Un premier programme de pharmacie en français

Philippe Orfali
Philippe Orfali
Le Droit
Face au manque chronique de pharmaciens francophones en Ontario, l'Université d'Ottawa (Ud'O) souhaite offrir un programme de pharmacie en français, une première à l'extérieur du Québec.
Selon ce qu'a appris LeDroit, l'établissement planche sur un premier véritable programme universitaire de pharmacie en français en Ontario.
Si la situation est pressante, l'université doit néanmoins peaufiner le dossier avant de le soumettre au gouvernement provincial pour approbation, nous dit-on.
À deux reprises par le passé, au cours des années 1980 et 1990, les démarches afin d'offrir un tel programme n'ont pas abouti.
Pas moins de 76% des adultes francophones du Sud-Est de l'Ontario jugent important d'obtenir des services de santé dans leur langue, mais une forte proportion d'entre eux n'y ont toujours pas accès, selon Santé Canada.
La formation de pharmaciens ici même dans la région pourrait faire partie des solutions. Car l'exil demeure la seule option pour les Franco-Ontariens qui souhaitent devenir pharmaciens. Chaque année, une poignée d'entre eux doit choisir entre des études en anglais à Toronto ou Waterloo, ou en français à Québec ou Montréal. «Une proportion importante de ces étudiants ne reviendront pas dans leur province d'origine», souligne un rapport commandé par l'université.
Ce rapport interne révèle que même si les spécialistes bilingues sont «férocement recherchés» dans l'Est ontarien, moins de 40% des pharmaciens parviennent à s'exprimer dans la langue de la minorité.
Or, la langue est déterminante en santé et les barrières linguistiques «réduisent le recours aux services préventifs, influencent la qualité des services où la bonne communication est essentielle (et) augmentent la probabilité d'errer dans les diagnostics et les traitements», résumait le commissaire aux services en français de l'Ontario, en 2009.
L'Ud'O confirme qu'elle «souhaite offrir un programme de pharmacie en français», mais refuse de s'avancer sur la structure de cette formation, ou la date de son lancement. «Le projet étant encore à l'étape de la conception et de l'évaluation, il est trop tôt pour spéculer sur ses différents aspects», soutient la porte-parole Caroline Milliard.
L'Ud'O songe à collaborer avec les universités de Moncton et Laurentienne, selon une personne au fait du dossier. Ce qui permettrait de partager certains coûts et de former des professionnels dans deux autres régions où les manques sont criants.
Il y a urgence d'agir, soutient Jocelyne Lalonde, du Consortium national de formation en santé. «De plus en plus, le pharmacien joue un rôle d'information et de conseil pour le client. Quand un francophone va faire remplir sa prescription, il a des questions, doit comprendre des informations importantes. (Le pharmacien) peut avoir un impact sur la façon dont le patient prend ses médicaments.»
En juin 2001, un rapport de Santé Canada concluait que plus de la moitié des francophones en situation minoritaire n'avaient pas, ou avaient rarement, accès à des soins dans leur langue.
Le Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), qui milite pour l'accroissement du nombre de programmes offerts en français, salue le projet. «Nous accueillons positivement toute annonce de nouveaux programmes, surtout dans des disciplines scientifiques où l'offre de programmes en français reste encore très limitée. Le besoin de pharmaciens capables d'offrir des services en français se fait sentir partout dans la province», explique Alain Dupuis, coordonnateur général du RÉFO.