Le recteur de l’Université du Québec, Denis Harrisson.

L’UQO veut de l’argent... et vite

Le recteur de l’Université du Québec en Outaouais, Denis Harrisson, veut voir arriver les fonds nécessaires à la création d’un campus unifié avant que le gouvernement actuel de Philippe Couillard ne soit dissout. « Je veux être dans le bilan de ce gouvernement-là, et non pas dans les promesses du prochain », lance-t-il.

M. Harrisson a levé le voile sur certains détails des projets de développement de l’UQO dans le cadre d’une rencontre éditoriale avec Le Droit. La première phase de 47,5 millions $, pour laquelle une demande est en cours d’analyse à Québec, consistera en un nouveau bâtiment, annexé au pavillon Alexandre-Taché, pour accueillir les activités qui se déroulent actuellement au pavillon Lucien-Brault.

Là où le projet « a évolué », c’est dans sa deuxième phase : la création d’un pavillon recherche, innovation et santé. Selon le plan de match actuel, cet ajout prendrait place au-dessus de la nouvelle construction dédiée à l’unification du campus, derrière l’aile C du pavillon Alexandre-Taché.

En gros, le bâtiment devant accueillir les activités du pavillon Lucien-Brault serait érigé « avec des fondations suffisamment solides pour ajouter des étages » lorsque l’UQO sera en mesure de lancer de nouveaux programmes en santé, a expliqué M. Harrisson.

La consolidation des activités au pavillon Alexandre-Taché est évoquée depuis une vingtaine d’années, rappelle le recteur. Après avoir essuyé en 2016 un revers en ne recevant pas un sou du fédéral dans le cadre d’un programme destiné aux infrastructures d’enseignement supérieur, l’UQO a représenté un dossier à Québec. Car c’est Québec qui doit l’analyser et présenter une demande à Ottawa pour un financement conjoint, une étape qui n’a pas encore été réalisée. « On est en attente d’une décision », indique Denis Harrisson.

« Ça fait longtemps qu’on travaille là-dessus, poursuit-il. On est en 2018, il y a des élections en octobre. C’est clair qu’il y a un contexte qui est favorable, parce que là, je pense que si on n’a pas de réponse dans les prochaines semaines, ça nous reporte en 2019, et là ce sera un autre gouvernement avec un autre programme. »

Pour la deuxième phase de son plan de développement, l’UQO a récemment remis au ministère l’étude d’opportunité pour laquelle elle avait reçu 250 000 $, il y a deux ans. Alors qu’un premier programme de sciences – le baccalauréat en écologie et environnement – sera lancé l’automne prochain, l’UQO veut poursuivre avec divers programmes liés à la santé.

Dans le meilleur des mondes, un programme de kinésiologie axé sur « l’exercice physique de tous les cycles de vie » verrait le jour en 2019. Arriverait ensuite l’extension du doctorat en pharmacie de l’Université Laval, vers 2020. La nutrition, l’ergothérapie et la physiothérapie suivraient dans un ordre qui n’est pas encore déterminé.

Sur le plan financier, le recteur Harrisson espère que Québec débloquera des fonds non seulement pour les infrastructures, mais aussi pour la préparation des nouveaux programmes qui nécessiteront l’embauche de consultants ou de professeurs invités. L’UQO discute aussi avec des acquéreurs potentiels du secteur institutionnel pour la vente éventuelle du pavillon Lucien-Brault, en espérant que l’argent issu de la transaction pourra faire partie du montage financier de ses plans de développement.

Le recteur sur...

...les violences sexuelles

«Le comité [consultatif pour une université sans violences sexuelles] travaille surtout sur des programmes de prévention et de formation. La loi nous oblige maintenant à avoir notre propre politique sur les violences sexuelles. On a un an pour développer cette politique, donc le comité, c’est sûr qu’il va mettre ses énergies sur la loi. Il faut former les employés, les cadres, les enseignants et les étudiants, donc c’est ça qu’il faut faire au cours de la prochaine année. […] Il faut prendre ça au sérieux. On n’a pas beaucoup de plaintes formelles, on a une politique sur le harcèlement psyhologique et le harcèlement sexuel, on fait rapport chaque année, et cette année on a fait rapport sur deux plaintes reçues, dont une qui n’a pas été retenue. Ce n’est pas beaucoup, mais on nous dit qu’il y a beaucoup d’événements qui ne sont pas signalés, et c’est surtout là-dessus qu’il faut travailler. […] L’inconduite sexuelle, c’est très dur à définir. […] C’est un phénomène de société, ça ne touche pas seulement l’université, on voit que ça touche tous les milieux.»

...le financement

L’UQO estime à 5 millions$ le compressions budgétaires subies entre 2013 et 2016. Malgré les réinvestissements depuis, «on n’a pas encore récupéré 5 millions$», affirme Denis Harrisson. En ce qui concerne le sous-financement de l’UQO, le recteur note qu’une «erreur dans le système comptable» a été faite «pendant plusieurs années». «Cette erreur-là a été corrigée, sauf qu’on ne récupère pas ce qu’on a perdu pendant quelques années. Le ministère nous a dit ‘oubliez ça, vous n’aurez pas l’argent que vous avez perdu, vous avez la correction, vous allez évoluer avec ça et c’est terminé’.»

...la concurrence ontarienne

«Les établissements postsecondaires à Ottawa, c’est la concurrence directe. Quand on regarde les étudiants de l’Outaouais, du cégep, qui s’inscrivent dans les universités, on sait qu’il y en a un certain nombre qui viennent à l’UQO. Il y en a aussi qui vont à Sherbrooke, à Québec, à Montréal, dans l’une des universités du Québec, mais une bonne majorité vont encore à l’Université d’Ottawa et à l’Université Carleton. […] D’où le statut particulier, d’où l’intérêt pour développer des programmes dans des disciplines qu’on n’a pas. […] À part sciences  infirmières, il faut développer d’autres programmes en santé. À part informatique et génie, il faut développer d’autres programmes en sciences appliquées et maintenant aussi en sciences naturelles, […] et continuer à se déployer dans les disciplines de sciences sociales et de sciences humaines, avec les maîtrises et les doctorats.»