Alors que le sujet divise l’opinion publique, les commissions scolaires de l’Outaouais affirment avoir à peu près toutes les cartes en main pour procéder à la réouverture de leurs écoles.
Alors que le sujet divise l’opinion publique, les commissions scolaires de l’Outaouais affirment avoir à peu près toutes les cartes en main pour procéder à la réouverture de leurs écoles.

Les commissions scolaires de l'Outaouais prêtes pour le feu vert

Alors que le sujet divise l’opinion publique, les commissions scolaires de l’Outaouais affirment avoir à peu près toutes les cartes en main pour procéder à la réouverture de leurs écoles, et ce, dès que le gouvernement Legault aura dévoilé son plan de match pour le déconfinement graduel.

C’est cette semaine qu’on devrait savoir à quel moment les dizaines de milliers d’élèves de la région pourraient reprendre le chemin des classes, eux qui sont en congé forcé depuis le 13 mars. Malgré tout, Québec a précisé la semaine dernière qu’il ne sera pas obligatoire d’envoyer son enfant à l’école d’ici la fin juin.

Pour être prêtes à toute éventualité, sachant que l’actualité est en constante mouvance depuis un mois et demi, les commissions scolaires rappellent qu’elles ont élaboré de multiples scénarios et que le 4 mai, date initialement évoquée pour une réouverture, n’a jamais été l’unique date avec laquelle elles travaillaient.

«On voit ce qui se passe ailleurs, dans les autres provinces, alors on se questionnait. Quand on a vu que l’Ontario a parlé d’une période indéterminée (NDLR: dimanche, cette province a annoncé que les écoles étaient fermées au moins jusqu’à la fin mai) et que deux autres provinces ont décidé de suspendre complètement l’année scolaire, c’est sûr qu’à un moment donné on se fait nos propres scénarios, mais tant et aussi longtemps qu’on a pas une directive ministérielle, je pense qu’on ne peut pas arrêter les travaux et les plans d’action à mettre en œuvre si jamais il y a un retour possible. […] Est-ce qu’on revient progressivement? Pour tous? Avec une clientèle ciblée? Une clientèle vulnérable? Est-ce que sont des demi-journées? Des groupes réduits? Il y a mille et une questions qu’on se pose chacun de notre côté», note la directrice générale de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSPO), Nadine Peterson.

Nadine Peterson, directrice générale de la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais

Au final, reste que deux grands scénarios sont à retenir, selon la directrice générale de la Commission scolaire des Draveurs (CSD), Manon Dufour : un retour à l’école avant les vacances estivales ou un retour en septembre.

«Par la suite, il n’y a que des mini ajustements dans les dates», lance-t-elle, ne niant pas que le processus est tout sauf facile.

Tandis que l’incertitude plane à plusieurs niveaux au sein de notre société et que même les commissions scolaires ont parfois appris certaines choses au même moment que la population lors des points de presse quotidiens, reste que celles-ci ne pensent pas pour autant être plongées dans l’inconnu, au contraire.

Manon Dufour, directrice générale de la Commission scolaire des Draveurs

«Nous ne sommes pas dans le brouillard. Il faut comprendre que le ministère a plusieurs comités en ce moment sur lesquels tous les intervenants sont représentés. Les associations de directions générales, les syndicats, les associations de directions d’école, la Fédération des commissions scolaires, etc. Chacun travaille sur différents éléments. Et ces comités-là existent au Québec mais aussi entre nous ici dans la région, on a des communications fréquentes. Par contre, on sait très bien que la décision finale, c’est la santé publique qui la prendra», de dire Mme Dufour.

À savoir si les écoles de l’Outaouais pourraient être parmi les premières en province à rouvrir leurs portes étant donné que la région est moins touchée par la COVID-19, les commissions scolaires disent ne pas en avoir eu vent de cette avenue.

«Il est possible que le Québec va se décloisonner à géométrie variable, et c’est correct. Si c’est le cas, on sera prêts», précise Manon Dufour.

Qu’importe que le retour en classe soit physique ou virtuel d’ici le 23 juin, Nadine Peterson insiste quant à elle pour dire que l’offre de services à l’élève devra être bonifiée.

«Plus ça s’étire dans le temps, plus on risque d’avoir des écarts et des pertes de motivation, etc. Je pense que peu importe la décision si les élèves reviennent ou pas, il va falloir qu’on regarde avec les équipes-écoles comment faire pour bonifier le service à l’élève. Présentement, il y a des choses qui ont été développées, comme la plateforme du ministère, les trousses pédagogiques, le suivi hebdomadaire de la part de l’équipe-école envers les élèves plus vulnérables. Mais si ça se poursuit au-delà d’un mois et demi, à un moment donné il va falloir mettre quelque chose de plus substantiel comme contenu pédagogique, particulièrement avec les élèves en difficulté. J’ai aussi des préoccupations pour ceux qui sont en secondaire 4 ou 5, avec des cours à sanction, des cours obligatoires pour l’entrée au Cégep. […] Les familles ne sont pas laissées à elles-mêmes, mais est-ce qu’on rejoint tout le monde? Je ne pense pas. Est-ce que tout le monde fait ce qu’il y a à faire à la maison? La réalité familiale est bouleversée pour tout le monde», signale-t-elle.

La directrice générale de la CSPO affirme qu’on se doit également d’être sensible au fait qu’à l’heure actuelle, alors que le stress en rongent plusieurs, certains parents sont découragés et n’arrivent pas, par manque de temps, à jongler avec le télétravail et les exercices pédagogiques pour les enfants à la maison.

Alors que certaines personnes évoquent une telle possibilité, le directeur général de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais (CSHBO), Denis Rossignol, dit qu’il n’est pas farfelu d’envisager des options comme un retour à l’école seulement pour les élèves qui en sont à un palier transitoire, par exemple la sixième année du primaire et la cinquième secondaire.

«Tout peut s’organiser. À la minute où on sait vers quoi on peut s’en aller, il est possible d’organiser à peu près ce qu’on veut. Restera à voir ce qu’on aura comme contraintes à respecter au niveau de la distanciation sociale ou encore des distances avec le transport, car ça va peut-être faire qu’un trajet d’autobus va ramasser un seul élève en milieu rural», dit-il, précisant que le défi sur son territoire n’est pas mince car toutes les écoles sont situées dans des secteurs défavorisés.

Denis Rossignol, directeur général de la Commission scolaire des Hauts-Bois-de-l’Outaouais

À la CSPO, où près d’un élève sur cinq (18%) est issu de l’immigration et qu’on dénombre une trentaine de classes d’accueil, Nadine Peterson affirme que le retour sur les bancs d’école pourrait bien être salutaire.

«Présentement, pour ces élèves-là, c’est vraiment triste à dire, mais on a l’impression qu’on n’est même pas en train d’essayer de maintenir les acquis, on sait qu’ils sont en train de régresser, parce que pour eux, le bain linguistique ne se fait plus. Quand ils viennent à l’école, ils sont avec d’autres élèves qui parlent français, avec des enseignants qui mettent du vocabulaire autour d’eux, mais là ils sont complètement dans leur langue maternelle. Ça nous préoccupe beaucoup et la difficulté que l’on a, c’est de joindre ces familles-là. On leur envoie des communications en français. Depuis la semaine dernière, on a un peu de matériel qui nous arrive du ministère pour cette clientèle», indique-t-elle.

S’il y a toujours une distanciation sociale de deux mètres à respecter lorsque les écoles seront rouvertes, les directions des commissions scolaires ne se mettent pas la tête dans la sable: il faudra s’adapter.

«Les deux mètres sont respectés dans les services de garde d’urgence avec les tout-petits. Ça se passe super bien. On met de petites coccinelles sur les chaises sur lesquelles ils peuvent s’asseoir et ils comprennent très bien. Je pense que les enfants sont très sensibilisés au fait qu’il se passe quelque chose actuellement dans le monde, que ce n’est pas normal d’être constamment à la maison avec Papa et Maman. Mais oui, il y aura des apprentissages a faire, de la répétition au sujet du lavage des mains, par exemple. Et c’est certain qu’en reprenant dans les conditions actuelles, je ne pense pas qu’on puisse faire de la distanciation à Nicolas-Gatineau avec 3000 élèves, Mais si on réduit (le nombre d’élèves en simultané) au moins de moitié, il y a peut-être quelque chose à faire», explique Manon Dufour, mentionnant que les cours d’éducation physique seront très limités, voire impossibles à tenir.

Du côté de la CSPO, où la surpopulation dans plusieurs établissements suscitait déjà bon nombre de préoccupations, le retour à l’école pourrait être un casse-tête, avoue Mme Peterson.

«Nos classes sont en surplus d’élèves, on a ajouté des modulaires à plein d’endroits, alors il fallait déjà faire des horaires pour essayer de ne pas avoir trop de monde au même endroit, dans les aires communes comme les corridors, les cafétérias, les salles de casiers. J’ai alors de la difficulté à envisager tout ça, par exemple l’école secondaire Grande-Rivière qui déborde, déborde, déborde. On a dû réajuster l’horaire en fonction de ça et même si je diminue de moitié, c’est encore plein et je n’ai pas le pied carré nécessaire, car nous sommes dans des mesures exceptionnelles. Ça me préoccupe», soutient-elle.

Les commissions scolaires concèdent aussi que le nombre d’employés qui pourraient s’absenter, par exemple ceux ayant une condition de santé particulière, qui sont plus âgés ou les femmes enceintes, s’avérera un défi en soi, sachant que les suppléants se font rarissimes.

«Demain matin, si on ouvre toutes nos classes en grande pompe, j’ai un fichu problème», s’exclame Nadine Peterson.