Richard Zerbe, directeur d’instruction à la Commission scolaire de Vancouver (VSB), en compagnie d’une candidate à un poste d’enseignant

Vancouver cherche des enseignants

On parle plus souvent de pénurie d’emplois que de pénurie de travailleurs. La Colombie-Britannique, elle, vit une sorte de crise à l’envers : on y observe un manque flagrant d’enseignants anglophones et francophones au point où on part à leur recherche dans tout le Canada.

Une équipe de recruteurs de la commission scolaire de Vancouver (Vancouver School Board) est même à Ottawa cette semaine pour recruter de futurs professeurs de la maternelle à la douzième année, autant pour le secteur anglais qu’en classes d’immersion française.

Cette étonnante crise de ressources humaines frappe la côte ouest du pays depuis un récent jugement de la Cour suprême du Canada de novembre 2016, qui permet au plus puissant syndicat d’enseignants de la province d’avoir son mot à dire sur le nombre d’élèves en classe. Le ratio professeur/élèves ayant été modifié en faveur de classes moins populeuses, un effet domino a alors entraîné un manque d’enseignants dans toute la province.

En un an, nous dit Adrian Keough, directeur des programmes éducatifs à la commission scolaire de Vancouver, 2500 profs ont été embauchés dans toute la province, dont près de 600 à Vancouver seulement.

À Vancouver, on aura encore besoin de 200 à 300 nouveaux enseignants, à moyen terme, dans le secteur anglophone et en immersion française. À court terme, la commission scolaire de Vancouver ouvrira deux douzaines de postes d’enseignants en classes d’immersion française d’ici septembre prochain et sept postes sont à combler immédiatement.

Une véritable crise
C’est une véritable crise qui a pris tout le système d’éducation britanno-colombien par surprise.

Bon an, mal an, depuis 25 ans, l’équipe de la commission scolaire de Vancouver s’arrêtait dans des foires d’embauche à Ottawa et Edmonton, leurs deux villes de prédilection, car les programmes de formation en français y sont adéquats et correspondent à leurs exigences. On effectuait ainsi trois ou quatre visites par année pour recruter des profs. Mais depuis novembre dernier, la crise est telle que dix foires d’emplois ont été visitées au Canada par la commission scolaire, dont celles de Montréal, Toronto, Regina, Saskatoon, Victoria et Calgary.

Et pour la première fois, on a même ajouté comme mesures incitatives, une bourse de déménagement de 1500 $ et de l’hébergement temporaire à Vancouver à l’arrivée des nouvelles familles de professeurs. Du jamais vu dans l’histoire de la commission solaire où œuvre M. Keough.

Outre le récent jugement de la Cour suprême, d’autres facteurs sont venus aggraver la situation : des départs de profs pour des congés de maternité, des retours aux études ou des enseignants qui décident de quitter Vancouver pour enseigner dans des banlieues moins onéreuses comme Burnaby, Surrey ou West Vancouver.

Molière en demande
Il reste que l’engouement pour l’apprentissage de la langue de Molière demeure phénoménal en Colombie-Britannique :

« Les parents voient le bénéfice d’être bilingue dans un pays bilingue [...] À Vancouver, on a deux programmes de mandarin, au niveau primaire, et 14 programmes en français. On a malheureusement 200 à 300 familles qui ne peuvent en prendre avantage parce qu’on n’a pas assez de profs », explique Adrian Keough de la commission scolaire de Vancouver.

Lundi, à l’Université d’Ottawa, une première foire d’embauche visera à recruter des enseignants en immersion française. Mercredi, ce sera au tour du secteur anglais.