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Anne Vinet-Roy, présidente de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens
Anne Vinet-Roy, présidente de l'Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens

Retour en classe: «On ne sait pas trop sur quelle planète M. Lecce vit»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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À quelques jours d’un retour en classe prévu pour la majorité des élèves des écoles élémentaires en sol ontarien, l’un des principaux syndicats d’enseignants s’interroge à savoir si le plan du gouvernement Ford tient toujours la route compte tenu de la situation épidémiologique. L’inquiétude sur le terrain est palpable, affirme l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO).

Rappelant que le nombre de cas quotidiens est très semblable au Québec et qu'on repoussera vraisemblablement la réouverture des écoles dans la province voisine, la présidente Anne Vinet-Roy indique que c'est le silence radio au ministère de l'Éducation. Aux dernières nouvelles, le plan prévoyant le retour à l'école le 11 janvier à l'élémentaire et deux semaines plus tard au secondaire dans les régions du sud de l'Ontario (dont Ottawa) ne change pas d'un iota. 

«Dans un monde idéal, c'est certain qu'il est préférable que les élèves soient à l'école, mais à quel prix? Dans plusieurs milieux, c'est dangereux. Il y a beaucoup d'endroits où il y a trop d'élèves par classe, on a dû combiner des groupes. Certains conseils scolaires ont dû prendre des décisions difficiles. La santé et la sécurité des gens est un enjeu qui nous inquiète. À certains endroits, on a misé sur des tests (de dépistage) pour la totalité des gens dans les écoles pour se rendre compte que plusieurs étaient asymptomatiques. Certains enfants transportent le virus sans le savoir et on ne peut les blâmer», lance-t-elle.

La présidente de l'AEFO refuse de croire le ministre Lecce lorsqu'il persiste et signe en disant que l'Ontario a «le meilleur plan au pays». 

«Il y a des jours où ca va mieux, d'autres où c'est très frustrant. On ne sait pas qui sont les experts en santé publique que le gouvernement affirme consulter. La vérificatrice générale elle-même a dit que ce n'était pas clair. Les décisions se prennent bien loin des salles de classe et même si le personnel enseignant a le souci de bien faire les choses, il faut à un moment donné réaliser qu'il y a des limites à ce qu'on peut faire. Il y a des contraintes et ce n'est pas toujours possible. On ne sait pas trop sur quelle planète vit M. Lecce. Quand l'école a repris (le 4 janvier à distance), il s'attendait à ce que tout recommence à 100%», soutient Mme Vinet-Roy.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce

Réalisme et flexibilité

Les difficultés avec la connexion Internet, l'équipement technologique parfois insuffisant dans certains foyers, le niveau de concentration des élèves devant un écran après un certain temps devant un écran ne sont qu'une poignée des enjeux qu'il faut considérer dans la situation actuelle, rappelle-t-elle.

«En mars dernier, les élèves pouvaient conserver la note qu'ils avaient lors de la fermeture des écoles le 13 mars, mais tout à coup maintenant on se préoccupe du nombre d'heures total d'enseignement par jour et on s'attend à ce que tout soit comme d'habitude. Il faut faire preuve de davantage de flexibilité et de réalisme. Il y a une différence entre ce qui est proposé sur papier et ce qui peut se faire humainement parlant», poursuit la présidente de l'AEFO.

Cette dernière déplore aussi «qu'on travaille en silo» et que «dans 98% des cas, les enseignants apprennent les décisions en même temps que tout le monde dans les médias».

Quant à savoir si la province pourrait réviser son plan de retour en classe d'ici vendredi, Mme Vinet-Roy affirme que «tout est possible avec ce gouvernement». 

L'AEFO n'est par ailleurs pas fermée à l'idée que la stratégie de retour en classe varie d'une région à l'autre plutôt que d'adopter une approche provinciale. Mais qu'importe le plan retenu, l'organisation indique que le statu quo n'est pas envisageable et que d'autres mesures devront être renforcées. Par exemple, dit-on, la ventilation des écoles devra être améliorée.

L'AEFO représente 12 000 membres oeuvrant dans 450 établissements à travers la province. Du nombre, un peu plus de 5000 travaillent dans les écoles des conseils scolaires francophones d'Ottawa et de l'Est ontarien (CEPEO, CECCE et CSDCEO).

«Les écoles sont prêtes»

Tout en précisant être tributaires des décisions de la santé publique, l'Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario (ACÉPO) affirme que les établissements sont prêts à accueillir les écoliers si le plan A est maintenu.

«Si on continue dans la même lignée qu'avant Noël, nous sommes absolument prêts, les écoles sont prêtes au point de vue mesures sanitaires et pour l'enseignement. Il n'y a pas de problème. On attend, mais si le gouvernement change son plan, on va adapter nos façons de faire. Durant les Fêtes, nos cadres ont développé des scénarios qui permettraient de continuer à enseigner de façon virtuelle», de dire le président Denis Chartrand.

Celui-ci affirme qu'il est évident que l'ACÉPO préférerait que les enfants puissent être en classe notamment en raison des bienfaits pédagogiques, de l'aspect socialisation et du contact direct avec l'enseignant ainsi que les autres professionnels du milieu. Mais, ajoute-t-il, «la santé de tout le monde est primordiale». 

«Le travail effectué par le personnel de septembre à décembre était extraordinaire, tout le monde comprend que c'est une situation extraordinaire, dans le vrai sens du mot. Les gens ne se rendent peut-être pas compte tout le travail fait en arrière-plan. Je suis dans le milieu depuis 1991 et je n'ai jamais vu le personnel se serrer les coudes à ce point-là», conclut-il.