La présidente du Syndicat des enseignants de l’Outaouais, Suzanne Tremblay

Loi 40: «c’est fini les heures bénévoles», dit le Syndicat de l'enseignement de l'Outaouais 

« Notre tâche et notre expertise ne sont pas reconnues, alors on va se respecter. Nous sommes fatigués. On va respecter nos 32 heures par semaine, c’est fini les heures bénévoles. On va s’en tenir à notre contrat de travail ».

La présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO), Suzanne Tremblay, affirme que ses quelque 5200 membres ne décolèrent pas face à la loi 40 adoptée sous bâillon par Québec au début février.

Conséquence : les enseignants, qui œuvrent dans les établissements de trois commissions scolaires (au Coeur-des-Vallées, des Draveurs et des Portages-de-l’Outaouais) ont décidé, comme 40 000 de leurs collègues affiliés à la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) ailleurs en province, de mettre en œuvre des actions de perturbation, et ce, dès le 9 mars, au retour en classe après la semaine de relâche.

Respecter à la lettre l’horaire hebdomadaire de base pour lequel les enseignants sont payés (32 heures) est au nombre des actions qui seront mises de l’avant.

« Nos membres considèrent que la loi 40 (sur la gouvernance scolaire) est un grand manque de respect, ils se sont sentis trahis et méprisés par le gouvernement. Les changements que ça va engendrer dans les écoles ne sont pas anodins. Les répercussions sur la profession enseignante à moyen et long terme seront importantes. Alors de faire les 32 heures par semaine va être une façon pour eux de se faire respecter. On sait tous qu’on en fait plus que notre tâche régulière. Si on nous demande d’en ajouter, on ne répondra pas. Bien sûr, il n’est aucunement question d’empêcher des élèves d’avoir accès à des ressources et ça n’aura pas d’impact sur l’enseignement en salle de classe, mais on ne pourra plus dire qu’on en fait plus, plus et encore plus », lance-t-elle.

Par exemple, les enseignants de la région font faire une croix sur la correction à la maison et si une nouvelle activité organisée par leur école n’a pas lieu en marge de leur horaire de 32 heures de travail, ils n’y prendront pas part.

« S’il y a un plan d’intervention à faire et que ça demande davantage de temps dans notre tâche régulière, on va avertir la direction que l’on manque de temps », image aussi Mme Tremblay.

Pour protester contre ce qu’ils appellent « la réforme Roberge », les enseignants se feront aussi entendre plus fréquemment lors des activités auxquelles prennent part à la fois le premier ministre François Legault, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge ou encore les députés caquistes.

« M. Roberge n’est plus le bienvenu dans nos écoles. On va lui signifier qu’il n’est plus le bienvenu parmi nous, sa crédibilité n’existe plus, la confiance n’est plus là. Nos revendications, on va les poursuivre jusqu’au bout, car au cœur de tout ça il y a nos élèves et l’école publique. C’est sans compter qu’un dépôt patronal (la convention collective expire le 31 mars) avec autant de mépris, on n’a jamais vu ça », ajoute-t-elle.

Le syndicat recommande également à ses membres de boycotter les activités liées à la mise en place des centres de services scolaires, tout comme leurs conseils d’administration, qui seront formés à la mi-juin. En principe, cinq sièges doivent y être réservés pour le personnel de l’école.

« On n’y participera pas. On veut se réapproprier notre classe. Nous, la gestion d’un centre de service, ce n’est pas ce qu’on a demandé. On ne participera pas non plus au Comité d’engagement vers la réussite des élèves (CEVR). Ça ne permet pas entièrement à l’enseignant de choisir de façon libre ses approches pédagogiques et ses moyens d’évaluation. Ça brime notre liberté pédagogique. Ce comité sera composé majoritairement de personnes qui ne sont même pas en classe. On réclame pourtant depuis plusieurs années de choisir nos modalités d’évaluation. Les bonnes pratiques pour les élèves, on est les mieux placés pour les connaître. Chaque élève n’a pas les mêmes besoins. On ne veut pas qu’on s’immisce dans notre autonomie professionnelle », explique Mme Tremblay.

Les changements apportés au volet du perfectionnement des enseignants, qui se retrouve aussi dans la loi 40, causent également de la grogne au sein du milieu.

Les actions du SEO se poursuivront jusqu’à la fin de l’année scolaire et pourraient toujours être mises de l’avant au début de la prochaine année scolaire.