Suzanne Tremblay (notre photo), présidente du Syndicat de l’enseignement de l’OUtaouais, a vivement réagit aux propos de Lorraine Normand-Charbonneau.
Suzanne Tremblay (notre photo), présidente du Syndicat de l’enseignement de l’OUtaouais, a vivement réagit aux propos de Lorraine Normand-Charbonneau.

Propos de Normand-Charbonneau sur la modification de notes: du mépris, dit le syndicat

Parlant de « propos graves », le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO) réagit avec virulence à la sortie de l’ex-gestionnaire Lorraine Normand-Charbonneau, qui affirmait dans nos pages mercredi qu’il est souhaitable dans certains cas que la note accordée par un enseignant soit modifiée par la direction de l’école.

« Par ses paroles, elle témoigne du mépris que certains acteurs ont envers les profs et ça contribue à la dévalorisation de la profession enseignante que l’on connaît actuellement. Il y a des gens qui se permettent d’avoir une tribune comme ça, d’avoir des mots qui ne sont pas sans conséquence. C’est une forme de désinformation, ça laisse sous-entendre des généralités qu’on ne veut pas », lance d’emblée la présidente du syndicat, Suzanne Tremblay.

Cette dernière souligne que de nombreux membres digèrent mal de telles affirmations et que Mme Normand-Charbonneau vient en quelque sorte de mettre le feu aux poudres.

« L’évaluation des apprentissages est une compétence exclusive des enseignants. Il y a justement une jurisprudence qui est venue le confirmer il y a quelques années avec un cas de sentence arbitrale à Québec (un enseignant en congé de maladie s’était aperçu à son retour que la direction avait modifié les résultats de certains élèves). La pression exercée sur les profs présentement pour avoir une réussite des élèves à tout prix est énorme. On est dans une gestion axée sur les résultats », dénonce-t-elle.

La présidente du SEO rappelle que le jugement professionnel des enseignants est basé sur dix mois de travail avec un élève et que les propos de Mme Normand-Charbonneau laissent présager que les cas d’exception sont des généralités. Heureusement, ajoute-t-elle, plusieurs directions d’établissement ne pensent pas ainsi et sont beaucoup plus nuancées.

Plusieurs balises entourent l’évaluation au sein du régime pédagogique et les règles sont claires, affirme Mme Tremblay.

« Les normes et modalités d’évaluation sont déterminées par l’équipe-école, on détermine les compétences qui seront évaluées à chaque étape, en attendant la troisième étape où l’ensemble de celles-ci seront évaluées. Quand on détermine ces normes-là, elles sont donc approuvées par la direction. Là où elle peut donc intervenir, c’est si les normes ne sont pas suivies. Mais ça ne veut pas dire que ça lui donne le droit de mettre de la pression sur un prof pour modifier une note. Il ne faut pas mélanger les choses. Ça, c’est clair que ça nous appartient. La direction a certains droits, comme de poser des questions, mais pas celui de changer les résultats », s’exclame-t-elle.

Suzanne Tremblay ajoute que c’est « une fausseté » de prétendre qu’un élève ne peut voir son résultat scolaire baisser d’une étape à l’autre.

« Oui, ça se peut. Il y a plein de facteurs autour de la réussite scolaire, y compris des facteurs à l’extérieur de l’école. Il peut y avoir eu des concepts plus difficiles d’une étape à l’autre. On met alors des moyens en place pour l’aider à cheminer. Quand on voit qu’un élève a un résultat qui chute de 10 %, par exemple, on se questionne s’il va bien, s’il a besoin d’aide. C’est certain qu’il y aura une intervention », dit-elle.

Par ailleurs, répétant que le projet de loi 40 sur la gouvernance scolaire est « un non-sens et une attaque à la profession enseignante », la leader du SEO soutient ne jamais avoir vu les enseignants aussi mobilisés pour contester une pièce législative de Québec.

La FAE choquée

L’article du Droit a aussi eu des échos à l’échelle provinciale, le président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), Sylvain Mallette, parlant de « propos violents à l’endroit des profs ».

« Je ne sais pas s’il s’agit de candeur ou de stupidité. Ça veut dire qu’elle reconnaît avoir exercé de la pression pendant des années et s’être immiscée dans ce qui relève de la compétence des enseignants. Elle incarne le mépris à l’endroit des profs et l’incompréhension de son propre rôle. Elle a voulu jouer au roitelet. C’est grave ce qu’elle dit, je l’invite à réfléchir et à revenir sur le plancher de vaches », lance-t-il.

D’autre part, la FAE indique qu’à la suite d’une rencontre mardi avec le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, ce dernier se serait dit prêt à déposer un amendement au projet de loi 40 afin qu’il ne puisse pas y avoir de « tripotage de notes ».

L’article 34 laissait la porte ouverte à une telle pratique pour les directions, après consultation avec les enseignants.