Élizabeth Forest (gauche) et Véronique Trottier (droite) partagent certaines inquiétudes avant leur retour à l’école.
Élizabeth Forest (gauche) et Véronique Trottier (droite) partagent certaines inquiétudes avant leur retour à l’école.

Les élèves sont-ils prêts pour la rentrée scolaire ontarienne ?

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Initiative de journalisme local — Le Droit
Ani-Rose Deschatelets
Ani-Rose Deschatelets
Le Droit
Ils ont passé le printemps et l’été en confinement, ils ont été isolés de leurs amis et ont dû réduire considérablement leurs interactions sociales. Tout d’un coup, en septembre, la plupart retourneront à l’école secondaire, dans des classes pleines d’élèves et dans des établissements qui pullulent de jeunes qui comme eux, peinent à trouver leur casier, leurs amis, leurs classes. Comment les adolescents se sentent-ils à l’approche de la rentrée scolaire?

«Ça fait relativement peur», avance Véronique Trottier, une élève de l’école secondaire catholique de Casselman.

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Même si bon nombre d’entre eux sont heureux d’enfin retrouver leurs amis, l’isolement vécu au cours des derniers mois et les effets de la crise sanitaire pèsent lourd sur les épaules de certains élèves du secondaire.

«On sait qu’on va devoir porter le masque, mais il y a des élèves qui disent qu’ils vont le porter sur le menton et qu’ils s’en foutent. Il y a aussi des élèves qui vont dans des gros partys», souligne-t-elle.

Elle note que son école compte souvent des classes de 35 élèves dans de petits locaux, et que son école est parmi celles qui devront rouvrir à temps plein.

«Dans les corridors, on est un par-dessus l’autre avec les casiers», remarque Véronique.

Le gouvernement ontarien a offert aux élèves et aux parents de poursuivre l’éducation en ligne s’ils ne se sentent pas à l’aise d’y retourner physiquement, mais Véronique ne croit pas qu’elle a le choix. «Moi, je fais un cours de métiers d’arts. On fait de la sculpture, on utilise nos mains, et je n’ai pas le matériel à la maison. Ou par exemple, pour les cours de physique, oui ça se fait en ligne, mais c’est bien plus difficile que ce ne l’est en présence de l’enseignant.»

Même son de cloche pour Élizabeth Forest, une élève de l’école secondaire catholique Garneau, à Orléans. Son école prônera un retour à temps partiel.

«Je m’ennuie de l’aspect social. Bien sûr, on peut continuer en ligne, mais je trouve que l’éducation n’est pas aussi complète. Souvent, on passe à travers la matière trop rapidement, et poser des questions au professeur, c’est plus compliqué, parce qu’il faut le faire par courriel, plutôt que simplement lever la main.»

Elle aussi s’inquiète du comportement de ses camarades.

«Je sais qu’il y a des gens qui ne respecteront pas les règles», craint Élizabeth.

Cette dernière trouve dommage que les personnes qui veulent vraiment respecter les mesures sanitaires ne réussissent jamais complètement à cause de certains collègues qui ne s’en inquiètent pas.

Mais ce qui angoisse le plus Élizabeth, c’est le fait de ne pas savoir à quoi s’attendre, la peur de l’inconnu, dit-elle. «Ça fait vraiment longtemps qu’on n’a pas été à proximité d’autant de gens, donc j’espère que l’école va trouver une bonne façon de respecter les mesures sanitaires, parce que chez nous, on les a bien respectées.»

Par ailleurs, la jeune adulte anticipe le fait de se retrouver dans des classes sans ses amis, puisque les cohortes seront divisées pour éviter que tous se retrouvent à l’école en même temps.


« Ça fait vraiment longtemps qu’on n’a pas été à proximité d’autant de gens, donc j’espère que l’école va trouver une bonne façon de respecter les mesures sanitaires, parce que chez nous, on les a bien respectées. »
Élizabeth Forest

Les conseils prêts à agir

Les conseils scolaires d’Ottawa et de l’Est ontarien se disent conscients du caractère anxiogène de la rentrée scolaire et attestent être prêts à aider les élèves qui en ressentiraient le besoin, comme Élizabeth ou Véronique.

«On travaille depuis le printemps à préparer nos trousses de retour en salle de classe avec la collaboration de Santé mentale Ontario», affirme la surintendante de l’éducation au Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), Marie-France Paquette. «On est à développer des trucs pour outiller et appuyer notre personnel, pour qu’eux soient en mesure de reconnaître et d’appuyer nos élèves stressés par le retour dans les écoles», ajoute-t-elle, précisant qu’une équipe de travailleurs sociaux sera également déployée pour accroître l’offre de soutien et assurer des suivis plus ponctuels.

Au Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), la direction mise sur une approche à trois volets, soit la mise en place des stratégies de gestion du stress qui visent l’ensemble des élèves, des stratégies proactives ciblées et des stratégies professionnelles pour les élèves dans le besoin. «Je suis sûre qu’on a mis les bons morceaux en place, et c’est évident qu’on va s’ajuster au fur et à mesure que la situation va évoluer», indique la directrice de l’éducation au CEPEO, Sylvie Tremblay. «Les événements des derniers mois ont eu un impact sur l’intensité et la cadence sur laquelle on met l’accent sur la santé mentale. Au-delà de la pandémie, ça va rester une grande priorité.»