Le Bureau des gouverneurs de l'Université d'Ottawa a adopté une hausse des droits de scolarité de 3% en votant par messagerie électronique cette semaine.

Le programme de journalisme suspendu une autre année

L'Université d'Ottawa suspend pour une deuxième année les inscriptions à son programme de journalisme et certains commencent sérieusement à s'inquiéter pour son avenir, alors que l'institution est à redéfinir sa mission.
«Le programme de journalisme est encore à l'étude. Par conséquent, il n'y aura pas d'enregistrement pour l'automne 2014», a confirmé le directeur des communications institutionnelles de l'établissement universitaire, Patrick Charrette.
La présidente de la Fédération des étudiants de l'Université d'Ottawa (FÉUO), Anne-Marie Roy, craint le pire. Selon elle, cette nouvelle suspension des admissions pourrait annoncer la mort du cursus.
«Ça m'inquiète beaucoup. J'ai l'impression que l'Université d'Ottawa pense à couper le programme et encourager les gens à aller faire une formation en journalisme à l'Université Carleton», affirme-t-elle.
Francophones hors Québec
L'abolition du programme de journalisme serait une autre épine dans le pied des médias francophones hors Québec, qui peinent déjà à recruter du personnel journalistique qualifié dans leur communauté.
«On a une réalité qui est différente et je pense qu'on ne peut pas seulement la traduire de l'anglais ou encore la traduire de l'expérience de gens qui ont fait leurs cours au Québec», estime la coprésidente du Regroupement étudiant franco-ontarien (RÉFO), Geneviève Latour.
L'Université d'Ottawa, comme toutes les universités et collèges de l'Ontario, doit d'ici quelques semaines statuer sur ses domaines de spécialités.
Selon le «plan stratégique de l'Ontario pour la différenciation», les institutions d'enseignement postsecondaire ontariennes sont appelées à concentrer leurs efforts dans les programmes qui font leur réputation.
Or, l'Université Carleton, aussi située à Ottawa, offre l'une des meilleures formations en journalisme au pays (en anglais), alors qu'à l'inverse, un rapport interne a qualifié le programme de l'Université d'Ottawa de «profondément troublé» et accablé de «graves problèmes».
Ce rapport dévastateur a mené à une première suspension des admissions l'an dernier. Suspension qui a été reconduite cette année.
Mme Roy soutient que la stratégie de différenciation qu'impose le gouvernement pourrait coûter à l'Université d'Ottawa son programme de journalisme, au profit de l'Université Carleton.
Elle n'hésite d'ailleurs pas à imputer à cette nouvelle orientation du gouvernement l'annonce de la fermeture du Collège d'Alfred, la semaine dernière.
Rappelons qu'un rapport interne du Département de communication dont LeDroit a obtenu copie mettait en garde l'université contre l'abolition du programme de journalisme, une «décision [qui serait] dévastatrice» pour l'image francophone et bilingue que s'efforce de projeter l'institution, était-il écrit.
Il est possible, selon Mme Roy, que l'Université d'Ottawa continue d'offrir son programme en français, tout en supprimant sa formation en anglais. Elle juge toutefois cette conclusion hautement improbable, les programmes bilingues permettant de mettre des ressources en commun et de dégager des économies.
Le porte-parole de l'université, Patrick Charrette estime qu'il est trop tôt pour tirer des conclusions quant à l'avenir d'aucun programme. «L'offre de service de programmes en français demeure une priorité pour l'Université. Pour l'instant, il est prématuré de parler plus spécifiquement de programmes qui pourraient être touchés ou qui ne le seraient pas. Dans le cadre de l'exercice de différentiation [...], chaque université dans la province doit évaluer ce qui la différentie des autres, établir des objectifs et déterminer la façon de les atteindre.»
Dans son rapport, le Comité consultatif sur l'avenir des programmes conjoints de journalisme du département de communication propose différentes pistes de solutions, dont deux «transformations majeures», à savoir la création d'une formation en journalisme numérique et un programme international de journalisme francophone.
Notons que la portion technique du programme, offerte conjointement par La Cité, n'est pas touchée pour l'instant.