Le Règlement XVII a façonné l'Ontario français

25 juin 1912. À Queen's Park, le gouvernement conservateur de James P. Whitney adopte par la porte de derrière une directive interne qui émane de son conseil de l'Instruction, le ministère de l'Éducation de l'époque. Cette directive, couchée sur papier en tant que Règlement XVII, fait de l'anglais l'unique langue d'enseignement dans les écoles de l'Ontario.
Pas de débat. Pas de vote. Du jour au lendemain, les élèves franco-ontariens se sont vus dépouillés de leur droit d'étudier dans leur langue.
« C'était dans l'air du temps d'abolir les écoles de langue française partout au Canada. D'autres provinces comme le Nouveau-Brunswick et le Manitoba avaient elles aussi adopté des règlements semblables », relate le passionné d'histoire Diego Elizondo, étudiant à l'Université d'Ottawa.
Au printemps 1912, le surintendant de l'enseignement F.-W. Merchant fait une tournée des écoles de l'Ontario et rend compte de la situation au ministre Howard Ferguson. Une de ses conclusions est que l'éducation de langue française laisse à désirer parce qu'il n'existe pas d'« école normale » pour former les enseignants franco-ontariens.
Le rapport Merchant donne des munitions au gouvernement Whitney, qui cherche à « uniformiser » la société ontarienne dans la langue de la majorité. L'establishment anglo-protestant craint une « french domination », ayant vu la population francophone doubler en près d'un demi-siècle. Même chez les catholiques, on perçoit le fait français comme une menace. L'évêque de London, Mgr M.-F. Fallon, est d'ailleurs l'un des plus ardents défenseurs du Règlement XVII.
« Il s'agissait d'un règlement rétrograde puisque le conseil de l'Instruction reconnaissait les droits des francophones depuis sa création en 1875 », note M. Elizondo.
Dès la rentrée 1912, les enseignants francophones qui refusent ou sont incapables d'enseigner en anglais se font montrer la porte.
Une lutte fondatrice
Fondée seulement deux ans plus tôt, l'Association canadienne-française d'éducation de l'Ontario (ACFÉO) se porte à la défense du droit à l'éducation de langue française. Louis-Philippe Landry démissionne avec fracas de son poste de président du Sénat canadien pour prendre la présidence de la jeune organisation, qui intente sans succès près de 200 recours devant les tribunaux dans le but de faire invalider le Règlement XVII.
Le 27 mars 1913, le père Charles Charlebois fonde le quotidien LeDroit, à Ottawa.
Samuel Genest, alors président de la Commission des écoles séparées d'Ottawa, est traîné devant les tribunaux et accusé d'avoir rémunéré des enseignants ayant défié le Règlement 17.
Les enseignantes Diane et Béatrice Desloges sont expulsées de l'école Guigues, à Ottawa, pour avoir continué à enseigner le français. En janvier 1916, les deux soeurs et près d'une vingtaine de mères de famille décident de reprendre l'école, repoussant les policiers avec des épingles à chapeau.
« Avec le Règlement XVII, les francophones de l'Ontario ont appris ce qu'est la désobéissance civile. L'école Guigues est devenue un symbole de la résistance. L'exemple des soeurs Desloges a inspiré d'autres enseignantes à Green Valley, à Welland et à Pembroke », rappelle M. Elizondo, rencontré devant l'ancienne école Guigues, rue Murray.
En 1925, un discours réquisitoire du député libéral Aurélien Bélanger force le gouvernement conservateur d'Howard Ferguson - l'ex-ministre à l'origine du Règlement XVII - à mettre sur pied la commission d'enquête Scott-Merchant-Côté pour rendre compte de la situation dans les écoles où le français continue d'être enseigné illégalement. Cette commission dirigée par le même F.-W. Merchant qui souhaitait l'abolition des écoles françaises recommande, deux ans plus tard, la création d'un réseau d'enseignement bilingue.
Le Règlement XVII devient inopérant en 1927, mais n'est révoqué qu'en 1944.
Plus de détails dans LeDroit du 22 juin ou sur ledroitsurmonordi.ca