La pavillon Tabaret, à l'Université d'Ottawa
La pavillon Tabaret, à l'Université d'Ottawa

Un logiciel de surveillance pendant les examens à la maison à l'Ud'O

L’utilisation par l’Université d’Ottawa d’un logiciel pour surveiller les étudiants durant un examen tenu à distance suscite des inquiétudes en matière de protection de la vie privée, mais aussi d’équité à l’endroit des élèves avec un trouble d’apprentissage.

Dans un message envoyé à la communauté étudiante mardi, la vice-rectrice aux affaires académiques, Jill Scott, annonce que les professeurs auront accès au logiciel Respondus pour les sessions de printemps/été et d’automne «comme outil de surveillance d’examens en ligne».

«Lorsque la pandémie a débuté le printemps dernier, les universités canadiennes et de partout dans le monde ont immédiatement commencé à analyser les différents systèmes permettant de faire les évaluations en ligne tout en maintenant nos standards élevés en matière d’intégrité académique», indique Mme Scott.

Ce logiciel de surveillance nécessite que les étudiants laissent leur webcam allumée et utilise l’intelligence artificielle pour déceler leurs faits et gestes durant l’examen.

«Les étudiants pourraient raisonnablement considérer cela comme une intrusion dans leur vie privée, indique le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO) dans un communiqué. Nous sommes également préoccupés par la capacité de l’Université de stocker les enregistrements des étudiants […] pendant une période pouvant aller jusqu’à un an.»

«Nous avons procédé à une évaluation des facteurs relatifs à la vie privée et Respondus répondait à nos exigences strictes en matière de sécurité de l’information et à celles de nos règlements sur la protection des renseignements personnels, rétorque l’institution.

«Les données personnelles ne seront conservées que pendant un an et ne pourront être consultées que par le membre du personnel enseignant de l’Université responsable de l’examen ou la personne à qui cet accès est délégué.»


« C’est un peu surprenant qu’ils aient ignoré la voix des étudiants »
Natalia Maximo, étudiante en sciences informatiques

Possibilité d’iniquité

L’étudiante en sciences informatiques, Natalia Maximo, a lancé une pétition en ligne avec d’autres étudiants il y a environ deux semaines. Pour elle, la principale préoccupation avec ce logiciel, c’est le potentiel de voir des étudiants avec un déficit d’attention ou d’autre difficulté d’apprentissage être accusés d’avoir triché durant un examen.

«Le logiciel pourrait lever un drapeau s’ils ne regardent pas directement les feuilles devant eux ou s’ils vont aux toilettes pendant l’examen», craint Mme Maximo.

Cette dernière déplore que le message envoyé par la vice-rectrice n’aborde pas cet enjeu et ne précise pas s’il y aura place à des accommodements pour les étudiants avec des difficultés d’apprentissage.

«C’est un peu surprenant qu’ils aient ignoré la voix des étudiants, affirme Natalia Maximo. Nous avons tenté de communiquer avec l’Université, sans succès.»

L’étudiante en sciences informatiques soutient que l’institution d’études supérieures devrait plutôt favoriser une refonte de ses méthodes d’évaluation pour contrer la fraude académique, soit en privilégiant des travaux écrits plutôt que des examens à choix multiples ou encore, en formulant différemment les questions pour exiger une compréhension des enjeux et non uniquement une mémoire photographique.