Au sujet des véhicules «interdits»...

«D’autres États, comme la Norvège, la France ou la Grande-Bretagne, ont adopté ce genre de plan vers le transport électrique», a déclaré la co-porte-parole de Québec solidaire Manon Massé, à la fin d’août, lors du dévoilement de sa promesse (très médiatisée) d’interdire la vente de véhicules à essence dans tout le Québec dès 2030, après une période d’incitatifs. Plusieurs médias ont alors précisé que la Norvège allait interdire la vente de véhicules à essence dès 2025, alors que la France et la Grande-Bretagne suivraient en 2040.

Les faits

Ces informations ont sans doute été reprises de médias anglophones, qui ont beaucoup parlé de ces «interdictions» ces dernières années. Or, dans les faits ni la Norvège ni la France n’ont actuellement d’échéance «dure» pour la fin des ventes de voitures à essence sur le territoire. Ces pays ont pour objectif de réduire jusqu’à zéro les ventes de véhicules conventionnels d’ici 2025 et 2040, respectivement, mais la vente ne sera pas «défendue» après ces dates butoir, ont confirmé les ministères des Transports des deux pays lors d’échanges de courriels avec Le Soleil. (C’est moins clair pour la Grande-Bretagne, on y revient.)

«Le Plan national des transports de Norvège […] fixe des objectifs ambitieux pour les véhicules à émissions zéro. Toutes les voitures et les camions légers vendus devraient être à émissions zéro [NDLR donc «électriques», essentiellement] d’ici 2025. […Mais] des améliorations technologiques, qui rendraient les véhicules à émissions zéro compétitifs par rapport aux véhicules conventionnels, sont un prérequis pour l’atteinte de ces objectifs», nous a écrit la porte-parole du Ministère norvégien des Transports Frøydis Tornøe.

À la question plus explicite de savoir s’il est exact que les ventes de voitures à essence seront toujours permises après 2025, Mme Tornøe a répondu : «Oui, c’est exact».

Remarquez que la Norvège n’aura peut-être pas besoin d’interdire quoi que ce soit puisque les tout électriques et les hybrides ont accaparé 52 % du marché de la voiture neuve là-bas l’an dernier, mais c’est une autre question.

En France, le service de presse du Ministère de la Transition écologique confirme que «nous ne pourrons pas interdire la vente des voitures neuves émettant des gaz à effet de serre en 2040 sans nous heurter à des problèmes de libre circulation des marchandises sur le territoire européen. Il s’agit donc bien d’un objectif à atteindre». Cependant, précise-t-on, cette cible orientera tout de même les politiques publiques et les positions défendues par la France dans les instances européennes.

À l’heure d’écrire ces lignes, le ministère britannique des Transports n’avait pas répondu aux demandes d’éclaircissement du Soleil. Notons que son Plan pour la qualité de l’air publié l’an dernier a été présenté par les médias locaux comme une «interdiction» (ban, en anglais) à l’échéance 2040, mais les documents officiels laissent place à l’interprétation. Ainsi, on lit dans le «plan détaillé» (p. 6 sur 103) que «le gouvernement mettra un terme à la vente de toute voiture ou fourgonnette conventionnelle à essence d’ici 2040», ce qui semble aller dans le sens d’une interdiction de vente en bonne et due forme. Mais le rapport technique (p. 46 sur 155) parle d’un simple «objectif».

Le verdict

Inexact. Au contraire de Québec solidaire ni la Norvège ni la France n’ont l’intention d’«interdire» la vente de véhicules à essence, à proprement parler. Il s’agit plutôt d’objectifs que se sont fixés les deux pays et qui seront atteints ou non, mais il demeurera possible et légal d’y acheter des voitures conventionnelles passé l’échéance de 2025 ou 2040. Nous n’avons pas pu obtenir de confirmation officielle de la part de la Grande-Bretagne, mais il n’est pas clair que ce pays se dirige vers une prohibition.