Plusieurs craignent que l’offre de Québec dans les négociations avec les enseignants ne déclenche une vague massive d’absences.
Plusieurs craignent que l’offre de Québec dans les négociations avec les enseignants ne déclenche une vague massive d’absences.

«Traités comme des machines», les enseignants de l’Outaouais dénoncent le dépôt patronal

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
C’est un dépôt patronal « totalement toxique et d’une violence inouïe » qui a été présenté à contrecœur à plusieurs centaines d’enseignants de l’Outaouais mercredi soir, selon leur syndicat. Celui-ci affirme que le gouvernement Legault démontre qu’il ne soutient ni la profession enseignante, ni les élèves, ni l’école publique.

La rencontre qui avait lieu au Palais des congrès de Gatineau a été « difficile » pour maintes raisons, affirme d’emblée la présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO), Suzanne Tremblay, soutenant que ses membres sont passés par toute une gamme d’émotions en prenant connaissance des détails de l’offre de Québec.

« Il y en a qui étaient en colère, outrés, d’autres étaient sans mots. Non seulement on veut les maintenir comme les profs les moins bien payés au Canada, mais c’est un dépôt [patronal] qui constitue une attaque à leurs conditions, dans le contexte actuel que l’on connaît. Il y a une pénurie de personnel enseignant, une désertion professionnelle avec des démissions ou des départs précipités à la retraite, sans compter la détresse psychologique qui augmente. C’est clair que la proposition qu’on a entre les mains va juste contribuer à accentuer ces phénomènes-là », s’insurge-t-elle.

Mme Tremblay rappelle au passage que près des trois quarts (73 %) des membres de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), dont fait partie le SEO, sont des femmes.

Le syndicat signale que le dépôt patronal exige, à plusieurs égards, que « de plus en plus tout reposera sur les épaules des profs ».

« Le ministre demande entre autres une augmentation de la tâche éducative avec plus de présence quotidienne à l’école et plus d’élèves par classe. Ils veulent faire disparaître la pondération a priori [mécanisme qui permet, lors de la formation des groupes, de tenir compte du niveau de difficulté de certains élèves pour déterminer le nombre maximal d’élèves]. Les profs vont devoir prouver qu’ils ont fait les bonnes interventions pédagogiques avant de demander des services. C’est inadmissible, on ne devrait pas avoir à se battre pour que les élèves obtiennent les services auxquels ils ont droit », dénonce Suzanne Tremblay.

Selon elle, l’offre patronale laisse présager qu’on souhaite traiter les enseignants « comme des machines » et laisse entendre « que les profs n’en font pas assez ».

« Il y a une chose qui est claire, c’est que la vision de nos dirigeants est celle d’une école marchande où on devient des exécutants. Ils veulent de la flexibilité, de la flexibilité et encore plus de flexibilité. On parle beaucoup de la valorisation de la profession, mais le gouvernement en parle dans son dépôt d’une façon complètement différente de la nôtre. On parle de l’utilisation optimale des profs dans tous les secteurs, de rétention. C’est dur pour eux de recevoir un tel message car ils sont déjà surchargés. Les mots employés sont lourds de conséquences », s’exclame la présidente syndicale.

Elle ajoute que plusieurs membres sont inquiets et prévoient qu’un tel dépôt patronal déclenchera une vague massive d’absences.

Côté salarial, le SEO déplore que Québec n’offre pas une réponse favorable aux demandes de la FAE, qui souhaite par exemple l’élimination des six premiers échelons salariaux, qui ferait passer le salaire à l’embauche de 42 000 à 56 000 $. Le syndicat veut aussi que le salaire du dernier échelon bondisse de 83 000 à 92 000 $. De plus, la proposition de Québec (7 % sur cinq ans) ne constitue pas une hausse équivalente à l’inflation.

« Les profs ont vraiment eu espoir en ce gouvernement et en ce ministre qui est un ex-enseignant. On était en droit de s’attendre à un dépôt patronal qui allait être tout autre. Ç’a été concocté par et pour les directions d’établissement », affirme Mme Tremblay.

Moyens de pression

Quant à la suite des choses, le plan d’action de la FAE sera adopté dans les semaines à venir.

« On va commencer à voir apparaître les premiers moyens de pression, on va s’afficher et se faire entendre. Selon l’évolution des discussions, c’est certain que les profs seront éventuellement appelés à se questionner sur des moyens de pression plus lourds », soutient-elle, ajoutant que le processus est encore « beaucoup trop embryonnaire » pour évoquer une grève.

La convention collective actuellement en vigueur prend fin le 31 mars.