Le nombre d’étudiants et étudiantes qui vivent des épisodes de stress et de dépression est constamment en hausse, à l’Université d’Ottawa.
Le nombre d’étudiants et étudiantes qui vivent des épisodes de stress et de dépression est constamment en hausse, à l’Université d’Ottawa.

Santé mentale dans le monde universitaire: la demande de services grimpe en flèche

Au-delà des décès qui marquent l’imaginaire, il y a un nombre croissant d’étudiants qui vivent des épisodes de stress et de dépression. À l’Université d’Ottawa, ça se traduit par une hausse de 452 % des visites au Centre de ressource de la promotion de la santé entre 2014 et 2019.

Des 46 153 visites à ce centre qui « offre un espace sûr aux étudiants et étudiantes pour qu’ils puissent trouver l’aide dont ils ont besoin en matière de santé et de mieux-être sur le campus », plus de 15 % étaient spécifiquement pour parler de santé mentale, selon le Rapport sur la santé mentale et le mieux-être 2020 de l’Université d’Ottawa.

En conférence de presse le 11 février dernier, au sujet de la plus récente mort d’un étudiant, le recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, a insisté pour dire qu’il ne s’agit pas d’un problème unique à son établissement.

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Disponibilité des ressources en santé mentale à l'Ud'O: le strict minimum

« Il y avait une stigmatisation autour de la santé mentale. Ce n’est pas vraiment quelque chose dont les étudiants parlaient beaucoup, estime le commissaire à la revendication du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, Sam Schroeder. Quand il y a eu cette discussion-là, c’est devenu clair pour les gens qu’il n’y avait pas assez de ressources. À cause de ça, c’est devenu un enjeu politique. »

Selon Dr Jessie Bossé, psychologue à la clinique Tall Tree Psychology et experte de l’impact des enjeux systémiques sur la santé mentale, ça n’a toutefois rien à voir avec une évolution des discussions sur la santé mentale. Elle estime que les jeunes d’aujourd’hui subissent une pression sans précédent.

« Il faut faire attention et se tenir loin d’une analyse comme : ‘c’est une faiblesse générationnelle, les milléniaux, les snowflakes (comme on les appelle)’, soutient Dr Bossé. Il ne suffit plus d’avoir un excellent dossier académique, d’avoir de très bonnes notes. On exige aussi aux étudiants d’avoir aussi du bénévolat, des publications dans des revues scientifiques ou de prendre part à la rédaction de chapitres de livres, participation à des congrès et des colloques, l’expérience à l’international. Bref, on leur en demande énormément. »

Genèse en 2017

Étudiant en communications, Maxime Lê a cofondé le Collectif pour la santé mentale uOttawa, en décembre, après le quatrième suicide d’étudiant en 2019. Il a toutefois commencé à sonner l’alarme en 2017, cette fois aussi après qu’un membre de la communauté universitaire se soit enlevé la vie.

« On avait lancé une pétition à l’époque pour demander une amélioration des services, raconte M. Lê. Un des gros enjeux à l’époque était les temps d’attente pour rencontrer un conseiller. On a réussi à convaincre la direction de l’Université d’embaucher deux nouveaux conseillers. À la fin de 2019, une année où on a eu quatre suicides […], on a décidé de créer le Collectif et, en quelque sorte, de relancer la pétition qui a maintenant environ 7500 signatures. »

L’objectif de ce Collectif est d’abord et avant tout de convaincre l’Université d’être davantage à l’écoute de ses étudiants pour améliorer les services en matière de santé mentale. Ils souhaitaient, par exemple, obtenir un siège au comité consultatif sur la santé mentale créé par M. Frémont en janvier et présidé par la vice-rectrice aux affaires académiques, Jill Scott, siège qui a été offert à Maxime Lê cette semaine.

À noter que Le Droit souhaitait s’entretenir avec Jacques Frémont dans le cadre de ce reportage, mais ce dernier a décliné la demande d’entrevue.

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Besoin d’aide?

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à appeler au 1-866-APPELLE (277-3553), ou encore Tel-Aide Outaouais (819-775-3223) à Gatineau et (613-741-6433) à Ottawa.

Du côté d’Ottawa, vous pouvez aussi appeler la ligne de crise en santé mentale d’Ottawa en composant le 613-722-6914.