Lyne Beaumier
Lyne Beaumier

Pas de mathématiques fortes pour un finissant: sa mère crie à la «discrimination»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Finissant à l'école polyvalente de l'Érablière, le fils de Lyne Beaumier souhaitait suivre un cours de mathématiques enrichies pour conclure son secondaire. Or, il risque bien d'en être privé car l'établissement n'a les moyens de former cette année qu'un seul et unique groupe, ce que la Gatinoise considère comme une injustice.

Face à cette situation, l'administration a entre autres offert à la mère de l'adolescent de 15 ans un changement d'école, une alternative que cette dernière qualifie d'illogique et de discriminatoire.

«Dès le secondaire 4, il peut choisir une option (SN- les mathématiques enrichies, ou CST – les mathématiques régulières). L'an passé, il y avait une liste d'attente pour le groupe de sciences naturelles, mais il a été accepté. Il a réussi et a décidé de continuer, mais pas dans le profil scientifique donc il ne ne prend pas les cours de chimie et de sciences physiques de cinquième secondaire. Et là, mon fils et plusieurs élèves ont reçu l'offre de carrément changer d'école pour avoir droit à un cours de maths (SN)», explique-t-elle.

Si elle tient d'emblée à préciser qu'elle n'a jamais jusqu'à ce jour eu de problématiques avec l'école de son fils, Lyne Beaumier avoue qu'elle digère mal qu'à deux semaines de la rentrée scolaire, on demande à son garçon de faire une croix sur son choix par manque de places. À sa grande surprise, lors d'un appel téléphonique, l'école lui a proposé de se tourner vers les polyvalentes Le Carrefour ou Nicolas-Gatineau, une alternative qui n'est pas envisageable, dit-elle.

«C'est un préalable pour plusieurs programmes collégiaux, alors ça lui ferme des portes. Ce n'est pourtant pas un cours obscur et on parle d'une grande école secondaire dans une grande ville comme Gatineau. Je pense que ce qui ajoute au défi cette année, c'est qu'ils veulent créer des groupes homogènes et que la rentrée sera en présentiel, tout en offrant l'ensemble des options. Sauf qu'en même temps, ça créé de la discrimination, en plus d'avoir des conséquences à long terme», déplore-telle.

Pour couronner le tout, la dame affirme que le secrétariat de l'école l'a informé de la situation par courriel jeudi et qu'on lui demandait de prendre une décision ainsi que d'acheminer sa réponse d'ici la fin de la même journée.

«Les deux options ne nous intéressent pas (changement d'école ou opter pour les mathématiques CST). J'ai donc envoyé plusieurs courriels pour avoir des explications, demandé s'il peut y avoir une liste d'attente. On m'a dit non. On dirait qu'on essayait de se débarrasser de nous en disant : le cours, on vous l'offre, mais vous pouvez aller ailleurs», raconte Mme Beaumier.

L'idée de changer d'école après un parcours de quatre ans au même endroit, son fils qui était inscrit au Programme multimédia et réseautique (PMR) depuis trois ans la balaie du revers de la main.

L'école polyvalente de l'Érablière

«Il est extrêmement déçu, il veut continuer en mathématiques mais ne veut pas changer d'école. Ses amis, c'est ce qui l'accroche à l'école. D'ailleurs, il a trouvé difficile le confinement (au printemps) car il ne pouvait voir sa gang d'amis. Il était donc content de revenir à l'école, en présentiel, mais là il trouve ses perspectives plates», affirme sa mère.

Intéressé par tout ce qui est relié à l'informatique, son garçon n'a pas encore décidé vers quel programme d'études collégiales il se tournera en 2021, mais reste que certains d'entre eux exigent les sciences de secondaire 4 et les mathématiques SN de secondaire 5, soutient Lyne Beaumier.

Une question de programmation

Interpellé par Le Droit, le Centre de services scolaire des Draveurs (CSSD) confirme qu'un seul groupe peut être formé cette année à la polyvalente de l'Érablière en raison du faible nombre d'inscriptions et indique que dans les faits, il reste que le cours de mathématiques SN de cinquième secondaire est optionnel et non obligatoire.

«Les écoles l'offrent souvent pour favoriser le cheminement scolaire pour certains programmes contingentés au Cégep. Mais ça dépend de la programmation, ça se fait en fonction du nombre d'élèves qui ont un cheminement en sciences physique et chimie, car ce sont des regroupements qui vont ensemble. L'école offre donc le cours, mais c'est une question de programmation scolaire. Quand on se retrouve avec 5, 6 ou 10 élèves qui sont en quelque sorte en surplus, c'est là qu'on doit établir des critères. On n'a pas le choix. Pour démarrer un groupe, ça nous prend un nombre minimal d'élèves pour le financement provenant du ministère», affirme le secrétaire général, Christian Laforest.

Ce dernier précise que les écoles, dans des cas où il y a une telle problématique, veillent à trouver des alternatives «pour accommoder le plus possible» l'élève concerné, l'objectif étant de «satisfaire dans la mesure du possible le cheminement scolaire de l'élève».

«Ça arrive chaque année pour différentes raisons. […] Habituellement, on travaille avec les parents pour essayer de trouver une solution, autant avec un conseiller en orientation qu'avec la direction. Par exemple, des cours en parallèle à l'éducation aux adultes en soirée ou encore un cours d'été sont des options possibles pour obtenir les crédits. Il y a des cours à distance aussi. Un changement d'école peut aussi avoir lieu, mais ce n'est pas plaisant, on est d'accord», renchérit-il.

En journée vendredi, la direction de l'école a informé les parents dont Mme Beaumier qu'elle analysait «d'autres possibilités» en plus de celles déjà proposées par courriel.

«Le contexte de la COVID-19, qui implique des groupes fermés où les élèves se suivent dans toutes les matières, ainsi que le peu d'inscriptions dans le profil en mathématiques fortes uniquement, ne nous permettent pas d'ouvrir ce profil cette année», écrit-on dans le message.