Les enseignants franco-ontariens augmentent d’un cran la pression sur le gouvernement Ford en déclenchant une grève du zèle dès jeudi.

Les enseignants franco-ontariens entament une grève du zèle

Les enseignants franco-ontariens augmentent d’un cran la pression sur le gouvernement Ford en déclenchant une grève du zèle dès jeudi. Une première étape qui ouvrira la voie à d’autres moyens de pression plus musclés si les négociations continuent de faire du surplace.

Les 12 000 membres de l’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO), qui ont voté pour un mandat de grève dans une forte proportion de 97 % avant Noël, boycotteront plusieurs tâches administratives en guise de protestation. Un préavis de grève de cinq jours avait été acheminé samedi dernier au ministère de l’Éducation. 

« Ça fait déjà plus de 20 ans qu’il n’y a pas eu une telle mobilisation, que ce soit une grève générale ou du zèle. C’est du jamais vu, c’est la preuve que quelque chose ne tourne pas rond. [...] Nos membres ont parlé, ils en ont long à dire, et l’AEFO les a écoutés et entendus. Le gouvernement a tenté de faire croire à la population que les dirigeants syndicaux ne parlent pas à leurs membres, qu’il y aurait les enseignants d’un côté et le syndicat de l’autre. C’est faux, cette séparation n’existe pas » a lancé le président Rémi Sabourin, lors d’un point de presse tenu mardi matin à Toronto. 

Plusieurs tâches boycottées

Concrètement, les enseignants ne feront qu’attribuer une note aux élèves dans les bulletins scolaires qui seront produits dans les jours à venir, sans toutefois y ajouter de commentaires ou leur signature comme à l’habitude. De plus, ils refuseront de colliger ces données dans les logiciels, forçant ainsi la direction de l’école à effectuer ce travail. 

Ils ont aussi reçu comme consigne de n’effectuer aucune tâche reliée aux évaluations de l’Office de la qualité et de la responsabilité en éducation (OQRE), incluant les activités de préparation aux tests provinciaux, l’administration et la correction des tests.

D’autre part, les membres ne prendront part à aucune activité de formation ou de perfectionnement professionnel, en plus de ne remettre à la direction « aucune nouvelle planification annuelle, semestrielle ou hebdomadaire ». 

Aucune rencontre avec les parents n’aura lieu en dehors des heures de classe et aucune communication provenant de l’école ou du conseil scolaire ne sera distribuée aux élèves.


« Si on voit que ça n’a pas les effets escomptés, le conseil d’administration aura à se rencontrer de nouveau pour établir d’autres moyens de pression »
Rémi Sabourin, président de l'AEFO

Cette annonce a eu lieu alors qu’une ronde de négociations de 72 heures s’achèvera jeudi. Le syndicat n’a pas statué à quoi ressemblera la seconde phase du conflit advenant qu’aucune entente ne survienne à court et moyen terme.

« On est à Toronto pour d’autres jours de négociations. Le but (de la grève du zèle), c’est de faire bouger les parties et de mettre de la pression pour qu’on puisse en arriver à un accord. Si on voit que ça n’a pas les effets escomptés, le conseil d’administration aura à se rencontrer de nouveau pour établir d’autres moyens de pression », note M. Sabourin, déplorant que si peu de progrès ait été fait depuis le début des négociations en août dernier.

L’AEFO rappelle qu’en plus de limiter les hausses salariales à 1 % dans le secteur public, une loi qui est d’ailleurs contestée devant les tribunaux par les syndicats, le gouvernement a pris des décisions « unilatérales » avant même l’amorce des négociations. 

L’imposition de cours en ligne aux élèves du secondaire, la réduction de l’éventail de cours et l’augmentation de la taille des classes sont au nombre des points d’achoppement. 

« La première chose à faire, c’est que le gouvernement recule sur ses décisions prises en mars. [...] Lorsqu’un gouvernement s’acharne à trouver une façon de lier les mains des parties, négocier une entente gagnant gagnant est un tour de force. Le succès des élèves franco-ontariens est non négociable », ajoute-t-il, précisant que bon nombre de parents sont derrière les revendications des enseignants. 

Le syndicat en a aussi profité pour décocher une flèche aux 12 conseils scolaires francophones.

« Malheureusement, les conseils scolaires francophones ne semblent pas être nos alliés à la table des négociations. Eux aussi s’attaquent à nos droits et acquis. Ils sont à la recherche de retranchements qui, nous croyons, vont à l’encontre de nos valeurs. [...] La négociation se fait sous le sceau de la confidentialité, mais ce sont des choses qui tournent autour du jugement professionnel des enseignants et des conditions de travail, par exemple », de dire M. Sabourin. 

Deux autres journées de négociation sont à l’agenda à la fin janvier. 

La convention collective est échue depuis le 31 août.

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Le président de l'AEFO, Rémi Sabourin.

L'EMPLOYEUR TOUJOURS CONFIANT DE RÉGLER LE CONFLIT

« Nous sommes toujours optimistes, nonobstant ce qui se passe », affirme le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO), Denis Chartrand.

L’employeur estime que la grève du zèle qu’amorcera l’AEFO jeudi est « une étape du processus démocratique qu’est une négociation de convention collective ».

« On les remercie quand même de ne pas commencer avec une grève du zèle et non pas une grève générale. Ils ne feront pas de tâches autres que l’enseignement, alors en salle de classe, il n’y aura aucun changement pour les élèves. On apprécie cela », note-t-il. 

M. Chartrand ne cache pas que ces moyens de pression auront des impacts directs sur les directions d’établissement, qui auront entre autres « le fardeau » de remplir davantage de documents et de rapports, en plus de faire la distribution d’informations aux écoliers. 

« Ce seront des tâches additionnelles qui s’accumuleront pour ces gens-là », dit-il. 

Malgré tout, les négociations se poursuivent et l’ACÉPO demeure confiante pour la suite des choses. Elle rappelle que l’employeur est en quelque sorte « pris entre l’arbre et l’écorce ». 

« On négocie au nom des conseils, oui, sauf qu’à la table on doit suivre l’encadrement financier donné par le gouvernement. Ça ne veut pas dire qu’on est d’accord avec toutes les décisions », lance M. Chartrand.