Paméla Marcotte-Michaud et Daniel Vézina en compagnie de leurs enfants Arnaud, Léanne et Mathéo.

Tarifs en garderie: une Trifluvienne porte plainte pour discrimination

TROIS-RIVIÈRES — Lorsque le gouvernement de François Legault a annoncé en novembre dernier le retour au tarif unique de 8,25 $ par jour pour les enfants qui fréquentent les services de garde subventionnés, il a engendré une importante iniquité et de la discrimination. C’est du moins ce qu’affirme un regroupement de parents d’enfants qui sont dans des services de garde non subventionnés. Membre de ce regroupement, une mère de Trois-Rivières a même déposé une plainte à la Commission des droits de la personne pour discrimination.

La Trifluvienne Paméla Marcotte-Michaud a trois enfants, dont un, le petit Arnaud, qui fréquente actuellement une garderie privée non subventionnée. Incapable d’avoir une place dans le réseau de Centre de la petite enfance (CPE) comme bien des parents malgré des mois d’attente sur la liste 0-5 ans, elle a dû se tourner vers une garderie privée non subventionnée.

«Lorsque j’ai appris que le tarif unique ne touchait pas les garderies non subventionnées, ça m’a scié les jambes», avoue Paméla Marcotte-Michaud, membre du Regroupement des parents utilisateurs de garderies non subventionnées qui a lancé la campagne Tous à 8,25 $, pour l’équité de toutes les familles.

Comme pour près de 25 % des familles du Québec, le retour au tarif unique à 8,25 $, rétroactif au 1er janvier 2019, ne la concerne pas. Pour les parents qui ont un enfant dans une garderie non subventionnée, le prix atteint près de 40 $ par jour, voire 50 $ dans certains cas. Il y a des crédits d’impôt qui font diminuer la facture, mais ils sont en fonction des revenus familiaux. Malgré les crédits d’impôt, le coût réel est bien plus élevé en garderie privée non subventionnée qu’en CPE.

Avant le retour au tarif unique, les parents d’enfant en CPE et en garderie non subventionnée payaient sensiblement le même tarif basé sur le revenu familial. Actuellement, un ménage qui a un revenu annuel de 200 000 $ peut avoir droit au tarif unique, alors qu’une autre famille ayant un revenu de 80 000 $ peut devoir payer beaucoup plus cher.

«On était tous dans le même bateau. C’était essoufflant et difficile, mais c’était équitable», soutient Paméla Marcotte-Michaud. «Maintenant, c’est totalement inéquitable.»

Déterminée à faire changer la situation, Paméla Marcotte-Michaud a même porté plainte à la Commission des droits de la personne pour discrimination. Il s’agit d’une démarche individuelle indépendante du regroupement de parents.

Les parents dans la même situation de Paméla Marcotte-Michaud s’estiment lésés par la décision du gouvernement en raison de l’importante pénurie de places en CPE. En effet, il est difficile dans la région d’obtenir une place dans une garderie subventionnée, surtout pour les poupons.

«Je finance déjà le système public par mes impôts et je dois payer plus cher pour mon enfant. J’ai essayé d’avoir une place pour mes deux garçons, mais je n’ai jamais eu d’appels. Un moment donné, mon congé de maternité se terminait et je retournais au travail. J’ai dû me tourner vers le privé faute de places», explique-t-elle.

«Des femmes s’inscrivent sur la liste 0-5 et savent foncièrement qu’elles n’auront pas de place pour leurs enfants. C’est comme un billet de loterie, on espère qu’on va gagner, mais on sait qu’on a peu de chance.»

En effet, les garderies privées non subventionnées viennent combler actuellement le manque de places en CPE. Alors que nous sommes dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, ces garderies privées non subventionnées permettent à plusieurs femmes de retourner sur le marché du travail après le congé. «Certaines femmes font plutôt le choix de rester à la maison, en raison du manque de place en CPE et des coûts plus élevés en garderie non subventionnée», précise Mme Marcotte-Michaud.

Selon cette mère de Trois-Rivières, la CAQ a laissé tomber 25 % des familles du Québec dont les enfants sont dans une garderie non subventionnée. «Là, la CAQ a choisi d’aider 75 % des familles. La CAQ disait être l’alliée des familles et c’est nous qui l’avons fait élire. Et maintenant, il y a 25 % des familles québécoises qui se font dire qu’on ne les aide pas», dénonce Mme Marcotte-Michaud.

À la suite de l’annonce du retour au tarif unique en CPE, le gouvernement caquiste a mentionné qu’il évalue la possibilité d’intégré des garderies jusqu’alors non subventionnées dans son réseau de garderies subventionnées. D’ici à ce que cela soit fait, les parents demandent de bonifier le crédit d’impôt pour service de garde.

Présent sur Facebook, le Regroupement des parents utilisateurs de garderies non subventionnées mobilise les parents québécois.

Le Regroupement a aussi lancé une pétition qui se trouve déjà sur le site Internet de l’Assemblée nationale du Québec au http:bit.ly/parentsfloues. Mise en ligne le 10 décembre, cette pétition a recueilli 2040 signatures en 48 heures.