Kirtan Shah a vécu son initiation au Canada à la dure, atterrissant les deux bottes dans la neige d’Ottawa, en plein hiver.
Kirtan Shah a vécu son initiation au Canada à la dure, atterrissant les deux bottes dans la neige d’Ottawa, en plein hiver.

S’accrocher à son rêve, coûte que coûte

Catherine Morasse
Catherine Morasse
Le Droit
Avant de débarquer au Canada, Kirtan Ashishbhai Shah n’avait jamais mis les pieds hors de son pays. Ni la pandémie, ni la perspective d’une session en ligne n’ont convaincu l’étudiant d’Ottawa de rentrer en Inde et de mettre sur pause sa version du rêve américain. « J’aime vraiment vivre ici ! »

C’est un passage obligé : l’initiation au Canada, Kirtan l’a vécue à la dure, lorsque l’Indien a quitté son Gujarat natal pour atterrir les deux bottes dans la neige d’Ottawa, en plein hiver. C’était en 2018 — le 19 décembre, exactement, se souvient l’étudiant en gestion des entreprises et en finance au Collège algonquin, qui rêve, plus tard, de monter les échelons de la Banque Royale du Canada (RBC).

En vidéoconférence, le jeune homme de 19 ans a les yeux brillants à en crever l’écran. « C’était tellement spécial (de venir ici). Je voulais tellement sortir de mon pays et aller étudier à l’étranger ! » Adolescent, c’étaient plutôt les grandes villes cosmopolites, les paysages du Far West et les grands collèges américains qui berçaient ses rêves. Mais l’attitude d’un certain président orangé l’a découragé d’aller s’y expatrier. « J’ai changé d’idée, et je suis allé vers le pays qui ressemble le plus aux États-Unis, raconte-t-il en riant. Pendant tout le mois où j’attendais une réponse pour mon visa, je n’arrêtais pas de me répéter, “s’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît ! Prenez-moi !” »

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Un an et demi plus tard, la lune de miel dure toujours. Kirtan a tout de l’étudiant modèle. Il ne manque pas un cours, fait chaque travail scolaire assidûment et avec le sourire, et s’est fait élire représentant de sa classe. Ses parents paient ses frais de scolarité, tandis qu’il gagne lui-même l’argent nécessaire pour son loyer, sa nourriture et ses dépenses quotidiennes en travaillant comme commis dans une épicerie. Pour 300 $ par mois, il partage une maison de cinq chambres tout près du Collège — avec huit autres étudiants.


« Pendant tout le mois où j’attendais une réponse pour mon visa, je n’arrêtais pas de me répéter, “s’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît ! Prenez-moi !” »
Kirtan Ashishbhai Shah

Ambitionne-t-il un jour avoir sa chambre individuelle ? Kirtan éclate de rire. « C’est le rêve ! »

En mars dernier, sa vie s’est mise sur pause. Sans le savoir, ses collègues de classe et lui sont allés au Collège pour la dernière fois. Parce que l’un de ses colocataires avait la santé fragile, il a dû arrêter de travailler temporairement. Tout a été suspendu un moment, jusqu’à ce que l’établissement d’enseignement en fasse l’annonce : ses cours reprendraient en ligne pour le reste de la session. Et à moins d’un changement, la même formule serait maintenue pour toute la session d’automne.

Plusieurs étudiants internationaux ont choisi de rentrer chez eux, mais pour Kirtan, dont le visa d’étudiant lui permet de rester trois ans, ce n’était pas une option. De plus, sa cousine habite avec lui, et ses parents ont convenu de venir le visiter cet été. « Il me reste deux semestres. Si j’étais retourné à la maison, ça m’aurait coûté 2000 $ de billets d’avion ; c’est beaucoup d’argent. J’aurais aussi pu rester pris là. Et m’y rendre aurait été un risque (de contracter et de propager la COVID-19). Est-ce que ça en vaut la peine ?... »

Par chance, le gouvernement fédéral a accepté d’accorder la Prestation canadienne d’urgence (PCU) aux étudiants internationaux. En dépit de ses dérives qui font couler beaucoup d’encre, pour Kirtan, ce coup de pouce a été salvateur. « Je suis tellement reconnaissant envers le gouvernement du Canada pour la PCU. Le jour où ils ont annoncé que les étudiants internationaux pouvaient la recevoir, je suis allé sur le site web du premier ministre, et je lui ai écrit un courriel pour le remercier, confie-t-il. Ils ont répondu ! J’apprécie ce gouvernement, même si ce n’était qu’un message générique ! »

Pour septembre, Kirtan prie qu’un miracle survienne et que les cours physiques reprennent. L’isolement est difficile à supporter pour un extraverti comme lui, mais il se dit prêt à accepter son destin, quel qu’il soit. « S’il vous plaît, s’il vous plaît, s’il vous plaît, laissez-nous revenir en classe ! »