Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais.
Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais.

Québec aurait dû s'inspirer davantage de l'Ontario, clame un syndicat d'enseignants

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Les syndicats du monde de l'éducation en Outaouais dressent un bilan mi-figue mi-raisin du plan présenté par le ministre Roberge pour la rentrée scolaire qui arrive à grands pas.

Si certains aspects sont jugés satisfaisants, on juge que d'autres sont teintés d'incohérence ou laissent des questions en suspens.

La présidente du Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais (SEO), Suzanne Tremblay, se réjouit d'abord qu'on ait laissé tomber le concept de sous-groupes en classe.

«Ça aurait amené une gestion qui serait devenue excessivement difficile. Lorsque la bulle n'aurait pas fonctionné, les enseignants se posaient des questions pour lesquelles ils n'avaient pas encore de réponses à ce jour. Ça va maintenant donner plus de latitude aux profs, qui doivent travailler avec des élèves qui ont chacun des besoins différents», dit-elle.

Là où les critiques et les questions fusent de la part de bon nombre de ses membres, dit-elle, c'est au chapitre du port du masque, qui ne sera pas obligatoire en salle de classe, contrairement à l'Ontario, alors que la distanciation sera difficile à respecter.

«Mon téléphone n'a pas arrêté de sonner et j'ai reçu une centaine de messages. Ça suscite énormément de questions et d'inquiétude. On ne comprend pas pourquoi on ne peut pas accueillir plus de 10 personnes à la maison, à l'extérieur comme à l'intérieur, alors que dans un local de classe, un endroit restreint, on pourra rassembler jusqu'à 32 personnes au secondaire. Le nombre de jeunes au pied carré va être bien plus élevé que dans un centre commercial, où les ados doivent pourtant porter un masque. Pourquoi le choix du Québec n'a pas été le même que l'Ontario? Les enseignants se questionnent beaucoup. C'est démontré que les enfants de 10 ans et plus peuvent transmettre le virus. Il y a là une incohérence, qu'est-ce qui justifie cela?», affirme Mme Tremblay.

Cette dernière soutient que le SEO est également déçu que le ministre n'ait pas cru bon d'annoncer maintenant un ajout de ressources dans les établissements scolaires. 

«Il a dit que ça viendrait plus tard, alors qu'on connaît la situation actuelle depuis mars. On le dit régulièrement: il y a des élèves qui vivent des difficultés, le ministre a lui-même dit être préoccupé. Mais ce même ministre n'était pas prêt aujourd'hui à faire une annonce, alors que la rentrée est dans trois semaines. Qui sera pénalisé encore? Ce sont les élèves», déplore la présidente. 

Elle ajoute que dans le contexte actuel, sachant que certains enseignants demanderont une réaffectation et que d'autres pourraient s'absenter s'ils ont des symptômes de COVID-19, la pénurie d'enseignants sera une problématique à laquelle les employeurs devront s'attaquer de front, surtout en Outaouais.

«Que prévoit-on faire? La liste de suppléants n'est pas très longue. Ce sera un gros défi auquel il faudra faire face dans la région», spécifie Suzanne Tremblay.

Simon Dostie-Cormier

«On est resté un peu sur notre appétit»

Le président du Syndicat du soutien scolaire de l'Outaouais (SSSO), Simon Dostie-Cormier, affirme que l'organisation est «un peu resté sur son appétit» à la suite du point de presse tant attendu.

«On a encore pas mal de questions, nous sommes un peu surpris. On s'attendait à ce qu'il y ait plus de précisions sur le protocole de nettoyage, c'est quelque chose qu'on demande depuis le tout début. Quant aux masques, c'est une bonne idée, il faut juste s'assurer que l'employeur va fournir le matériel. [...] Pour la stabilité des groupes, tant mieux, sauf qu'il ne faut pas oublier que lorsque les élèves vont sortir de la classe, par exemple lorsqu'ils se retrouveront en service de garde, il peut y avoir un mélange, une migration. Ç'a été une problématique à certains endroits au printemps», lance-t-il.

Du côté du Syndicat du personnel professionnel des commissions scolaires de l'Outaouais (SPPCSO), on affirme que les protocoles semblent bien plus clairs qu'au printemps dernier, ce qui rassure bon nombre de membres.

«Il y a des questions en suspens pour les professionnels, qui doivent souvent rencontrer des élèves dans des bureaux qui sont généralement de petits espaces. Il y a un flou, car on ne sait pas comment va va s'articuler, ce n'est pas précisé. On peut présumer qu'on continuera dans la même direction qu'au printemps. Le personnel qui devait faire des interventions auprès des élèves avait du matériel de protection, c'est ce qu'on souhaite encore. Des craintes demeurent, mais on sait davantage à quoi s'en tenir», de dire la présidente, Annie St-Pierre.

L'organisation se dit elle aussi déçue que Québec n'ait pas déjà annoncé d'ajouts de ressources pédagogiques dans les écoles.

«On anticipe plus d'élèves en difficulté, alors le besoin pour des services professionnels sera certainement supérieur à une année normale. Pourra-t-on suffire à la demande? On va guetter les règles budgétaires, il y aura peut-être une mise à jour. On le souhaite fortement», conclut-elle.