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Au Québec, un suppléant occasionnel peut être rémunéré jusqu’à 212,15$ par jour.
Au Québec, un suppléant occasionnel peut être rémunéré jusqu’à 212,15$ par jour.

La suppléance dans les écoles, combien ça coûte?

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
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Quel est le coût de la suppléance dans les écoles? Certains parents se sont peut-être déjà posé la question, encore davantage en pleine pandémie et alors que la pénurie d’enseignants n’a jamais été aussi palpable.

On parle d’une facture qui s’élève à quelques millions de dollars uniquement pour la première partie de l’année scolaire dans la région, mais la variation par rapport à l’année dernière diffère d’un endroit à l’autre. 

L’exemple le plus frappant est celui du Centre de service scolaire des Draveurs (CSSD), qui a vu sa facture plus que doubler pour la période du 24 août au 31 décembre, passant de 912 000$ en 2019 à une somme de 1 899 000$ en 2020. Ce montant inclut les vacances (4%) ainsi que les avantages sociaux.

Un bond substantiel des coûts qui s’explique entre autres par la crise sanitaire, indique l’organisation.

«La pandémie est la principale cause pouvant expliquer cette hausse des coûts. Toutefois, on observe cette année plusieurs dossiers en invalidité, donc des absences prolongées dont les motifs ne sont pas connus puisqu’il s’agit de dossiers confidentiels. Lors d’invalidité, on doit faire appel à des suppléants lors des deux premiers mois et par la suite, on embauche à plus long terme», explique le conseiller en communication par intérim, Mathieu Daoust.

Au Québec, un suppléant occasionnel peut être rémunéré jusqu’à 212,15$ par jour, c’est-à-dire s’il enseigne 210 minutes ou plus. Au primaire, par exemple, une suppléance pour 60 minutes ou moins donne droit à un montant de 42$ (en plus du 4% de vacances versé à chaque paie), alors que le taux est de 106$ pour un laps de temps de 61 à 150 minutes. Au secondaire, on parle de 66$ pour une période (75 minutes) et de 132$ pour deux périodes. 

Rappelons qu’au début de l’année scolaire, face au contexte de pénurie exacerbé par la pandémie et à la banque de suppléance qui s’est vidée à plusieurs endroits en province, Québec a annoncé la mise place d’un incitatif financier ayant pour but de ramener les enseignants nouvellement retraités (depuis juillet 2015) dans le réseau pour qu’ils viennent prêter main-forte. Ceux qui se portent volontaires sont maintenant rémunérés en fonction «de l’expérience et de l’échelon qui prévalaient lors de leur départ, et ce, dès leur premier jour de suppléance», alors qu’il fallait normalement attendre au 20e jour de suppléance pour avoir droit à ce taux.  

Ces suppléants peuvent désormais toucher un montant maximum quotidien de 412$, et ce, sans pénalité sur leurs prestations de retraite.


« Plusieurs ne vont pas de l’avant en prenant une journée de congé, car il y a un manque de personnel. »
Suzanne Tremblay, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais

Au Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais (CSSPO), la somme versée pour la suppléance a diminué de 48% d’une année à l’autre pour la période du 24 août au 20 janvier, passant de 3 057 000$ à 1 592 000$, mais une raison technique bien précise explique cet important écart.

«On a changé nos pratiques en janvier (2020) pour s’arrimer à celles des autres centres de services. On émet nos contrats plus rapidement, dès le début de l’engagement. Le contrat, plutôt que d’y aller avec une suppléance occasionnelle ou de plus de 20 jours, donne droit à certains avantages sociaux, comme des congés de maladie et des assurances collectives. On a donc décidé d’y aller tout de suite avec des contrats. Ça leur (les suppléants) permet de garder une certaine constance et de notre côté, ça nous permet aussi de garder une certaine constance au niveau de la prestation de travail. C’est plus gagnant, on ne voulait pas perdre de bons candidats. L’objectif est d’assurer une pérennité», de dire la directrice du Service des ressources humaines, Lucie Plouffe.

Cette dernière rappelle que le nombre de tolérances d’engagement accordées est en hausse. Il s’agit, rappelons-le, «d’une permission exceptionnelle par laquelle le ministre autorise un employeur à embaucher, pour enseigner au préscolaire, au primaire ou au secondaire, une personne qui n’est pas titulaire d’une autorisation d’enseigner». Une bonne partie des gens sont détenteurs d’un brevet de l’Ontario, dit-elle.

Dans les écoles du Centre de services scolaire au Coeur-des-Vallées (CSSCV), la situation est plutôt stable, une légère baisse de 8% ayant même été observée pour la période comprise entre la rentrée scolaire et le 31 décembre. La dépense est passée de 407 000$ à 375 000$. 

L’avis du syndicat

Le Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais (SEO) affirme que même si une majorité d’enseignants se disent fatigués, en particulier en cette année exceptionnelle, cela ne se reflète pas nécessairement au chapitre des congés et absences ponctuelles, qui se traduisent par le recours à des suppléants.

«Plusieurs ne vont pas de l’avant en prenant une journée de congé, car il y a un manque de personnel, alors ce n’est pas toujours évident. D’abord, il faut trouver un suppléant, mais ensuite il faut préparer la personne et revenir sur ce qui s’est passé par la suite. Il y a toute une préparation derrière cela. [...] Il faut savoir aussi que dans leur convention (collective), les profs ont six jours de congé de maladie et une autre banque de congés comprenant dix jours pour obligations familiales, qui eux sont sans solde. C’est certain que c’est l’une des raisons pour laquelle ils font attention», affirme la présidente Suzanne Tremblay.

Du côté ontarien

Sur la rive ontarienne, la facture liée à la suppléance a baissé dans les deux principaux conseils scolaires francophones d’Ottawa et de ses environs, selon les données fournies au Droit.

Entre le 1er septembre et le 31 décembre dernier, une somme de 4 001 000$ a été dépensée par le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE), alors que près de 4,8 millions $ avaient été nécessaires pour la même période l’année précédente. 

Dans le cas du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), le montant s’élève à 712 800$ pour la période d’août à la fin novembre, une diminution de 19%. En 2019, près de 880 000$ avaient été dépensés.