Valérie Langlais, Mélanie Plamondon-Simard, Véronique Martin et Marja Beauchamp travaillent à la création d’une école publique alternative en Outaouais.

Vers une première école alternative en Outaouais

Dans les cartons depuis plus de trois ans, le projet de création d’une toute première école publique alternative en Outaouais pourrait éclore à moyen terme. Un groupe de parents milite auprès de la commission scolaire des Draveurs (CSD), qui tranchera sur la question dans les mois à venir.

Marja Beauchamp, Valérie Langlais, Véronique Martin et Mélanie Plamondon-Simard, membres du comité exécutif de Projet alternatif Gatineau, caressent l’idée qu’une telle institution ouvre ses portes à Gatineau, alors que la région est l’une des rares à ne pas offrir cette option aux parents et élèves. À la dernière rentrée scolaire, on comptait plus de 45 écoles alternatives à travers la Belle Province.

« Il n’y en a toujours pas en Outaouais, sauf qu’il y a une multiplication de ce type d’écoles depuis 40 ans et le ministère (de l’Éducation) continue de les ouvrir. Forcément, c’est parce que ça fonctionne, ça répond aux besoins de la clientèle. Il y en avait trois de plus à la rentrée », lance d’emblée Mme Martin.

Le concept d’école alternative offre aux enfants « un environnement éducatif différent, basé sur des valeurs humanistes et prônant l’expression de la créativité, de l’innovation et de la coopération », selon le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ). Il n’y a ni sélection d’élèves ni examen d’admission et les parents sont invités à s’impliquer activement « en tant que co-éducateurs et co-gestionnaires ». Le respect du rythme d’apprentissage de chaque élève est au centre des préoccupations.

« À la base, c’est une pédagogie un peu différente, même si c’est conforme au programme ministériel. On ne réinvente pas la roue, c’est juste le chemin emprunté par les élèves pour apprendre qui diffère. C’est un peu une pédagogie personnelle, les projets sont initiés par les élèves selon leurs intérêts, leurs compétences, plutôt que d’avoir des cours magistraux. Le but, c’est qu’ils se sentent motivés et qu’ils apprennent mieux », affirme-t-elle.

La Gatinoise soutient que ses propres enfants de 10 et 12 ans « ne cadrent pas dans le moule actuel ».

« On estime que de 15 à 20 % des élèves sont dans cette situation. Ça fait quatre ou cinq ans que je travaille sur ce projet-là. Je souhaite que la diversité des élèves soit respectée, chaque enfant est unique et a un profil socio-économique différent. Ces enfants-là, s’ils ont plus de chances de mieux connaître leurs forces, seront plus raccrochés à l’école. C’est une démarche où l’élève est impliqué et où on ne le compare pas avec l’ami trois pupitres plus loin. S’il apprend plus vite en math, par exemple, il va pouvoir prendre plus de temps pour les notions de français. Il y a un décloisonnement des matières. C’est beaucoup plus qualitatif comme approche », ajoute Mme Martin.

Rappelant que l’implication parentale est un élément-clé, le groupe tient à indiquer que le concept ne se traduit pas par une augmentation de la charge de travail des enseignants, au contraire. Elle-même enseignante, Valérie Langlais affirme qu’elle rêve à la mise sur pied d’un tel projet depuis bien avant qu’elle soit maman, ayant elle-même vécu cette expérience durant sa jeunesse.

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« C’est une offre supplémentaire qui est nécessaire. Au fond, c’est le milieu scolaire qui s’adapte à l’enfant, et non l’inverse. L’enfant explore davantage sa personnalité. Il y a aussi des classes flexibles, c’est la nouvelle tendance en éducation, avec plusieurs endroits pour travailler, par exemple des tables rondes, des poufs, des vélos stationnaires, etc. », dit-elle.

La CSD a beau ne pas encore avoir statué sur le projet, celui-ci suscite l’enthousiasme, affirme le groupe.

Selon un récent sondage, 389 enfants issus de 215 familles auraient été inscrits à l’école alternative si elle avait été ouverte cette année. De plus, neuf parents sur dix ont dit qu’ils étaient prêts à s’impliquer au minimum deux heures par mois à titre de co-éducateurs dans ce milieu. Les interactions sur la page Facebook (Pour une école publique alternative à Gatineau) ont explosé ces dernières semaines, dit-on.

« C’est incroyable l’engouement envers le projet, le nombre de questions que l’on reçoit », soutient Mme Martin, précisant que des parents habitant sur le territoire de la commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO) sont prêts à déménager pour inscrire leur enfant.

En attendant de voir s’il obtiendra le feu vert, le groupe reste ouvert aux différentes options, par exemple d’avoir une école alternative pour la 3e à la 6e année du primaire, dépendant de la disponibilité des locaux. La possibilité d’accueillir cette école entre les murs de la polyvalente Le Carrefour serait également analysée.

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QUELQUES FAITS SUR LES ÉCOLES ALTERNATIVES AU QUÉBEC

  • Appelée «école-recherche Jonathan», la première école publique dite alternative au Québec a vu le jour en 1974;
  • Le Québec compte 45 écoles publiques alternatives (40 primaires, 4 secondaires et 1 primaire-secondaire) réparties dans 21 commissions scolaires de dix régions administratives, dont Montréal, Québec, Lanaudière, les Laurentides et l’Estrie;
  • L’école alternative québécoise s’inspire de la pensée pédagogique humaniste de l’antiquité gréco-romaine, avec en son centre deux valeurs de base : le respect de la personnalité de l’enfant et la profonde connexion entre le maître et son élève;
  • La pédagogie de ces écoles est centrée sur une démarche d’apprentissage personnelle de l’élève, dont elles visent le développement global;
  • Le milieu prône une approche participative, communautaire et humaniste dans laquelle chaque intervenant, y compris le parent, joue un rôle actif dans l’épanouissement de l’élève;
  • Parmi les aspects prônés : un cursus scolaire plus flexible et sans distinction de niveau, afin de respecter le rythme d’apprentissage de chaque élève ; une évaluation de l’élève en continu, basée sur une approche qualitative et tripartite qui implique l’enseignant, le parent et l’élève ; la formation de groupes multiâges dans lesquels l’enfant est amené à développer son identité et ses compétences, ainsi que la valorisation du rôle des parents en tant que co-éducateurs et co-gestionnaires de l’école.

Source : Réseau des écoles publiques alternatives du Québec