Sortir l’approche médicale des écoles

Arrêter d’étiqueter les enfants en fonction de leurs diagnostics et offrir des solutions «universelles», qui vont permettre à plusieurs élèves dans une même classe de contourner leurs difficultés.

C’est ce que propose le Conseil supérieur de l’éducation dans son rapport «Pour une école riche de tous ses élèves», lancé mardi. «Il faut s’éloigner de l’approche médicale qui souligne le déficit de l’élève», croit Lucie Bouchard, présidente par intérim du Conseil. 

À l’heure actuelle, une certaine course aux diagnostics se déploie chaque automne dans les écoles primaires et secondaires, car, pour obtenir de l’aide, il faut indiquer au gouvernement que tel enfant a un trouble de comportement (TC), que tel autre est autiste ou qu’un troisième a un trouble de l’attention avec hyperactivité (TDAH). 

Après avoir fouillé la problématique pendant deux ans et avoir visité plusieurs écoles québécoises, le Conseil constate que le «modèle a atteint sa limite». «C’est de plus en plus difficile de répondre à l’ensemble des besoins des élèves en adoptant une approche cas par cas», souligne Mme Bouchard. 

Surtout que cette approche stigmatise les enfants, qui ne voient que leurs difficultés. «On a entendu des élèves nous dire: «je suis TDAH, je suis TC, je suis poche. Ça réduit leur identité à ce diagnostic-là, alors que ces élèves-là ont des capacités», raconte Mme Bouchard. 

Le Conseil n’a pas de «recette» à proposer à toutes les écoles du Québec pour agir autrement, mais il demande au ministre de l’Éducation d’offrir plus de souplesse aux écoles, afin qu’elles développent leurs solutions. Par exemple, faire travailler l’orthopédagogue à l’intérieur de la classe et non en suivi individuel, faire du travail d’équipe entre enseignants, adapter la grille-matières, les horaires, etc. 

Surtout, le Conseil croit que ceux qui travaillent dans les écoles doivent se tourner vers la pédagogie universelle. Pour expliquer ce concept, Mme Bouchard donne l’exemple du design universel. Les rampes d’accès aux édifices ont été conçues pour les personnes en chaise roulante. Mais à l’usage, on se rend compte qu’elles sont utiles aussi pour les personnes âgées, pour les parents avec des poussettes ou des gens en béquille. 

À l’école, ce type de rampe d’accès universelle peut prendre la forme d’un roman numérique, qui offre la possibilité de grossir les caractères pour un élève malvoyant ou d’utiliser la synthèse vocale pour un élève qui a des difficultés de lecture, explique Mme Bouchard. 

Le Conseil supérieur de l’éducation est un organisme gouvernemental autonome dont la mission est de conseiller le ministre de l’Éducation.