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Karl Laviolette et ses parents, Geneviève et Karl.
Karl Laviolette et ses parents, Geneviève et Karl.

Récolte impressionnante pour Leucan dans une école de Gatineau [VIDÉO]

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Le 31 octobre dernier, l’Halloween a pris une tournure totalement inattendue pour le jeune Gatinois Karl Laviolette. Malade, ses parents croyaient au départ à une gastro-entérite, mais le diagnostic est tombé drastiquement: la leucémie aiguë lymphoblastique. Dès le jour 1, son école s’est mobilisée pour le soutenir dans sa bataille, à tel point que l’ampleur de la vague de solidarité qui vient de déferler est quasi du jamais vu pour Leucan en Outaouais.

À l’initiative entre autres de son enseignante au programme international primaire de l’école polyvalente Le Carrefour, Sophie Blais, un Défi têtes rasées a été orchestré plus tôt cette semaine. Une somme avoisinant les 40 000 $ a été amassée par l’équipe « Les coccinelles en action », alors que cinq adultes et 26 élèves de l’établissement sont passés sous le rasoir en guise d’appui envers le garçon de 12 ans.

Malgré les traitements, Karl n’a jusqu’ici pas perdu ses cheveux, mais qu’à cela ne tienne, les élèves et le personnel de l’école ont voulu lancer un message clair.

« Ils ont dit: ce n’est pas grave, tant mieux pour lui, mais on le fait quand même. C’était pour lui dire: Karl, tu n’es pas seul là-dedans. [...] C’était notre façon de mettre un peu de baume dans la vie de Karl et de sa famille ainsi que de tous les autres qui vivent ça. Ce n’est pas évident pour personne », lance Mme Blais, qui avoue être « tombée en bas de sa chaise » lorsqu’elle a appris la nouvelle l’automne dernier.

En 24 ans de carrière, jamais l’enseignante n’avait été confrontée au cancer chez l’un de ses élèves.

« Tu ne t’attends pas à cela et tu ne veux que pas que ça arrive à aucun enfant. Je me souviens que dès que je l’ai su, j’ai dit à mon conjoint: je me fais raser c’est certain. J’ai appelé quelques collègues, on a rapidement fait le tour de tout le monde. On était en mode: comment peut-on aider. Au final, il y a peu de choses qu’on peut faire à part amasser des sous pour la recherche, mais on ne voulait pas imposer l’idée aux élèves. On l’avait en tête (le Défi) mais l’idée est venue d’eux-mêmes. C’est vraiment super », dit-elle.

Elle affirme avoir été marquée par une ancienne publicité de Leucan dans laquelle on voyait un jeune adolescent revenir en classe après sa série de traitements, tuque sur la tête et sans cheveux, pour ensuite réaliser que ses camarades et son enseignant avaient eux aussi décidé de dire adieu temporairement à leur chevelure.

Un Défi têtes rasées a été orchestré plus tôt cette semaine au programme international primaire de l’école polyvalente Le Carrefour.

Partager l’amour

Les larmes coulaient le long des joues de Mme Blais dès la première seconde où la coiffeuse a entamé le rasage de ses cheveux lundi dernier, à l’agora.

« J’essayais d’envoyer le plus d’amour possible. C’était la fierté de voir que je pouvais faire quelque chose de significatif, d’altruiste. C’est d’être empathique, car je ne peux pas comprendre ce qu’il vit, mais je peux faire preuve d’empathie et essayer de comprendre. Nous étions toute une équipe derrière (ce projet), c’était vraiment un happening extraordinaire », confie l’enseignante.

Pandémie oblige, les parents de Karl, Geneviève et Karl, ont assisté à l’événement en direct sur le web. Certaines filles ont fondu en larmes, voyant leurs longs cheveux tomber au sol.

« Ça m’a beaucoup émue à quel point des jeunes de cet âge-là peuvent être aussi mobilisés et faire preuve d’autant de compassion. De voir de jeunes filles qui se font allonger les cheveux depuis des années poser un tel geste, alors qu’on sait très bien qu’en tant qu’ado, notre identité passe par notre apparence. On voit quel genre de sacrifice ils ont décidé de faire. [...] Et d’amasser autant d’argent, surtout dans le contexte actuel de l’économie, c’est impressionnant », soutient Geneviève Sansoucy, la maman de Karl.

Ses parents admettent avoir réalisé avec cette épreuve de la vie à quel point ils sont entourés de proches, d’amis et de voisins précieux. D’ailleurs, le jour de l’anniversaire de Karl, à peine deux semaines après le diagnostic, une soixantaine de véhicules dont 33 autobus scolaires et des autopatrouilles du Service de police de la Ville de Gatineau ont défilé dans sa rue pour le saluer. Ses coéquipiers de hockey et des collègues de classe sont aussi venus lui porter des cadeaux lors de cette journée mémorable.

« Dès le début, on a eu du soutien. J’ai toujours pensé que c’était pour les autres. Karl a toujours été un garçon en santé, je peux compter sur les doigts d’une main les congés de famille que j’ai pris au travail pour m’occuper de lui. Il avait un excellent système immunitaire. Cet été-là, il fait ses camps de vélos de montagne et de sélection au hockey. On n’a pas vu venir ça du tout », de dire sa mère.

Le jeune Gatinois Karl Laviolette

Le chemin du retour

Trois mois plus tard, Karl est aujourd’hui en rémission et achève la première de trois phases intensives de chimiothérapie. Il doit se rendre au Centre hospitalier pour enfants de l’Est de l’Ontario (CHEO) jusqu’à cinq fois par semaine. Il a la chance de suivre ses cours à distance avec Mme Blais, qui peut lui offrir six heures d’apprentissage par semaine, à son rythme. Tout se déroule bien et ses résultats ont même progressé, lui qui, aux dires de sa mère, « n’a jamais été le plus grand fan de l’école ». Si la santé le permet, il pourra revenir sur les bancs d’école en septembre.

Même s’ils ont rapidement décidé de se retrousser les manches une fois la tempête passée, ses parents ne sont pas prêts d’oublier le jour où leur vie « a changé complètement ».

« On est allé là directement en pensant qu’on allait en ressortir une heure plus tard avec une bouteille de pilules. Je suis revenu à la maison, j’ai commencé à faire du pain, la petite routine quotidienne, puis Geneviève m’a appelé pour me dire de revenir, que c’était plus grave qu’on pensait. Finalement, les choses ont déboulé trop vite et je l’ai appris au téléphone, en route vers l’hôpital », lance son papa.

Pour sa mère, dont les moindres souvenirs sont encore frais en mémoire, c’est un banal geste posé par le médecin qui lui a fait réaliser qu’une éprouvante aventure allait s’amorcer.

« Le premier médecin terminait son quart de nuit et j’avais demandé qu’il y ait absolument des prises de sang, sinon on ne repartait pas. Par la suite, le médecin qui commençait son quart de jour m’a dit qu’il devait me parler dans une autre pièce et je l’ai alors vu empoigner une boîte de Kleenex. J’ai alors compris que c’était plus sérieux. Les jambes m’ont scié en deux, mais ce qui m’a aidé, c’est lorsqu’on m’a rappelé que les traitements d’aujourd’hui ne sont les mêmes que lorsque j’étais moi-même enfant. Les taux de réussite sont excellents. Ç’a été un moment clé dans la gestion du stress. Dans cette fraction de seconde, je me suis dit qu’on s’en allait vers la guérison », confie Mme Sansoucy.

Le taux de survie pour les cancers infantiles est aujourd’hui de plus de 82 %.