Accès à un médecin: que proposent les partis?

L’accès à un médecin demeure un enjeu important de la présente campagne électorale, notamment à Québec, où on compte plus de 100 000 patients orphelins et où des services de sans rendez-vous ont fermé leurs portes l’an dernier. Le Soleil a demandé cette semaine à des candidats et candidates des principaux partis ce qu’ils proposent pour améliorer la première ligne. Compte-rendu.

Pénalités et supercliniques

Il l’a martelé cette semaine, s’il est réélu, le Parti libéral du Québec (PLQ) appliquera les pénalités prévues par la loi 20 si le taux d’inscription à un médecin de famille n’atteint pas 85 % au 31 décembre. Les médecins avaient initialement jusqu’à la fin de 2017 pour atteindre cette cible, mais il a été décidé il y a quelques mois de leur laisser plus de temps. Foi de Philippe Couillard, il n’est plus question cette fois de remettre l’atteinte de la cible à plus tard.

Le PLQ a également promis un médecin de famille pour 90 % de la population au terme d’un deuxième mandat, soit d’ici les quatre prochaines années. 

Un gouvernement libéral réélu poursuivra par ailleurs le déploiement et l’embauche de 2000 infirmières praticiennes spécialisées (IPS) d’ici 2024-2025 et «travaillera avec les ordres professionnels pour assouplir les règles encadrant leur pratique». 

Il permettra en outre le développement à travers le Québec d’initiatives inspirées du projet Archimède afin d’augmenter la prise en charge de patients par des groupes de médecine familiale (GMF), où des IPS jouent un rôle accru. 

Autre engagement du PLQ : poursuivre les investissements dans les soins à domicile. «Je suis une grande fervente des soins à domicile. Il y a un bon investissement qui a été fait et qui va se poursuivre. Quand il y a un bon suivi à domicile, ça évite que les patients se rendent à l’urgence», expose celle qui dirigerait le ministère de la Santé dans un deuxième mandat des libéraux, Gertrude Bourdon.

Le PLQ s’est aussi engagé à ouvrir 25 nouvelles supercliniques — accessibles sept jours sur sept, 12 heures par jour — dans des agglomérations d’au moins 50 000 personnes, d’ici les quatre prochaines années. Elles s’ajouteraient aux 49 annoncées par le ministre Gaétan Barrette au cours des deux dernières années.

Selon Gertrude Bourdon, ces supercliniques ont assurément leur place dans le réseau de la santé. «Si vous avez un problème de santé à 18h avec votre petite de deux ans qui fait de la fièvre, la superclinique, elle peut être très intéressante», juge la candidate du PLQ dans Jean-Lesage.

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Rétablir le financement des cliniques-réseau

Pour le député de Lévis sortant et porte-parole de la Coalition Avenir Québec (CAQ) en matière de santé, François Paradis, le modèle de superclinique du gouvernement Couillard n’est pas la solution à tous les maux. 

«On a fait fermer trop rapidement des services de sans rendez-vous. On a retiré le financement à des cliniques-réseau sans leur donner le temps de se transformer en supercliniques. Et on se retrouve avec des patients orphelins qui sont pris de court, qui ne savent plus où se rendre», déplore-t-il.

Un gouvernement caquiste rétablirait sans hésiter le financement de ces cliniques-réseau, dont celui du Centre médical de Charlesbourg, qui a dû fermer son service de sans rendez-vous en novembre 2017. Ces cliniques n’auraient aucune obligation d’adhérer au programme de superclinique mis sur pied par le gouvernement Couillard, assure François Paradis. 

«Elles pourraient décider de rester cliniques-réseau. […] Ce qu’on a comme obligation, c’est de faire en sorte qu’il y ait assez de points de services pour répondre à la demande, ce qui n’est pas le cas actuellement. À Québec, on a 104 000 patients orphelins, on en a 40 000 sur le guichet d’accès. Il faut donc rétablir immédiatement le financement de ces cliniques pour qu’on ait suffisamment de points de services», martèle le député de Lévis sortant.

Un gouvernement caquiste reverrait aussi le système d’attribution des effectifs médicaux (les fameux PREM, pour plans régionaux d’effectifs médicaux). «Le problème de recrutement de médecins, il est partout […]. Le système de PREM, on nous le dit, c’est complexe, c’est pas transparent. Il va falloir le modifier, le rendre plus transparent, faire des ajustements. Et il faut être capable d’accorder des dérogations aux cliniques pour leur permettre de recruter de nouveaux médecins. Il faut savoir faire preuve de souplesse, de flexibilité», estime M. Paradis. 

Le candidat caquiste attribue aussi le problème des effectifs médicaux à la méthode «coercitive, punitive» du ministre de la Santé sortant, qui a rendu la médecine familiale «moins attractive». 

«Il faut faire en sorte que tous les postes en médecine familiale soient pourvus. Cette année, 65 postes de résidence n’ont pas été pourvus, du jamais-vu. Et c’est un effet direct de la réforme Barrette», juge François Paradis, selon qui l’écart salarial entre les omnipraticiens et les spécialistes est aussi un problème.

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Des IPS dans les CLSC

Le Parti québécois (PQ), lui, introduirait les IPS dans les CLSC pour améliorer l’accès à la première ligne et désengorger les urgences, qui reçoivent encore trop de patients présentant des conditions mineures. Ces CLSC seraient ouverts sept jours, sept soirs, entre 9h et 21h.

«C’est sûr que le service de sans rendez-vous du CLSC Haute-Ville [qui a été fermé à la clientèle non inscrite l’an dernier] serait réactivé», dit la députée sortante de Taillon et porte-parole du PQ en matière de santé, Diane Lamarre. 

«On a les effectifs d’IPS qu’il faut, c’est juste qu’elles sont actuellement dans les GMF, où il y a des médecins. C’est un gaspillage de professionnelles, dans un contexte où on a 40 0000 personnes qui attendent sur le guichet, où on a encore 20 % des gens qui n’ont pas accès à un médecin», estime Mme Lamarre, selon qui le fait de «maintenir les IPS dans un état de dépendance à l’endroit des médecins, c’est quelque chose qui bloque notre système de santé et embourbe nos urgences». 

«Les IPS, on leur a permis d’initier des traitements pour six conditions, mais on a ajouté dans les lignes directrices qu’il fallait que le patient soit vu par le médecin dans les 30 jours! C’est de la double facturation, c’est indécent», dénonce Diane Lamarre, dont le parti s’engage à donner non seulement aux IPS, mais aussi aux autres professionnels de la santé, une autonomie «franche et réelle». 

«En février 2019, on fait une loi qui révise l’ensemble des champs d’exercice des professions […]. Il y aura ensuite quelques formations ciblées. On pense être capable, à l’intérieur d’un an, d’ouvrir les champs d’exercice d’une vingtaine de professions et donc de 200 000 professionnels qui vont venir à la rescousse des médecins, qui pourront se concentrer sur les cas complexes et instables. Les cas simples, les autres professionnels vont pouvoir s’en occuper.»

Mme Lamarre estime par ailleurs que «tout centrer sur les supercliniques, ça crée un système d’urgence ponctuelle de touch and go, où il n’y a pas de suivi, et ça dénature le rôle du médecin de famille». Elle croit qu’il est important de maintenir les effectifs dans les GMF de quartier, mais qu’il faut aussi s’ouvrir à d’autres modèles, comme celui de la clinique sans médecin SABSA, «dans des secteurs qui sont des déserts médicaux».

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«Décentraliser les actes médicaux»

Pour Québec solidaire (QS), qui défend un système «100 % public, 100 % gratuit et 100 % accessible», la première ligne signifie «soins de proximité». «L’erreur qu’on a faite dans les dernières années, c’est de tout concentrer vers des gros centres, des grosses organisations», estime Sol Zanetti, candidat solidaire dans Jean-Lesage.

QS veut qu’on réinvestisse «massivement» dans les CLSC, qui seraient ouverts 24 heures, sept jours sur sept, «là où c’est nécessaire». «On a beaucoup mis le médecin au centre du système de santé. Comme travailleur autonome, le médecin décide un peu où il va pratiquer, contrairement à d’autres dans le système de la santé. Nous, on dit qu’il faut une équité», dit Sol Zanetti.

Selon lui, il faut «décentraliser les actes médicaux». «Depuis très longtemps, ce sont les intérêts corporatistes du Collège des médecins qui ont primé sur le bien collectif et l’organisation logique du système de la santé. Nous, on veut renverser la tendance. On veut faciliter la délégation d’actes […]. La logique, c’est de répartir les tâches et de ne laisser entre les mains des médecins que les actes qu’ils sont les seuls à pouvoir faire», analyse le candidat solidaire.

Si QS croit qu’il faut «retourner les ressources vers les CLSC», il estime aussi que les GMF «font partie du plan de services de proximité». «On ne revient pas en arrière sur les GMF. On veut juste regarnir les CLSC. Et on va réussir à faire ça avec la délégation d’actes. On peut, avec le même nombre de médecins, faire beaucoup plus de soins», croit M. Zanetti, dont le parti faciliterait aussi le processus de reconnaissance des diplômes des médecins étrangers.

QS est de ceux qui croient qu’il y a amplement de médecins de famille au Québec. «La raison pour laquelle tout le monde n’a pas accès à un médecin, c’est vraiment une question de partage des actes», juge Sol Zanetti.