Le président du Syndicat du Soutien scolaire de l'Outaouais, Simon Dostie-Cormier.
Le président du Syndicat du Soutien scolaire de l'Outaouais, Simon Dostie-Cormier.

Retour à l'école: «On nage encore dans le brouillard», clame un syndicat

Beaucoup de travail à venir, ambiguïtés, questions qui demeurent sans réponse et manque de balises claires: voilà quelques-uns des mots qui viennent à l'esprit des leaders des deux principaux syndicats du monde de l'éducation en Outaouais lorsqu'ils jettent un coup d'oeil au scénario retenu par le gouvernement pour le retour en classe en septembre.

«On nage encore dans le brouillard, c'est un peu comme ça qu'on se sent. C'est certain que pour le volet pédagogique (le retour à l'école obligatoire), on accueille le tout de manière très positive, sauf qu'on se demande si ça répond aux demandes du terrain. On comprend qu'il y a une volonté de changer la distanciation sociale, oui, mais comment ça va s'articuler dans les milieux, comment va-t-on articuler la logistique? On souhaite créer des bulles, mais qu'est-ce qui se passera à l'heure du dîner? Ou encore dans le service de garde en fin de journée?», lance le président du Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais (SSSO), Simon Dostie-Cormier.

Pour l'organisation qui représente quelque 4000 membres dans les Centres de services scolaire des Draveurs (CSSD) et des Portages-de-l'Outaouais (CSSPO), «la communication est bonne localement», mais on n'a pas ce sentiment au niveau national. 

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La Fédération du personnel de soutien scolaire (FPSS-CSQ), à laquelle est affiliée le SSSO, demande d'ailleurs à ce que les arrêtés ministériels des dernières semaines, qui permettaient aux employeurs de suspendre certains aspects des contrats de travail, soient annulés. «Malheureusement, certains gestionnaires ont largement profité des arrêtés pour abuser du personnel de soutien scolaire. Les conditions de travail de ces employés étaient déjà malmenées avant la crise sanitaire. Tout s’est empiré au cours des dernières semaines, même si nous sommes au front depuis le début. On nous demande de faire l’impossible, sans offrir aucune reconnaissance en retour», clame le président Éric Pronovost. M. Dostie-Cormier affirme que les nouvelles mesures prévues à l'automne vont nécessiter une part d'adaptation mais que les interrogations qui persistent dans les milieux de travail depuis mai ne disparaîtront pas par magie. 

«On demande des choses assez claires depuis le début, par exemple au niveau de l'équipement de protection. On veut des directives claires. Qu'est-ce qu'on doit nettoyer? Quels produits peut-on utiliser? À quelle fréquence? Quels locaux on peut utiliser? On est prêts à retourner, mais là tout le monde s'en va en vacances et on va retomber un peu dans le même 'pattern' en revenant. Ça prend des balises claires. S'il y a une deuxième vague, c'est certain que nous serons mieux préparés qu'au printemps, sauf que nos gens sont épuisés actuellement, ça créé de la frustration», déplore-t-il. 


Suzanne Tremblay, présidente du SEO

Pour sa part, le Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO) estime qu'il a «plusieurs zones grises» dans ce plan de match.

«C'est un plan ambitieux, un plan qui ne pourra se réaliser sans être à l'écoute de ceux qui le porteront sur leurs épaules, soit le personnel des écoles, notamment les profs. Le ministre (Roberge) a été assez vague, on ne connaît donc que les grandes lignes. Il ne faut pas croire que ce sera facile d'appliquer ce qu'il nous demande d'appliquer. Réussir cette rentrée nécessitera énormément de travail, parce qu'il ne faudrait surtout pas oublier dans tout ça que nous sommes encore en contexte de pandémie, même si on a l'impression que l'école reprend de façon normale. La sécurité devra être au coeur des préoccupations», s'exclame la présidente, Suzanne Tremblay.

Des déplacements dans les couloirs en passant par la gestion des périodes de dîners et les récréations à l'extérieur, elle affirme que «les défis seront nombreux» sachant que tous les écoliers seront de retour en classe.

Précisant que la notion des deux mètres de distanciation n'était pas toujours facile à respecter au quotidien dans les cinq dernières semaines, Mme Tremblay s'attend à ce que les nouvelles règles imposées en septembre, en particulier les bulles de six enfants et la distanciation d'un mètre entre les sous-groupes d'élèves au primaire, «vont amener leur lot d'interventions et de difficultés».

«Ça va demander beaucoup d'apprentissage, il ne faut pas penser que ça va toujours bien aller. [...] Il y a quand même 60% des élèves qui ont très peu vécu la distanciation sociale. Avec le déconfinement, on peut recommencer à se regrouper un peu, mais ils ne l'ont pas encore vécu dans le cadre scolaire», note-t-elle, regrettant le fait que les enseignants n'ont été consultés par le ministre que lors de l'élaboration des plans initiaux, il y a un mois.

D'autre part, la présidente du SEO est d'avis que pour les enseignants de quatrième et cinquième secondaire, qui devront composer avec un modèle hybride (enseignement en classe et à distance), «le défi sera d'autant plus grand, car ils devront revoir l'ensemble de leur planification, tout sera à repenser». 

En prévision de la rentrée, le sort des élèves aux prises avec des difficultés d'apprentissage préoccupe aussi les enseignants.

«C'est une autre chose qui me tracasse. Beaucoup d'entre eux sont demeurés à la maison et on parle peu des ressources qu'on va ajouter. Avant la crise, il y en avait déjà pas suffisamment. Le ministre a été complètement muet à ce niveau-là», conclut-elle.