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L'annulation de la demi-journée de grève de 3000 employés du personnel de soutien scolaire le 3 juin dernier a causé bien des remous dans les rangs syndicaux en Outaouais.
L'annulation de la demi-journée de grève de 3000 employés du personnel de soutien scolaire le 3 juin dernier a causé bien des remous dans les rangs syndicaux en Outaouais.

Soutien scolaire: l'annulation d'une grève le 3 juin a soulevé la grogne

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Au moment où une entente de principe a été ficelée avec Québec, l'annulation au dernier instant de la demi-journée de grève de 3000 employés du personnel de soutien scolaire le 3 juin dernier a causé bien des remous dans les rangs syndicaux en Outaouais.

Non seulement la suspension du débrayage, annoncée la veille, a suscité beaucoup de mécontentement au Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais (SSSO), qui a vivement déploré la stratégie, elle a aussi selon plusieurs membres créé une surcharge de travail étant donné que les écoles ont finalement ouvert leurs portes. À titre d'exemple, certains autres membres du personnel ayant pris congé ce jour-là, notamment des enseignants, des secrétaires ont dû de toute urgence trouver des suppléants.

La Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), à laquelle est affiliée le SSSO, qui représente les employés de soutien des deux plus grands centres de services scolaires de la région, soit des Draveurs (CSSD) et des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO), avait entre autres justifié la suspension de cette mobilisation par le désir d'utiliser «la stratégie du yo-yo, tout comme le gouvernement». 

«Comme le gouvernement ne respecte aucune règle de négociations habituelles, nous avons choisi de jouer dans son terrain de jeu. À l’avenir, nous annoncerons des journées de grève qui pourront ou pourront ne pas avoir lieu», avait indiqué l'organisation.

Au niveau régional, le SSSO avait de son côté invoqué qu'étant donné qu'une rencontre avait été convoquée par la partie patronale, on préférait mettre sur la glace ce débrayage pour «donner la chance au patronat de (nous) offrir une entente».

Ces arguments n'ont pas convaincu de nombreux membres qui ont rapidement exprimé leur frustration et décoché des flèches aux instances syndicales sur la page Facebook du syndicat.

«Donc vous êtes en accord avec leur stratégie de jouer au yoyo? Je suis désolée, mais vous nous représentez! Agir de la sorte, alors que nous les membres n’avons pas été consultés sur cette 'merveilleuse stratégie' du yoyo, c’est manquer de considération envers nous», a entre autres écrit une membre.

Une autre personne a décrit sa pensée sans détour.

«Le soutien scolaire est le secteur le moins payé de la fonction publique et je crois que cette demi-journée aurait pu soutenir le fait que nous sommes écœurés de ce manque de considération. Je crois aussi que ce recul à faire la grève, c’est d’acheter la paix. Cette façon de faire est, à mon avis, une démonstration de l’incohérence de notre syndicat. Je n’ai plus confiance en mon syndicat et selon moi, nous devons retirer le mandat de grève accordé puisque nous ne sommes pas respectés par ceux qui nous représente à la table de négociations, tant par les décisions prises que par le manque de communication», a-t-elle écrit.

Par dizaines, les syndiqués ont exprimé leur incrédulité face à cette stratégie.

«Va falloir être plus clair. Tsé quand certains parents disent que la grève est annulée parce qu'il annonce de la pluie. On comprend que l'info n'a pas passé. Nous avons l'air de beaux raisins», a écrit un autre membre.

Plusieurs ont également dit qu'à leur avis une telle stratégie pourrait effriter la sympathie que les parents ont à leur égard. 

Le SSSO a compris les critiques

S'il concède que le message véhiculé a pu paraître «contradictoire», le président du SSSO, Simon Dostie-Cormier, se défend en disant que les instances syndicales ont voulu jouer de prudence et laisser cours aux négociations, ajoutant «qu'on a dû se virer de bord rapidement» après qu'on ait été convoqué à une rencontre à la dernière minute. 

«Nous avions été convoqués à une rencontre et certaines informations nous avaient été transmises. On savait aussi qu'il y avait une entente avec la FTQ (le 29 mai), alors ç'a eu une influence, c'est venu jouer dans la décision de la suspendre (la grève). On l'a plus fait par prudence. [...] On a dû se poser la question si on maintenait une demi-journée de grève alors que nos syndiqués sont parmi les moins bien payés. [...] Il y a plusieurs frustrations et on les a très bien entendues, on les comprend. On va clarifier la situation avec eux. Le délai d'annonce sera rectifié à l'avenir si on se rend là», a-t-il noté il y a quelques jours, avant qu'on en vienne à une entente de principe.

Le président du Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais, Simon Dostie-Cormier

Le président du SSSO ajoute que le but n'a jamais été non plus «de se mettre les parents à dos».

«Il y a de la frustration très palpable, un écoeurement généralisé au niveau de nos membres par rapport au fait qu'on arrive à la fin de l'année et qu'il n'y a pas de mandat, alors que les gens se sont donnés comme des malades durant la pandémie

Le SSSO représente plusieurs dizaines de corps d'emploi dont des techniciennes en service de garde, des techniciens en éducation spécialisée, des ouvriers, des secrétaires, des agents de bureau et des techniciens en informatique.

Réponse de la FPSS-CSQ

Consciente elle aussi des critiques, la FPSS-CSQ a pour sa part indiqué au Droit qu'elle gouverne «en fonction des besoins et désirs de ses membres» et que par conséquent, les stratégies peuvent être revues quand ces derniers ne sont pas à l'aise. 

«C'est une négociation qui n'est pas typique. C'était une décision démocratique, prise en conseil fédéral, mais qui ne représentait peut-être pas ce que les gens veulent sur le terrain. Au final, on veut tous la même chose, c'est d'éviter des bris de services, qui pointent à l'horizon dans certaines régions, et en venir à une entente. [...] On comprend la réaction des membres, mais on veut les rassurer, nous sommes tout à fait à l'écoute de leurs commentaires et volontés», a spécifié l'organisation il y a quelques jours.