Michaëlle Jean devait rencontrer les élèves de l'école qui porte son nom.
Michaëlle Jean devait rencontrer les élèves de l'école qui porte son nom.

Une cérémonie virtuelle avec Michaëlle Jean pour célébrer «une nouvelle aventure»

«La vie triomphe même dans l’adversité». C’est l’un des messages-clés que l’invitée spéciale à une cérémonie virtuelle soulignant le passage vers la prochaine étape de la vie pour les élèves de sixième année de l’école élémentaire publique Michaëlle-Jean à Ottawa souhaitera lancer aux enfants mercredi.

Cette invitée de marque, c’est l’ex-gouverneure générale et ancienne secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie, Michaëlle Jean, qui en principe devait aller serrer les mains des élèves et constater de ses propres yeux l’ampleur de leur engagement avec des projets tous aussi variés les uns que les autres. Sauf que la COVID-19 est venue contrecarrer tous les plans et on n’a eu d’autre choix que de déployer un plan B.

Si ce n’est certes pas le scénario idéal, la principale intéressée tout comme la directrice de l’établissement, Annie Plourde, s’entendent pour dire qu’il était inconcevable de terminer l’année scolaire sans célébrer cette transition vers l’adolescence.

«Pour le personnel et les élèves, il y a un vide, car normalement c’est un passage très important, surtout pour les élèves de sixième année. C’est quitter cet espace tellement enveloppant qu’a été l’école élémentaire et se lancer vers une nouvelle aventure, cette fois-ci dans une nouvelle école. C’est une transition avec un peu de peine, car on n’aura pas nécessairement tous ses amis avec soi, dépendant de l’école où nous allons. C’est de passer à un autre âge de la vie», affirme Mme Jean.

Cette cérémonie permettra entre autres de souligner les bons coups des écoliers, qui sont nombreux à avoir su faire une différence autour d’eux chacun à leur façon.


« L’école est un lieu significatif, un lieu sécurisant et d’un seul coup tu ne peux plus y aller. »
Michaëlle Jean

«On veut faire en sorte qu’ils se sentent importants à nos yeux, essayer de diminuer cette distanciation-là qui est hors de notre contrôle. Dès le début de l’année, on avait déjà le souhait d’inviter Mme Jean pour l’exposition des élèves, car notre école fait partie du programme IB (baccalauréat international). On voulait qu’elle vienne voir le résultat des recherches de nos élèves. On leur demandait de poser des actions significatives dans leur communauté, on les sensibilisait à des enjeux de société. Par exemple, ils pouvaient aller dans un foyer de personnes âgées pour servir un repas, jouer du piano, etc. Ça n’a pas eu lieu étant donné la situation que l’on connaît», raconte Mme Plourde.

Cette dernière devient d’ailleurs un brin émotive lorsqu’elle parle de l’école «fantôme» qu’elle retrouve chaque fois où elle doit se rendre au bureau depuis près de trois mois.

«Je dois le dire, j’ai un pincement au coeur. La semaine dernière, quand j’y suis allée plusieurs jours, je marchais dans les couloirs avec mes talons hauts et je me suis rappelé qu’à un certain moment, ce sont les élèves qui reconnaissaient les pas de Mme Plourde. Je me disais: l’école est vide maintenant. Et dans chacune des salles de classe où j’entrais, lorsque les élèves y étaient, c’était des élèves engagés. J’étais toujours épatée qu’on arrive à la fin juin d’une année et que les élèves soient toujours aussi pris par la volonté d’apprendre, de s’épanouir. Maintenant, on ne retrouve plus cela», s’exclame-t-elle.

Affirmant que cette période anxiogène vient avec sa part d’angoisse pour les enfants d’un tel âge, qui ont la maturité nécessaire pour comprendre que «le monde est en train de basculer et qu’on ne sait pas où cela va nous mener», celle qui a occupé les fonctions de gouverneure générale du Canada de 2005 à 2010 compte bien parler avec son coeur aux jeunes.

Les enseignants de l’école élémentaire publique Michaëlle-Jean à Ottawa ont envoyé un message à leurs élèves.

«On peut apprendre de cette épreuve, car cela en est une. Tout ça permet de voir à quel point on peut se mettre à valoriser davantage tout ce qu’on tenait pur acquis, ce qui est garanti autour de soi. Là, on se rend compte que d’un seul coup, ouf, le sol se dérobe un peu sous nos pieds. On est dans une situation de pandémie, on a des précautions à prendre, on doit admettre la distanciation physique et sociale. Imaginez ça pour un enfant. L’enfant a besoin de contacts, a besoin d’être entouré. L’école est un lieu significatif, un lieu sécurisant et d’un seul coup tu ne peux plus y aller», dit Mme Jean.

À son avis, cette crise sans précédent aura permis de saisir à quel point la présence en classe en chair et en os est capitale pour de nombreux enfants de notre société.

«La maison n’est pas nécessairement le lieu de sécurité absolue pour tous les enfants. Et l’école est souvent le lieu de référence, là où on peut trouver une écoute. Or, il y a des enfants qui sont à risque à la maison, on le sait. Il peut y avoir des situations problématiques, de violence», lance-t-elle.

«Des liens significatifs»
Michaëlle Jean rappelle que durant les sept années de leur parcours, les enfants garderont des souvenirs impérissables de certains adultes «significatifs» qui les ont aidés à cheminer.

La directrice de l’école située dans le secteur Nepean abonde dans le même sens.

«J’ai eu le privilège de lire les discours des élèves et je dois vous dire que ça ressort dans les paroles des enfants. Il y a une élève très éloquente qui parle de comment elle était timide en troisième année, qu’elle a eu deux enseignants masculins et qu’on a essayé de la sortir de sa coquille. Elle dit qu’elle arrive maintenant en sixième année et qu’elle ne peut plus cesser de parler. Moi, ce que je retiens derrière ça, ce sont les relations significatives qui s’établissent entre l’adulte et l’enfant. Ce n’est pas que le privilège des parents, c’est aussi celui des membres du personnel [d’une école]. Je sais que j’ai choisi ma carrière en éducation pour ces raisons-là. J’avais des vifs souvenirs de mon enfance où mon enseignante, Mme Michaud, me disait: Annie, tu n’es pas ton assiette? Juste le fait qu’elle me dise ça, j’avais l’impression que quelqu’un se préoccupait de comment je me sentais», confie Mme Plourde.

C’est le 18 juin, quand l’heure des vacances sonnera à la maison, que les élèves de sixième année pourront officiellement proclamer qu’ils ont franchi une nouvelle étape dans leur vie.