L'enseignante Raphaëlle Cardinal-Soucy prépare sa classe à l'école de l'Amérique-Française.
L'enseignante Raphaëlle Cardinal-Soucy prépare sa classe à l'école de l'Amérique-Française.

Tâche plus lourde et santé mentale affectée pour les enseignants de l'Outaouais

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Les trois quarts des enseignants de l'Outaouais affirment que leur tâche est plus lourde qu'avant la pandémie de COVID-19, révèlent les données régionales issues d'une consultation provinciale menée par la Fédération autonome de l'enseignement (FAE). De plus, sept répondants sur dix estiment que leur santé psychologique s'est dégradée au fil des derniers mois, alors qu'ils sont encore plus nombreux (78%) à faire le même constat lorsqu'ils observent leurs collègues.

Ce coup de sonde effectué entre le 16 et le 25 septembre permet d'apprendre, selon les données régionales fournies par le Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO), que le niveau de stress, d'anxiété et de déprime s'est accru au sein du personnel enseignant en raison de la crise sanitaire et des contraintes imposées dans leur milieu de travail. La santé psychologique de 69% des enseignants interrogés est affectée alors que 16% d'entre eux affirment que celle-ci ne s'est pas dégradée.

Au total, 74% des enseignants consultés dans la région affirment que leur tâche a augmenté comparativement aux mois précédents le déclenchement de cette situation sans précédent. Le temps de supervision pour le nettoyage des mains des élèves (54%), pour faire un rappel des consignes sanitaires et des règles de sécurité (54%), pour la désinfection du local et des outils pédagogiques (52%) ainsi que pour la surveillance des élèves (49%) sont les principales tâches qui se sont ajoutées dans leur quotidien, selon eux. Dans 36% des cas, les répondants estiment que ces tâches ajoutent de 30 à 60 minutes additionnelles de travail sur une base quotidienne.

Pour la présidente du SEO, Suzanne Tremblay, ces chiffres sont révélateurs.

«Est-ce que ça va bien en éducation? Poser la question, c'est y répondre», dit-elle.

Les élèves en difficulté

Autre fait à noter, 72% des enseignants questionnés en Outaouais croient que les élèves en difficulté ont droit au même, voire moins bon niveau de service direct qu'avant la pandémie. Ils sont 16% à croire que le tout s'est amélioré. 

Alors que le ministre de l'Éducation dit souhaiter que les écoles puissent basculer vers l'enseignement à distance dans un délai de 24 heures après la fermeture d'un établissement ou d'une classe, 42% des enseignants de la région ne croient pas que ce scénario est plausible dans leur école. Plus d'un répondant y croit partiellement (38%), alors qu'une très faible proportion de gens (6%) y croient «totalement».

Quant au concept de bulle-classe, 69% des enseignants indiquent qu'il est respecté dans leur établissement. Le quart du personnel interrogé a un avis contraire (25%). 

Une large majorité d'enseignants (81%) indiquent que les élèves concernés (3e cycle du primaire ainsi que ceux du secondaire) respectent les règles relatives au port du couvre-visage dans les aires communes, tandis qu'en ce qui a trait au nettoyage de leur école, 59% des répondants pensent qu'il est effectué dans le respect des règles formulées par la Direction de la santé publique du Québec. Une proportion de 24% le jugent cependant déficient ou encore identique à ce qu'il était avant la crise sanitaire.

Au chapitre de la distanciation sociale de deux mètres avec leurs collègues dans les aires communes lors des heures de repas, 31% des enseignants de la région affirment qu'il est possible de la respecter en tout temps, alors que 24% de ceux-ci estiment que c'est impossible. Pour 36% des gens, il est possible de le faire qu'à l'occasion (36%). 

«La situation va continuer de s’aggraver si rien n’est fait»

Pour le président de la FAE, Sylvain Mallette, les résultats de cette consultation provinciale permettent de lancer un message important au gouvernement Legault.

« Les enseignantes et enseignants, tout comme leurs élèves jeunes et adultes ainsi que leurs parents, étaient tous enthousiastes de la réouverture des établissements scolaires. Nos membres étaient aussi très préoccupés de bien respecter les normes sanitaires essentielles. Toutefois, force est de constater que la profession enseignante, qui était déjà en souffrance, l’est encore plus aujourd’hui en raison de la pandémie. La situation est très critique, notamment en raison de la deuxième vague qui déferle en ce moment et dont l’ampleur, selon plusieurs experts, s’explique par le modèle retenu par le gouvernement pour opérer la rentrée scolaire. La situation va continuer de s’aggraver si rien n’est fait par le gouvernement ainsi que par les centres de services scolaires et les directions d’établissements scolaires sur la question de la santé psychologique. Ils ont la responsabilité de fournir un milieu de travail sécuritaire à leurs employés», affirme-t-il.

Dans ce contexte exceptionnel et face aux réponses des enseignants questionnés, le syndicat, qui regroupe 49 000 enseignants à travers la province, s'interroge sur le «temps restant chaque jour qui est véritablement consacré à l'enseignement».

«Le gouvernement doit envoyer des enveloppes dédiées dans les centres de services scolaires pour embaucher des équipes de personnes qui viendront prêter main forte pour accomplir les tâches de désinfection, de surveillance, etc. Autrement, la pénurie d’enseignantes et d’enseignants s’amplifiera d’ici Noël », dit-on.

Au total, 721 enseignants de la région ont participé à ce sondage auquel 3500 membres de la FAE ont répondu à travers la province. En Outaouais, près de 70% des répondants oeuvrent au niveau préscolaire ou primaire. Dans 95% des cas, ils enseignent actuellement en classe (présentiel). Dans six cas sur dix (61%), ils enseignent dans une seule classe. Leurs employeurs sont les centres de services scolaires des Draveurs (CSSD), des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO) et au Coeur-des-Vallées (CSSCV).