Avec le retour à temps plein à l'école de tous les élèves en septembre, l'une des plus grosses épines au pied des centres de services scolaires en Outaouais sera sans le transport scolaire, puisque les véhicules devront avoir deux fois moins d'élèves à bord qu'en temps normal.
Avec le retour à temps plein à l'école de tous les élèves en septembre, l'une des plus grosses épines au pied des centres de services scolaires en Outaouais sera sans le transport scolaire, puisque les véhicules devront avoir deux fois moins d'élèves à bord qu'en temps normal.

Transport scolaire à la prochaine rentrée: vers des changements d'horaires à l'école?

Avec le retour à temps plein à l'école de tous les élèves en septembre, l'une des plus grosses épines au pied des centres de services scolaires en Outaouais sera sans contredit le transport scolaire, puisque les véhicules devront avoir deux fois moins d'élèves à bord qu'en temps normal. Conséquence: on pourrait devoir modifier les horaires de classes à certains endroits.

Lors de l'annonce du plan de match pour la prochaine rentrée scolaire au primaire et au secondaire, le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, a spécifié que selon les normes établies par les autorités de la santé publique, une distanciation sociale d'un mètre devra être respectée. Un seul écolier par banc pourra s'asseoir dans chaque autobus jaune. Dans les berlines, il pourra y avoir un maximum de deux élèves.

Si cet allègement des mesures de sécurité permettra de transporter une vingtaine d'élèves par autobus, tandis que la limite est d'environ 12 présentement, un véhicule pouvait avoir jusqu'à une soixantaine d'enfants du préscolaire et du primaire à bord avant que la pandémie n'éclate. 

La situation risque de causer des maux de tête aux parents, aux directions d'école et aux gestionnaires des centres de services au cours des prochaines semaines.

Le ministère et les écoles demandent aux parents de n'utiliser le transport scolaire qu'en dernier recours et d'assurer le transport de leur enfant à l'école dans la mesure du possible.

En fonction de l'offre et de la demande, plusieurs scénarios sont sur la table pour la rentrée de septembre. 

«Il est possible qu'on se dirige vers deux vagues de transport. Mais parmi les élèves qui habitent à distance de marche de l'école, mais qui bénéficiaient d'accomodements, combien d'entre eux peuvent être transportés par leurs parents? Il y a aussi la fratrie dont il faut tenir compte, car les enfants d'une même famille pourront s'asseoir ensemble. Il va vraiment falloir analyser parcours après parcours, et si l'on réalise que l'on doit faire deux tournées, ç'a aura aussi un impact sur le parcours suivant, les horaires d'école, etc. Toutes les options sont possibles, c'est le genre de réflexion qu'on devra avoir, on ne veut pas tout de suite mettre de côté une solution», explique la directrice générale du Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD), Manon Dufour.

Cette dernière ajoute que c'est l'ampleur des retards à l'école, en raison d'éventuelles vagues de transport, qui pourrait forcer un changement d'horaire dans certains établissements.

«Si on parle d'un retard de quelques minutes, c'est une chose, mais si c'est une heure, c'est possible que ça ait des impacts par ricochet sur les heures de classe», ajoute-t-elle.

Son homologue au Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées (CCSCV), Daniel Bellemare, ne cache pas que ces contraintes «ne seront pas évidentes», surtout que certains chauffeurs «font le trajet du primaire et du secondaire» et que quelques-uns ne sont pas revenus au travail en mai et juin en raison de leur âge.

«Chez nous, il y a un grand secteur rural alors à peu près 60% des élèves sont transportés par autobus et on estime que la règle d'un mètre (de distanciation) va nous amener à une capacité d'environ 25%. Mettre plus d'autobus sur la route, ce n'est pas aussi simple que ça. Ça pourrait vouloir dire que des heures seront décalées et qu'il faudra aussi réajuster les heures des services de garde. Je parle au conditionnel, il faudra voir comment on va arrimer tout cela. L'humain, on le sait, c'est un être de routine, alors lorsqu'on change les habitudes, il y a des impacts. Par exemple, quelqu'un qui est habitué d'aller chercher son enfant à cinq heures moins quart, si on décale tout ça d'une heure, ça bouleverse la vie familiale au complet. Ce n'est pas intéressant», dit-il.

Au Centre de services scolaire des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO), le son de cloche est très similaire.

«Évidemment, on va miser d'abord et avant tout sur la collaboration des parents, on a déjà eu une belle réponse de leur part au printemps. On travaille déjà sur des scénarios qui pourraient impliquer une deuxième vague (de transport) ou des modifications d'horaires. À tout cela s'ajoute l'enjeu de la disponibilité des chauffeurs et des flottes d'autobus», note la porte-parole Maude Hébert. 


« Si on parle d'un retard de quelques minutes, c'est une chose, mais si c'est une heure, c'est possible que ça ait des impacts par ricochet sur les heures de classe »
Manon Dufour

«Un joyeux casse-tête»

Pour le président-directeur général de la Fédération des transporteurs par autobus, Luc Lafrance, il est clair que la rentrée ne sera pas comme les autres. 

«Avec un mètre, c'est sûr qu'on va pouvoir accueillir un peu plus d'élèves, on va passer d'une dizaine à une vingtaine. Sauf qu'à partir du moment où tous les élèves du primaire seront de retour, ça va être un joyeux casse-tête si tous ceux qui prenaient l'autobus avant continuent à le prendre. Le ministre a demandé aux parents de réfléchir à l'idée d'aller reconduire leur enfant, mais à partir du moment où le service est disponible, plusieurs risquent de vouloir l'utiliser. Ce ne sera pas évident. Va-t-on ajouter des circuits? Va-t-on avoir des vagues d'entrées et de sorties? Des autobus supplémentaires? Des chauffeurs? C'est l'autre grande question», affirme-t-il. 

Qu'importe les scénarios envisagés, l'organisation, qui représente entre autres des compagnies telles que Bigras Transport, Autobus Campeau, Baie Transport et Autobus LaSalle en Outaouais, indique qu'elle collaborera avec les centres de services scolaires. Des rencontres de planification sont déjà l'agenda.