L'Université d'Ottawa n'en ferait pas assez pour contrer la culture du viol

Reprochant à l'administration de l'Université d'Ottawa de ne pas en faire assez, un groupe d'étudiants et de représentants syndicaux de l'université s'attaquent eux-mêmes à ce qu'ils appellent une culture du viol sur le campus.
Ils se sont donné un nom et un acronyme: l'Initiative indépendante d'action contre la culture du viol (IIACCV). Ils annoncent déjà une journée de réflexion ouverte à tous les étudiants et les membres de la communauté universitaire. Ce sera dans la semaine du 24 mars.
Surtout, ils accusent l'administration de l'université de ne poser que des gestes timides pour protéger sa réputation.
Seamus Wolfe, de l'Association des étudiants diplômés, assure que depuis des années, il y a des campagnes sur le campus, des campagnes menées par les étudiants et les professeurs, pour contrer la violence faite aux femmes.
«Ce travail se fait de façon quotidienne et ça n'arrêtera pas seulement parce que l'université, tout à coup, vient de se faire réveiller par un cauchemar de relations publiques», a averti M. Wolfe au cours d'un point de presse, mardi matin, sur le campus.
La semaine dernière, le recteur de l'université, Allan Rock, annonçait la mise sur pied d'un groupe de travail inspiré par deux incidents: la suspension de l'équipe masculine de hockey à la suite d'allégations d'agression sexuelle pendant un tournoi à Thunder Bay en Ontario, et une conversation sur Facebook, truffée de commentaires sexuels agressifs, où cinq étudiants s'en prenaient à la présidente de la Fédération étudiante (FEUO).
Le groupe de travail doit faire rapport à la prochaine rentrée universitaire, cet automne.
Or, selon les porte-parole de l'IIACCV, ce groupe de travail est trop restreint, dans sa composition et son objectif.
«Le problème (...) c'est qu'il voit seulement un arbre au lieu de la forêt», a accusé Susan Spronk, du syndicat des professeurs et bibliothécaires de l'université. Elle voudrait que ce groupe de travail explore le problème plus large de la «culture du viol».
«C'est une culture qui encourage le viol, qui ridiculise le viol et qui, dans certains cas (...) célèbre le viol», a expliqué Nicole Desnoyers, vice-présidente à la FEUO.
Sa collègue Anne-Marie Roy a dénoncé cette «culture du viol» en rendant publique, au début du mois, la conversation Facebook qui s'en prenait à elle. Sa dénonciation s'est retrouvée jusque dans les pages de journaux étudiants en France.
Au bureau de M. Rock, on dit encourager l'initiative de l'IIACCV tout en assurant que le groupe de travail mis sur pied par l'université sera efficace.
«Le groupe de travail de l'université, qui représente une mesure concrète et significative, débouchera sur d'importantes recommandations en quelques mois seulement», a promis le recteur dans un courriel.
«Je vais exhorter le groupe de travail à collaborer avec le regroupement indépendant», a-t-il dit, invitant également tous les membres de la communauté universitaire à participer aux travaux organisés par l'IIACCV.
Quant à son groupe de travail, M. Rock prévoit annoncer les noms de ses membres et lancer ses travaux «bientôt».