La titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la sante des familles, Francine de Montigny, craint qu’un conflit de travail à l’UQO fasse plus de mal que de bien.

UQO: «personne n’en sortira gagnant»

La tension et l’appréhension se font de plus en plus ressentir à l’intérieur des murs de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), à moins de 24 heures du déclenchement prévu de la grève générale illimitée des professeurs.

Poids lourd du corps professoral de l’UQO, Francine de Montigny, croit que la majorité de ses collègues et le syndicat qui la représente font fausse route en voulant déclencher un conflit de travail dont personne, selon elle, ne sortira gagnant. La titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la santé psychosociale des familles et récipiendaire de nombreux prix et distinctions affirme se sentir « prise en otage » face à cette situation.

« Il y aura des impacts à long terme si cette grève est déclenchée, lance-t-elle. J’ai vécu des grèves comme étudiante, comme infirmière, comme gestionnaire pendant le conflit de travail avec les chargés de cours, comme conjointe pendant le conflit à Radio-Canada et comme mère lors de grèves étudiantes, rappelle-t-elle. Ce que je constate, c’est qu’on sort très rarement gagnant d’une grève. Je ne crois pas à cette solution pour sortir d’un conflit avec un employeur. Cette grève ne fera pas uniquement mal à l’employeur, mais aussi aux employés, aux étudiants, elle va nuire au climat de travail pendant des années. Ça pourrait même nuire à la croissance de l’université. Le fonds de grève, il devra être remboursé. C’est la prochaine génération de professeurs qui sera aux prises avec ça. Certains grévistes seront à la retraite et les nouveaux professeurs devront encore rembourser ce que la grève aura coûté. »

Mme de Montigny signale qu’une grève peut parfois permettre de faire quelques gains, mais que le jeu n’en vaut pas la chandelle. « Après quelques jours de grève seulement, les gains qu’on ferait au niveau salarial seront éliminés, dit-elle. Même si on gagnait 1000 $ de plus, tout le stress que ça provoque autour de moi depuis des semaines et des mois, toutes les répercussions qui viennent avec ça, ces gens qui viennent me voir pour me dire qu’ils font des crises d’angoisse et de l’insomnie, ça ne vaut pas mille piastres. »

Même si les étudiants ont signifié leur appui moral aux professeurs de l’UQO, cela ne les empêche pas de vivre un grand stress actuellement, note Mme de Montigny. « Pour certains, ça pourrait retarder leur entrée sur le marché du travail, note-t-elle. Les étudiants qui ont des chargés de cours pourront poursuivre leur scolarisation, alors que ceux qui ont des professeurs verront leur arrivée sur le marché du travail retardé. Ça provoque une situation qui n’est pas équitable. Ces étudiants n’en retireront aucun avantage. Ils n’auront que les inconvénients. C’est une situation très malheureuse. »

« La grève du recteur »
À l’autre bout du spectre, le Syndicat des professeurs de l’UQO (SPUQO) ne lâche pas la pression sur l’employeur. Dans une pleine page de publicité publiée dans l’édition de jeudi du Droit, les professeurs, sans contrat de travail depuis le 30 avril 2015, avertissent le recteur Denis Harrisson que s’il n’accepte pas l’arbitrage des différends, la grève de l’UQO sera la sienne.

Le SPUQO rappelle que les 42 séances de négociation n’ont pas été suffisantes pour dénouer l’impasse. Il propose de soumettre les neuf clauses qui continuent de séparer les deux parties à un arbitre, mais l’employeur refuse. « La grève à l’UQO est maintenant entre les mains du recteur : s’il n’accepte pas l’arbitrage des clauses restantes, la grève de l’UQO sera la grève du recteur », conclut le syndicat.

Un impact sur le réseau de la santé

La grève générale illimitée des professeurs de l’Université du Québec en Outaouais (UQO) qui doit être déclenchée une minute après minuit, samedi, pourrait avoir des impacts non négligeables sur le réseau de la santé de la région, estime l’enseignante en sciences infirmières, Francine de Montigny. 

«Une grève, on sait quand ça commence, mais on ne sait jamais quand on en sort, lance-t-elle. Ça peut durer trois jours, trois semaines, trois mois, on ne le sait pas.»

Un conflit de travail prolongé à l’UQO pourrait forcer l’université à faire sortir ses étudiants actuellement en stage dans les établissements de santé et ainsi retarder leur entrée sur le marché du travail. Il n’y a rien là pour aider à lutter contre la pénurie de personnel dans les hôpitaux. 

«Il y aurait certainement un impact sur notre réseau de la santé, affirme Mme de Montigny. Les étudiantes en stage en soins infirmiers devront être retirées de leur milieu parce qu’il n’y aura plus de professeur pour les superviser.»

Les étudiants qui comptent sur des contrats de recherche pour payer une partie de leurs dépenses pourraient aussi se retrouver sans le sou pendant le conflit. «En plus de prendre du retard dans leur scolarisation, ils vont perdre leurs revenus de recherche et seront doublement pénalisés», ajoute Mme de Montigny.