Selon plusieurs spécialistes de l’éducation, certains élèves ont besoin d’une majoration de leur évaluation.
Selon plusieurs spécialistes de l’éducation, certains élèves ont besoin d’une majoration de leur évaluation.

«Rien de mal» à ce que les directions d'école révisent des notes

«J’en ai vu des choses aberrantes au niveau de l’évaluation. Globalement, les enseignants font bien leur travail, sauf qu’il y a des élèves pour qui on peut créer des préjudices.»

L’ex-présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE) et ex-directrice de plusieurs écoles en Outaouais, Lorraine Normand-Charbonneau, est tombée des nues lorsque le président de la Commission scolaire des Draveurs, Claude Beaulieu, a indiqué au Droit à la fin novembre qu’il considérait «inacceptable» qu’un directeur d’établissement puisse modifier le résultat d’un élève après consultation de l’enseignant.

Dans le controversé projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire, qui se traduirait par l’abolition des commissions scolaires, l’article 34 mentionne que «les normes et modalités d’évaluation des apprentissages [...] ne peuvent avoir pour effet de permettre la majoration automatique d’un résultat» mais qu’elles «peuvent toutefois permettre exceptionnellement au directeur de l’école, après consultation de l’enseignant, de majorer le résultat d’un élève s’il existe des motifs raisonnables liés à son cheminement scolaire». 

Lorraine Normand-Charbonneau ne partage pas du tout l’opinion du président de la CSD sur la modification des notes des élèves.

Affirmant que l’évaluation est «une compétence exclusive du personnel enseignant et fait partie intégrante de l’autonomie professionnelle», la Fédération autonome de l’enseignement dénonce pour sa part le fait que «le tripotage de notes par la direction serait désormais parfaitement légal». 

Cet extrait du projet de loi n’a rien de surprenant, réplique Mme Normand Charbonneau, qui affirme que dans les faits, c’est bien connu: il arrive parfois qu’une direction d’école doive intervenir pour des changements de notes dans certaines situations, et ce, année après année. 

L’ex-directrice de l’école secondaire Grande-Rivière affirme qu’il n’y a rien de mal à cela et qu’elle-même a dû revoir les résultats d’élèves au cours de sa carrière et que certains enseignants ont été accompagnés par une conseillère pédagogique, le tout «dans l’intérêt de l’élève». 

«Depuis la réforme à la fin des années 1990, il n’y a jamais eu de chantier sur l’évaluation au Québec. Combien de fois j’ai vu qu’on évaluait les compétences une seule fois par an? Des enseignants qui ont besoin d’être accompagnés, j’ai souvent vu ça. C’est à la direction de veiller à ce que l’évaluation pédagogique soit bien faite. M. Beaulieu est lui-même un ancien directeur d’école, il n’a jamais eu connaissance de ça? J’ai beaucoup de la difficulté à croire cela. Soit il se met la tête dans le sable, soit il essaie de se faire du capital politique», lance celle qui oeuvre aujourd’hui comme consultante en gestion de l’éducation. 

Mme Normand-Charbonneau rappelle qu’un enseignant est censé analyser le développement continu de l’élève, dans un contexte plus large que lors d’une seule journée.

«L’examen en tant que tel, c’est un outil pour voir si ça va bien dans son cheminement et non uniquement un couperet. L’élève ne peut pas avoir régressé à l’étape suivante s’il avait une bonne note juste avant. J’en ai vu des élèves qui n’allaient pas avoir leur diplôme et qui ont été mal évalués. Je regrette, mais l’autonomie professionnelle, ça ne veut pas dire: je ferme la porte et plus personne ne peut rien dire ou changer. La grande majorité des enseignants font bien leur travail, mais il y a des cas particuliers où il faut agir», affirme-t-elle.

L’ancienne présidente de la FQDE spécifie que selon la Loi sur l’instruction publique, c’est à la direction qu’incombe la responsabilité de la gestion administrative et pédagogique de l’école. 

«En concertation» 

De son côté, la présidente de l’Association des directions d’établissement d’enseignement de l’Outaouais québécois (ADEOQ), Nancy Lamothe, affirme que chacun a son rôle à jouer dans la réussite des élèves. 

«Hormis les notes, je ne suis pas prête à dire qu’on joue dans les tâches des enseignants et qu’on se mêle de tout. Un bon gestionnaire avec un bon leadership pédagogique, il fonctionne en concertation avec son équipe. Tu n’imposes pas ce que tu veux quand tu veux, il faut que ça parte des besoins du milieu», explique-t-elle. 

Cette dernière convient par ailleurs que la tâche des enseignants s’est considérablement alourdie ces dernières années. 

«C’est de plus en plus exigeant. Dans 95% des cas, le dimanche matin, ce n’est pas vrai qu’ils sont en train de bruncher avec tout le monde. On planifie, on fait de la correction, etc. [...] Par contre, lorsqu’ils réclament plus d’autonomie professionnelle, il faut aussi qu’ils s’investissent dans cette autonomie-là. Ça veut par exemple dire d’être toujours à la recherche de formation de haut niveau», indique Mme Lamothe.