidaire, les aspirants candidats sont souvent connus, parce les dirigeants les ont côtoyés dans l’organisation. Mais il y a aussi un formulaire, pour les entendre sur certains enjeux, soutient Nika Deslauriers, la présidente du parti, qui est aussi responsable de la tournée électorale.

Et surtout, pas de candidats-vedettes parachutés chez QS, précise-t-on. Les membres choisissent. Il y a toujours un vote, même lorsqu’il y a une seule personne qui brigue un comté. «C’est impossible pour le national d’imposer une candidature à une association».

Le PQ attire traditionnellement des candidats-vedettes, dont des artistes connus du public. «C’est intéressant, car ils ont déjà une tribune», mais on a plusieurs critères, souligne Gabrielle Lemieux, la présidente du Parti québécois : la connaissance de la circonscription est essentielle.

«Il faut plusieurs profils de députés» pour former une équipe, ajoute-t-elle.

Au PQ, certains soumettent leur candidature, et l’organisation sur le terrain recrute aussi. «Je suis très impliquée dans la recherche de candidatures féminines», précise Mme Lemieux. Il peut y avoir une recommandation de candidat dans une circonscription, mais le processus démocratique doit suivre son cours, dit-elle.

Au rayon X

Comment s’assurer que le candidat ne tient pas de propos racistes sur Twitter, ou qu’une photo compromettante ne ressortira pas semer l’embarras lors de la campagne électorale?

Des vérifications détaillées sont faites par chaque parti.

Parfois, il y a des failles : on peut penser à Muguette Paillé. La vedette inattendue du débat des chefs fédéral de 2011 devait être candidate à l’investiture du Parti québécois pour les prochaines élections. Elle s’est retirée après qu’il fut découvert qu’elle avait tenu ou cautionné des propos islamophobes sur internet. Un candidat caquiste en 2014, nu sur une toilette — entre autres photos sur sa page Facebook où l’on pouvait voir ses fesses — avait aussi échappé aux vérifications.

On fait des vérifications, systématiques, avec beaucoup de sérieux, a expliqué Gabrielle Lemieux du PQ. «Mais les réseaux sociaux, c’est une mer infinie», dit-elle au sujet de Mme  Paillé.

Au PLQ, on fait affaire avec une firme d’enquêteurs «qui vérifie un paquet de choses». L’université est appelée pour vérifier si le doctorat a bel et bien été accordé. Y a-t-il des comptes en souffrances à Revenu Canada? Y a-t-il un dossier criminel? Des tonnes de choses sont vérifiées. On demande au candidat de produire un «certificat de bonne conduite» de la police locale, ajoute Mme Lévesque du PLQ.

«C’est très surveillé et c’est tolérance zéro».

Le candidat libéral dans Louis-Hébert, Éric Tétrault, est toutefois passé au travers des mailles du filet. La Presse avait révélé à l’automne 2017 qu’il avait eu un «comportement inapproprié» envers des employés au moment où il était directeur des affaires publiques chez ArcelorMittal, selon un rapport interne. Il s’est ensuite retiré de la course.

Sans dossier criminel, sans plainte à la police, il est très dur de savoir, fait valoir Mme Lévesque.

Mais si elle apprend une situation problématique par la suite, non déclarée par l’aspirant candidat, «c’est out», prévient Mme Lévesque. Il ne faut pas briser le lien de confiance.

La vérification de casiers judiciaires est cruciale, surtout dans cette ère du #MoiAussi, ont souligné les organisatrices. Pas question d’avoir le parti associé à un candidat qui a été violent avec les femmes, ajoute Nika Deslauriers.

Plusieurs partis demandent aussi aux candidats de signer des documents selon lesquels ils s’engagent à respecter les codes de conduite de leur parti et leurs valeurs.

Et quand ça ne va pas, et que des squelettes ont été trouvés dans le placard?

On recommande au candidat de se retirer, avance Gabrielle Lemieux, après avoir obtenu la version du candidat et une bonne discussion. Une position aussi adoptée par les autres formations politiques.