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Lundi noir à l’Université Laurentienne: les professeurs licenciés face au mur du silence

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
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Après le jeudi noir, voilà que l’Ontario français fait face à une nouvelle journée de coupes aux conséquences redoutables sur la communauté: le lundi noir. En entrevue avec Le Droit, deux professeurs de l'Université Laurentienne qui font partie de la centaine ayant été mis à pied retracent les événements de cette journée passée dans l’agonie.

6h07. Alors que cela faisait déjà près de deux mois que le corps professoral de l’Université Laurentienne était assis au bout de son siège en raison de la grande instabilité financière de l’institution, des professeurs reçoivent un courriel les convoquant à une réunion Zoom obligatoire à 9h30, dont l’objet n’est pas précisé. 

«Toutes les informations nécessaires seront fournies lors de la réunion», peut-on lire dans le courriel d’invitation envoyé par un représentant des ressources humaines, dont Le Droit a obtenu copie.  

Les décisions concernant les coupes dans les programmes et les mises à pied ont été prises mardi dernier, lors de la réunion du sénat, relate le professeur agrégé du département de philosophie, Denis Hurtubise. «On s’attendant au moins à savoir, dès ce moment, quels programmes seraient coupés. Mais non, les gens ont dû attendre une deuxième fin de semaine de suite à se demander ce qui se passait. Pour les gens comme nous, menacés depuis deux mois, c’est difficile.»

9h35. Le carnage commence. C’est ainsi que les enseignants licenciés définissent le processus de mise à pied privilégié par l’administration de l’Université Laurentienne durant cette journée. 

Les organisateurs sont cinq minutes en retard, note le professeur Hurtubise. À compter de cette heure-là, «six ou sept» réunions obligatoires sont tenues toutes les 40 minutes. 

Lors de chaque réunion, «on mettait à pied un groupe de professeurs, regroupés par discipline», fait savoir le professeur agrégé du département d’histoire de l’institution académique Joël Belliveau, à qui on a annoncé que le département complet doit disparaître.

Durant cette réunion sont présentes la vice-rectrice aux études de l’Université, Marie-Josée Berger, la personnes responsable des ressources humaines et une personne «qui s’occupe du redressement» de l’institution, indiquent les professeurs.

Cette réunion était vraiment inutile, juge Denis Hurtubise.

« La vice-rectrice a lu un petit texte qui a duré quelques minutes, disant que c’est bien dommage, mais en raison de procédures, des choix difficiles ont dû être faits, et parmi ces choix est votre congédiement, déplore Joël Belliveau. Elle s’est sauvée tout de suite après avoir lu son petit texte. Nous n’avons pas pu poser de questions, elle s’est défilée.»

Ces professeurs licenciés soulignent aussi que la plupart des allocutions durant ce processus ont été faites en anglais, à quelques exceptions près. « On se fait remercier en anglais. C’est maladroit.»

Tout au long de la journée, les employés mis à pied ont tenté de comprendre les raisons derrière l’élimination de leurs programmes respectifs, en vain. «Pourquoi ne pas avoir annoncé les coupes de programmes avant de convoquer les gens? On nous dit ‘vos postes sont terminés’, sans aucune explication, et on est pris à en deviner la raison.»

17h40. Personne n’a encore reçu de réponse de la part de l’administration de l’Université Laurentienne pour savoir les raisons qui l’ont poussée à éliminer certains programmes, et pas d’autres. 

Ce qui choque le plus

Le gros problème, selon Denis Hurtubise, c’est que le pourcentage de programmes français qui ont été sabrés serait de loin supérieur aux programmes anglais ayant subi le même sort. «Ce n’est pas pour minimiser la gravité des pertes du côté anglophone, mais c’est un enjeu communautaire pour les francophones, un enjeu d’ensemble.»

L’enseignant confie que l’un de ses enfants, qui étudie à la Laurentienne, lui a fait remarquer que les disciplines qu’il aime ont toutes été coupées. «Je ne sais pas s’ils ont pensé à ça mais les étudiants ne voudront pas rester là. (...) Des jeunes de la région vont devoir partir.»

Pour Joël Belliveau, c’est le manque de volonté de la part de l’institution qui est le plus choquant. «Il y a un mois, l’Université de Sudbury a annoncé son intention de devenir gérée par et pour les francophones. Elle a annoncé publiquement son envie de prendre des programmes en français sous son aile, et l’Université Laurentienne n’a pas considéré l’idée, et a plutôt choisi de couper les programmes. Ce n’est pas collégial.»

Il s’agit selon lui de la goutte qui fait déborder le vase et d’un énième exemple qui prouve que les programmes en français «doivent être gérés par et pour la communauté». 

«Il faut appuyer sans réserve le projet de l’Université de Sudbury et l’indiquer à nos politiciens. Si l’Université de Sudbury peut devenir une université francophone, elle pourra collaborer avec l’Université de l’Ontario français, l'Université de Hearst, et on pourra avoir un vrai réseau.»