Véronique Laliberté et son conjoint Francys-Roch Bisson.

«Veux-tu m'épouser...pour cinq ans ?»

Et si votre contrat de mariage était assorti d'une date d'expiration ? Que les couples qui hésitent à s'unir « jusqu'à ce que la mort les sépare » puissent bénéficier d'une porte de sortie, au bout de cinq ans ?
C'est l'idée pour le moins farfelue qu'a proposée Véronique Laliberté, dans son mémoire de maîtrise déposé récemment à la Faculté de droit de l'Université d'Ottawa.
« J'ai eu beaucoup de réactions, des bonnes comme des mauvaises. La plupart des gens sont choqués au début, mais après, en discutant, ça vient qu'à être une pas pire idée », affirme la Gatinoise fraîchement diplômée, qui a remporté le prix Haykal-Sater pour le meilleur mémoire en langue française.
Son idée a germé après une discussion avec l'un de ses professeurs. « Il m'a dit : 'Véronique, tu es une fille intelligente qui va bien gagner sa vie et donc, tu ne te marieras point'».
« Il faut comprendre que mon professeur est d'une autre génération et comme on étudie en droit, on voit les divorces. Ses arguments étaient nombreux sur le fait que les mariages, ça ne durent pas », raconte-t-elle.
Les statistiques ne lui donnent pas complètement tord. De décennie en décennie, la propension des Québécois à se marier n'a fait que diminuer. Une désaffection qui s'est faite graduellement, surtout chez les jeunes, note l'Institut de la statistique du Québec.
En 2012, à peine plus de 23 000 couples ont choisi d'unir leurs destinées. Parallèlement, le taux de divorce n'a fait que grimper.
Les plus récentes données disponibles font état d'un peu plus d'un divorce pour chaque deux mariages, annuellement, au Québec.
Simplifier le divorce
Le contrat de mariage à terme permettrait notamment de simplifier le divorce, avec des conditions préétablies, entre deux tourtereaux qui décideraient de retourner sur le marché des agents libres.
Avec un tel contrat, chaque cinq ans, les amoureux pourraient renouveler leurs voeux ou mettre fin à leur union. Si aucune action n'est prise, leur mariage demeurerait valide, mais sans les avantages qui s'y rattachent.
Véronique Laliberté croyait tellement en son idée, qu'elle l'a testée avec son conjoint,
Francys-Roch Bisson.
« Je venais de commencer à le fréquenter. Je voulais savoir ce que ça faisait de vivre dans un couple où il y a une possible date de fin », confie celle qui a opté pour un terme de trois mois.
« On se fait un super souper romantique pour renouveler nos voeux, sachant très bien que dans trois mois, ça se peut que mon copain me dise que c'est terminé », ajoute-t-elle.
L'idée n'est pas nouvelle. Un parti politique allemand a tenté de mousser le contrat de mariage de sept ans, sans succès, en 2007. L'idée a aussi été soulevée au Mexique, en 2011, afin de désengorger le système judiciaire.
« À Mexico, capitale du divorce, on se disait : 'ouais, ouais, vous êtes en amour aujourd'hui. Revenez-nous voir dans deux ans pour obtenir votre licence.' L'Église a fait des contestations, le projet n'a pas été adopté », indique Véronique Laliberté.
Au pays, ce genre de contrat est encore illégal. Avant de devenir réalité, certaines lois devront être amendées, à commencer par la Loi sur le divorce.