Les classes des écoles francophones d’Ottawa se videront une fois par semaine dès le 13 février.

Les enseignants franco-ontariens en grève une fois par semaine dès le 13 février

Devant l’impasse dans les négociations avec le gouvernement Ford, les enseignants franco-ontariens débraieront jusqu’à nouvel ordre une fois par semaine, et ce, à compter du 13 février.

L’Association des enseignantes et des enseignants franco-ontariens (AEFO) a annoncé vendredi qu’elle mettait sa menace à exécution et enclenchait la phase 3 de sa grève, après que les deux derniers jours de discussions à l’horaire aient « encore une fois piétiné ». 

Les syndiqués, qui poursuivront en parallèle la grève du zèle entamée le 16 janvier, érigeront donc des piquets de grève dès la semaine prochaine. 

C’est donc dire que toutes les écoles francophones d’Ottawa et de l’Est ontarien seront fermées jeudi, comme ailleurs en province, et que les parents devront se trouver un plan B. 

« On a eu deux autres jours de négociation (mercredi et jeudi). Quand tu passes 48 heures avec d’autres parties et que presque aucun échange n’a lieu, que les positions et que les retranchements demeurent, c’est très difficile de voir la lumière au bout du tunnel. C’est déplorable qu’on se retrouve là, mais c’était inévitable. Les dés étaient pipés, avec toutes les attaques envers les enseignants depuis l’entrée au pouvoir de ce gouvernement. [...] On en a appris un peu plus, mais chaque fois qu’on en apprend un peu, on s’éloigne davantage d’une entente », affirme le président de l’AEFO, Rémi Sabourin. 

Il s’agit d’une première dans l’histoire puisque depuis la création des conseils scolaires en 1997, jamais un tel mouvement de grève n’a été déclenché, signale M. Sabourin, qui n’aurait jamais cru « avoir à se rendre là » et réitère qu’une telle décision n’est pas prise à la légère. 

Selon le syndicat, la phase 3 vise à entre autres faire comprendre au gouvernement et aux conseils scolaires « que nous ne pouvons pas nous regarder dans le blanc des yeux indéfiniment ». 

L’AEFO soutient avoir à se battre « sur plusieurs fronts » et accuse aussi les conseils scolaires de faire la sourde oreille derrière les portes closes en voulant entre autres sabrer dans les conditions de travail des enseignants. 

« On cherche à faire des retranchements alors qu’on devrait être en train d’investir. Il n’y a pas seulement la question de l’argent, il y a également la question des congés, du jugement professionnel, etc. », de dire Rémi Sabourin.

Ce dernier précise que le premier ministre Doug Ford et le ministre de l’Éducation Stephen Lecce font fausse route lorsqu’ils affirment publiquement que les négociations ne portent que sur les salaires et les avantages sociaux. 

« Nous avons pourtant expliqué maintes et maintes fois que les enseignants franco-ontariens, qui ont à cœur le succès de leurs élèves, lui demandent aussi de réévaluer certaines décisions comme l’augmentation de la taille des classes, l’obligation de suivre des cours en ligne, auxquelles vient s’ajouter le refus d’octroyer le même financement qu’en 2017 à l’enfance en difficulté et aux élèves ayant des besoins particuliers », déplore-t-il.

« Un mouvement social »

Pour le syndicat, les revendications actuelles dépassent largement le cadre habituel des négociations qui ont eu lieu au fil des dernières années en Ontario. 

« Nos membres sont prêts et solidaires. On a pris le pouls sur le terrain et la grève du zèle a eu des impacts. C’est devenu beaucoup plus qu’un mouvement syndical, c’est devenu un mouvement social. On appelle la population à se joindre à nous, à venir dialoguer sur les lignes de piquetage, pour dire au gouvernement et aux conseils scolaires que nous n’accepterons pas des coupures en éducation. Je comprends que ça va perturber le quotidien des parents, sauf qu’on s’apprête à faire reculer le système de 10 ou 15 ans en arrière. Ça touche la population entière », explique M. Sabourin. 

S’il devait y avoir d’autres journées de débrayage dans les semaines subséquentes, il indique que celles-ci seront dévoilées au fur et à mesure. Puisque la loi demande un préavis de cinq jours, rien n’empêche de décider de la date de la deuxième journée de grève avant même que la première n’ait eu lieu. Il n’est donc pas impossible que celle-ci soit à l’agenda au début de la semaine suivante. 

Les sites des piquets de grève seront annoncés dans les prochains jours. 

L’AEFO était jusqu’à présent le seul des quatre syndicats de l’éducation en province à ne pas avoir fait des grèves rotatives. 

La convention collective est échue depuis le 31 août dernier.

L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) a réagi en indiquant que les discussions se poursuivent et que la priorité de l’organisation « est toujours de conclure une entente négociée le plus rapidement possible pour favoriser la réussite et le bien-être des élèves ». De son côté, l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques (AFOCSC) n’a pas souhaité commenter.

« Les syndicats d’enseignants continuent d’utiliser des moyens de pression et cela dure depuis trop longtemps. Les élèves de toute la province subissent les conséquences du retrait de certains services et de la diminution de leur temps d’apprentissage. Les parents souhaitent que toutes les parties se retrouvent à la table de négociation et entament des discussions pertinentes et centrées sur les élèves », a réagi le ministre Lecce.