Le collège La Cité a été paralysé par la grève durant cinq semaines.

Remboursements et compensations pour les étudiants

Les étudiants qui décideront d’abandonner leurs études à la suite de la grève qui a paralysé les 24 collèges ontariens durant cinq semaines pourront obtenir un remboursement complet de leurs frais de scolarité. La date limite pour se prévaloir de cette option a été fixée au 5 décembre.

L’Association étudiante (AÉ) de La Cité, qui avait milité pour ce scénario comme d’autres organisations étudiantes ces dernières semaines, a salué l’annonce du gouvernement Wynne lundi. D’ailleurs, des étudiants de l’établissement francophone d’Ottawa prévoyaient manifester dans les rues du centre-ville mardi pour réclamer l’instauration d’une telle mesure. L’activité a donc été annulée.

« On se battait pour ça depuis le tout début, alors ça satisfait nos demandes. On voulait que les étudiants qui ne sont pas à l’aise avec le plan de rattrapage puissent avoir le libre choix de se retirer avec un remboursement et sans mention d’échec. On avait exigé d’avoir réponse à cette question avant mardi », de dire la présidente de l’AÉ, Lynna Kavutse. 

Les apprentis, lesquels alternent entre des classes théoriques au collège et la pratique d’un métier spécialisé en milieu de travail, pourront aussi exiger un remboursement de leurs droits de scolarité s’ils ne sont pas en mesure de terminer leur formation en milieu scolaire pour des motifs liés à la grève.

L’AÉ, qui répète que le rythme d’apprentissage diffère d’une personne à l’autre, est d’avis qu’un grand nombre d’étudiants passeront à la caisse pour être indemnisés. 

De son côté, la porte-parole de La Cité, Pascale Montminy, affirme que le collège va respecter la décision des étudiants qui feront ce choix et qu’il est prématuré de mesurer les impacts qu’auront ces renonciations. 

L’Ontario a aussi annoncé que les étudiants à temps plein et étrangers seront éligibles à une compensation financière maximale de 500 $ pour les coûts imprévus et supplémentaires engagés durant la grève. Sur présentation d’une preuve de paiement, il pourrait s’agir par exemple de services de garde pour enfants, du loyer du mois de janvier ou encore d’une réservation de billets pour un voyage. Ces demandes d’aide pourront être faites dès le retour en classe mardi, si bien que les montants pourraient être versés dès cette semaine. Cette mesure n’aura aucune incidence sur l’aide versée en marge du Régime d’aide financière aux étudiants de l’Ontario, prévient le gouvernement. 

Il y a dix jours, rappelons-le, la ministre Deb Matthews avait exigé que les collèges créent un fonds dédié dans lequel seraient versées toutes les économies nettes découlant du débrayage, dans le but d’aider les étudiants aux prises avec des difficultés financières. 

Sur cet aspect, l’AÉ de la Cité dit être en attente de connaître les détails sur les critères d’admissibilité. Des discussions seraient prévues avec la direction de l’institution mardi. 

« Dans notre pétition, on demandait 30 $ pour chaque jour de classe annulé pour les étudiants à temps plein, alors si on fait le calcul avec 26 jours de grève, ça totalise plus de 750 $. On nous offre plus de la moitié, alors c’est mieux que rien. Il y a des interrogations, par exemple si un étudiant étranger s’était procuré des billets d’avion pour l’Afrique, qui coûtent entre 1500 et 2000 $ », souligne Mme Kavutse. 

« Le climat ne sera pas facile du tout »

Personne ne se met la tête dans le sable alors que sonne la rentrée dans les collèges ontariens. Une grève de 35 jours qui s’est terminée par l’adoption d’une loi spéciale laisse inévitablement des traces.

« On se relève d’une grève dont la durée est du jamais vu. On ne s’attend donc évidemment pas à ce que ça soit la joie et l’euphorie partout. Les étudiants ont vécu beaucoup de stress et d’anxiété, alors il va falloir qu’on soit le plus présent possible sur le terrain pour les encourager et les guider [...] On a ajusté le calendrier scolaire pour que la transition soit convenable pour à la fois les professeurs et les étudiants », lance la gestionnaire des communications de La Cité, Pascale Montminy. 

La présidente de la section locale 470 du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario (SEFPO), Mona Chevalier, croit que l’ambiance ne sera certes pas au beau fixe entre les murs des collèges.

« On nous dit de retourner au travail avec le même contexte qu’avant la grève, rien n’a été réglé. Le climat ne sera pas facile du tout. La solidarité du personnel scolaire va demeurer solide. [...] Le gouvernement a été hypocrite. Il a fait semblant de régler un problème et de jouer les héros, mais dans les faits, il ne s’est soucié que de son image et non pas des étudiants », affirme-t-elle.

Rappelons que les questions non réglées entre les deux parties devront être réglées dans les prochaines semaines en arbitrage exécutoire. Le Conseil des employeurs des collèges et le SEFPO ont jusqu’à la fin de la semaine pour nommer conjointement un médiateur-arbitre, faute de quoi le ministre du Travail en nommera un.